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Sénat de Belgique

Belgische Senaat

Annales parlementaires

Parlementaire handelingen

SÉANCE DU MARDI 10 MARS 1998

VERGADERING VAN DINSDAG 10 MAART 1998

(Vervolg-Suite)

DEMANDE D'EXPLICATIONS DE M. DE DECKER AU MINISTRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES ET AU MINISTRE DE LA DÉFENSE NATIONALE SUR « LES RAISONS ET LES CIRCONSTANCES DE LA DÉCISION D'ENVOYER UNE FRÉGATE DANS LA RÉGION DU GOLFE PERSIQUE »

DEMANDE D'EXPLICATIONS DE M. GORIS AU MINISTRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES ET AU MINISTRE DE LA DÉFENSE NATIONALE SUR « LES DÉCISIONS RELATIVES À LA FRÉGATE BELGE WESTDIEP »

DEMANDE D'EXPLICATIONS DE MME LIZIN AU MINISTRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES ET AU MINISTRE DE LA DÉFENSE NATIONALE SUR « L'ENVOI D'UNE FRÉGATE BELGE DANS LE GOLFE »

VRAAG OM UITLEG VAN DE HEER DE DECKER AAN DE MINISTER VAN BUITENLANDSE ZAKEN EN AAN DE MINISTER VAN LANDSVERDEDIGING OVER « DE REDENEN WAAROM EN DE OMSTANDIGHEDEN WAARIN WERD BESLIST EEN FREGAT NAAR DE PERZISCHE GOLF TE STUREN »

VRAAG OM UITLEG VAN DE HEER GORIS AAN DE MINISTER VAN BUITENLANDSE ZAKEN EN AAN DE MINISTER VAN LANDSVERDEDIGING OVER « DE BESLISSINGEN IN VERBAND MET HET BELGISCHE FREGAT WESTDIEP »

VRAAG OM UITLEG VAN MEVROUW LIZIN AAN DE MINISTER VAN BUITENLANDSE ZAKEN EN AAN DE MINISTER VAN LANDSVERDEDIGING OVER HET « STUREN VAN EEN BELGISCH FREGAT NAAR DE GOLF »

M. le président. ­ L'ordre du jour appelle la demande d'explications de M. De Decker au ministre des Affaires étrangères et au ministre de la Défense nationale.

Les demandes d'explications de M. Goris et de Mme Lizin portant sur le même objet, je vous propose de les joindre.

La parole est à M. De Decker.

M. De Decker (PRL-FDF). ­ Monsieur le président, le gouvernement belge a décidé voici quelques semaines, de manière quelque peu surprenante et apparemment dans une certaine précipitation, d'envoyer une frégate belge dans la région du golfe Persique.

Je vous avoue, monsieur le ministre, ne pas avoir très bien compris la portée de cette décision.

Vous savez combien j'ai toujours été attentif au régime de l'Irak et tout particulièrement à son attitude dans la région. À l'époque de la guerre du Golfe, j'ai été de ceux qui regrettaient une certaine couardise, une certaine faiblesse, une certaine discrétion de la Belgique dans l'expression de sa solidarité à l'égard, entre autres, du peuple koweitien. J'avais entre autres critiqué notre refus de prêter des munitions à l'armée britannique et l'envoi fort tardif de nos drageurs de mines à l'entrée du golfe Persique en leur donnant pour instructions de n'entamer le déminage du golfe qu'au moment où la guerre serait à peu près finie !

Ne vous trompez donc pas sur mes intentions, monsieur le ministre, je n'entends pas défendre le régime de Saddam Hussein. Je pense, comme vous, comme d'autres gouvernements européens et comme le gouvernement des États-Unis, qu'une grande vigilance et une grande fermeté sont de mise à l'égard de ce régime notamment quant à sa politique de développement d'armes chimiques et bactériologiques ­ dès lors que, grâce à la fermeté des alliés, il n'a plus à ce jour la capacité de produire des armes nucléaires. Je ne défends donc pas l'attitude de Saddam Hussein ni ne condamne une politique de fermeté face au déploiement d'armes chimiques et bactériologiques par l'Irak.

En revanche, monsieur le ministre, j'éprouve les plus grandes réticences et les plus grands doutes quant à l'efficacité de la politique progressivement mise en place par les États-Unis. Il ressort de la montée en puissance des États-Unis dans cette affaire voici quelques semaines, que la seule riposte envisagée pour réagir au refus de l'Irak de donner accès aux sites où sont peut-être stockées des armes chimiques et bactériologiques aurait été de procéder à des frappes aériennes.

Je pense, monsieur le ministre, qu'il eût été bon de procéder à une première analyse de la politique prônée par les États-Unis. Pour ma part, je ne crois pas que des frappes aériennes puissent de quelque manière que ce soit répondre à la situation et au problème.

Si des armes chimiques et bactériologiques existent en Irak, dans l'hypothèse où Saddam Hussein refuserait les contrôles qui permettraient de les découvrir, ou si ces armes étaient découvertes, la seule solution serait d'aller les chercher dans le cadre d'une mission de l'O.N.U., une mission de force le cas échéant. Cette démarche impliquerait l'acceptation du risque de se rendre physiquement sur le territoire de l'Irak.

Or, toutes les formules militaires envisagées par les États-Unis dans le cadre de leur grande politique développée depuis des années et dont la philosophie est no death war , la guerre sans morts, consistent à ne jamais prendre ce risque et à envisager exclusivement des frappes aériennes qui feraient malheureusement des milliers, voire des dizaines de milliers de morts civils supplémentaires, victimes totalement innocentes et n'ayant rien à voir avec le refus de Saddam Hussein de respecter les règles de la politique étrangère et internationale ainsi que de l'ordre international que nous voulons voir régner. Dans la mesure où la politique envisagée par les États-Unis est fondamentalement faussée dans son concept opérationnel par rapport à l'objectif poursuivi, j'estime qu'il convient de réfléchir avant de se solidariser avec cette attitude.

La deuxième remarque que je tiens à formuler, monsieur le ministre, c'est qu'à nouveau, face à une situation de crise réelle, face à un important problème de politique étrangère mis en exergue une fois de plus par les États-Unis d'Amérique, les Européens, y compris le gouvernement belge, ont accepté de réagir isolément. Ni les pays européens qui détiennent actuellement la présidence de l'Union européenne ou de l'U.E.O. ni aucun autre gouvernement européen n'ont véritablement souhaité provoquer ou organiser une concertation européenne sur le sujet.

Cela devrait cesser, monsieur le ministre. Permettez-moi de rappeler que les pays européens ont proclamé dans le Traité de Maastricht qu'ils voulaient une politique étrangère et de sécurité commune, politique qu'ils ont ensuite négociée dans le Traité d'Amsterdam. Mais au-delà des grandes déclarations d'intentions de mise en oeuvre d'une telle politique, chaque fois que se pose un problème de politique étrangère qui concerne l'Europe, on se heurte au même refus d'organiser une concertation entre ministres des Affaires étrangères et de la Défense de notre pays. Ce fut le cas pour l'Albanie et c'est à nouveau le cas avec le Kosovo. Ce double langage, cette duplicité permanente des gouvernements des pays de l'Union européenne et de l'U.E.O. me paraît désolante et même scandaleuse.

Je tiens à souligner que le cas de l'Irak concerne davantage les intérêts politiques de l'Europe que ceux des États-Unis, même si pour ces derniers, des intérêts matériels sont en jeu.

Je suis intimement convaincu ­ vous me démentirez si je me trompe, monsieur le ministre ­ que si une frégate belge est partie vers le golfe Persique, c'est exclusivement parce que le président Clinton, très logiquement, a téléphoné à son ami Tony Blair qui s'est empressé de répondre à la demande de son ami Bill. C'était prévisible mais c'est regrettable, parce que Tony Blair détenait la présidence de l'Union européenne.

Après avoir reçu l'accord de Tony Blair, Bill Clinton a appelé son ami Helmut Kohl, lequel l'a assuré de son soutien et a mis les bases aériennes de l'Allemagne à sa disposition. Les avions américains peuvent dès lors se poser en Allemagne dans leur route vers le golfe Persique.

M. Clinton a poursuivi ses démarches et a appelé M. Jean-Luc Dehaene, en lui demandant la solidarité de la Belgique. Je crains que M. Dehaene ait simplement donné instruction à M. Poncelet d'envoyer une frégate.

J'aime à penser, monsieur le ministre des Affaires étrangères, qu'il vous a consulté à ce sujet et, si c'est le cas, je souhaiterais savoir ce que vous lui avez répondu. Sur le plan de la politique européenne, il semble que nous ayons simplement accepté la shopping list des États-Unis.

Contrairement à ce qui s'est passé lors de la précédente crise du Golfe, le Koweït a été réticent et l'Arabie Saoudite a décliné tout soutien aux États-Unis. L'ensemble du monde arabe a refusé d'entrer dans le sillage de la revendication des États-Unis, laquelle était fondée à l'époque de la guerre de 1990 mais l'est beaucoup moins à l'heure actuelle.

Chacun à leur tour, les États européens, y compris la Belgique, acceptent de fonctionner dans le vieux système cher aux Américains, consistant à miser sur la division des Européens, à se servir des États au sein de l'Alliance atlantique pour faire jouer des solidarités artificielles.

Je regrette profondément le signal que nous avons donné au monde arabe car nos relations avec celui-ci sont essentielles dans notre vie quotidienne.

Dans le monde arabe contrairement à ce qui s'est passé en 1990, personne ne suit la politique américaine dans la crise actuelle. Au contraire, par notre soutien à la politique des États-Unis, nous fournissons à Saddam Hussein l'occasion de redevenir le champion du monde arabe, ce qui ne me semble vraiment pas utile, mais plutôt fondamentalement contreproductif. Il s'agit à mon sens d'une faute et d'un échec de la diplomatie européenne et, en ce qui nous concerne, d'une erreur importante de la diplomatie belge. J'espérais en effet que notre pays ne tombe pas dans un panneau aussi grossièrement dessiné que celui que nous a proposé M. Clinton dans cette affaire.

Je me réjouis, monsieur le ministre, que vous soyez présent parmi nous pour répondre à cette question, et ce d'autant plus que ce dossier est extrêmement sensible sur le plan des relations de l'Europe non seulement avec le monde arabe, mais aussi avec la Russie, laquelle n'a pas voulu suivre, à juste titre, la politique préconisée.

Je regrette une fois de plus, monsieur le ministre, que nous n'ayons pas fixé notre attitude en tenant compte de la seule initiative utile qui a été prise à l'échelon européen, à savoir celle de la France et du président Chirac. La France a remarquablement bien agi sans cette affaire. Elle est parvenue, tout en restant solidaire des États-Unis...

M. Derycke, ministre des Affaires étrangères. ­ Mais en se désolidarisant de l'Europe.

M. De Decker (PRL-FDF). ­ Je ne suis pas toujours persuadé de la sincérité des sentiments européens de la France...

M. Derycke, ministre des Affaires étrangères. ­ Moi non plus.

M. De Decker (PRL-FDF). ­ Même quand elle sert les intérêts européens, elle le fait sans toujours s'en rendre compte, ou sans même le vouloir, par réflexe nationaliste d'abord. J'aimerais qu'elle le comprenne plus vite, ce qui n'est pas toujours le cas. Je partage donc votre sentiment à ce sujet.

Mais au moins, cette fois, la France a agi très habilement en restant solidaire des Américains, en amenant le dossier sur le terrain de la renégociation et en ouvrant la voie à M. Kofi Annan et à une solution qui permet au passage de redorer le blason ­ ce dont je me réjouis ­ d'une institution qui en avait besoin : les Nations unies.

Au-delà de cette question, que fait notre frégate sur place ? Quelles instructions lui ont été données ? Car je m'interroge. J'ai le plus grand respect pour notre marine et pour la qualité de nos marins. Dans cette crise, penser à la marine démontre combien celle-ci est un outil politico-militaire utile, souple, s'adaptant à l'agenda des décisions politiques. La marine est un outil très intéressant et très intelligent mais, ici, je perçois mal à quoi elle pourrait réellement servir. J'aimerais donc connaître les instructions qui lui ont été données et, comme je l'ai demandé dans ma note, les accords opérationnels qui auraient été conclus avec les autres marines alliées dans le cadre de cette affaire.

De voorzitter. ­ Het woord is aan de heer Goris.

De heer Goris (VLD). ­ Mijnheer de voorzitter, collega De Decker heeft reeds enkele bedenkingen over de beslissingen in verband met het Belgische fregat Westdiep geuit. Enkele zal ik herhalen, op andere zal ik dieper ingaan.

Op 19 februari jongstleden konden we via de pers vernemen dat de Ministerraad op woensdag 18 februari had beslist om het fregat F-911 Westdiep onmiddellijk naar de Perzische Golf te sturen. Het zou daar onder de vlag van de Benelux-admiraliteit deel uitmaken van de internationale oorlogsvloot die Irak onder druk moet zetten om zich te onderwerpen aan de VN-wapeninspecties.

De Westdiep vertrok op 26 januari uit Zeebrugge naar de Middellandse Zee om ter hoogte van de Egyptische kust aan een oefening met onder meer Franse oorlogsbodems deel te nemen. Op donderdag 26 februari vernamen we, opnieuw via de pers, dat de Westdiep niet naar de Perzische Golf zou varen, maar toch zou deelnemen aan de eerder geplande oefeningen.

Aansluitend op de vragen van de heer De Decker, wil ik de minister de volgende vragen stellen. Op wiens vraag werd beslist om een Belgisch fregat naar de Golf te sturen ? Ik zal het verhaal over de telefoongesprekken van president Clinton met de heren Blair, Dehaene en anderen niet herhalen, maar ik meen dat het Parlement en de publieke opinie het recht hebben te weten hoe zo een beslissing tot stand komt.

Werd de beslissing in de Ministerraad genomen na raadpleging van de generale staf en na een degelijke analyse van de situatie ter plaatse ? Was men het eens over de opportuniteit van een Belgische deelname ? Ik weet dat de minister van Landsverdediging hiervoor bevoegd is en mijn vraag was dan ook initieel aan hem gericht. Ik hoop echter dat de minister van Buitenlandse Zaken erop kan antwoorden.

Was het Belgische fregat F-911 Westdiep inderdaad het meest aangewezen fregat om naar de Perzische Golf te sturen ? Een niet-onbelangrijk kenmerk van de fregatten van de Belgische Zeemacht is dat het anti-subsurface warfare -fregatten of onderzeejagers zijn. Het is echter weinig waarschijnlijk dat Irak over onderzeeërs beschikt, zodat onze fregatten, gezien hun specifieke taak, niet ten volle inzetbaar zijn.

Verliep de beslissing tot deelname aan deze operatie volgens de richtlijnen voor een deelname aan internationale vredesoperaties die werden vastgelegd in de aanbevelingen van de Rwanda-commissie en waaraan de regering zich krachtens een beleidsnota wenst te houden ? Werd er met de Verenigde Staten overleg gepleegd alvorens te beslissen het fregat toch niet te sturen ? Waar bevond het Belgische fregat zich toen werd beslist dat het rechtsomkeer moest maken ? Was het al op weg naar de Perzische Golf ?

Wat zijn de financiële gevolgen van deze non-operatie ? De minister van Landsverdediging heeft in de Kamer gezegd dat de kosten ongeveer 150 miljoen Belgische frank bedragen. Welke verklaring heeft de minister van Buitenlandse Zaken voor het wanordelijk verloop van de beslissingen van de Belgische regering ? Het pingponspel van wel en niet deelname in zo een cruciale internationale aangelegenheid kan ik absoluut niet goedkeuren.

Is er ten slotte overleg gepleegd op Europees niveau ? Werden de WEU-partners geraadpleegd ? Heeft men met de landen die deel uitmaken van het Eurocorps overlegd ? Zo ja, welke resultaten heeft dit overleg opgeleverd ? Hierop moeten we een antwoord krijgen. De crisis is afgewend, maar misschien is dit slechts voorlopig en moeten de regering en de minister binnen afzienbare tijd weer beslissingen nemen. Hoe denkt de minister dit probleem in de toekomst aan te pakken ?

M. le président. ­ La parole est à Mme Lizin.

Mme Lizin (PS). ­ Monsieur le président, je vais embrayer dans le sens esquissé par M. De Decker.

En fait, monsieur le ministre, ni vous ni votre collègue M. Poncelet n'aviez informé le Parlement de l'intention qui était sans doute déjà la vôtre lors des demandes d'explications sur l'Irak, développées dans cette assemblée au cours de la semaine du 12 février. Certes, ma demande d'explications aurait pu être rédigée dans un autre climat. L'initiative diplomatique ayant réussi, nous l'espérons, de façon durable, nous nous interrogeons sur l'intérêt de cette décision et, en tout cas, sur la nature des éléments qui vous y ont conduit. Je suis pratiquement certaine que vous avez en effet été consulté. Comment pondérez-vous la perception de cette décision prise par la Belgique au sein des pays arabes, notamment parmi ceux avec lesquels nous avons, peut-être, des intérêts particuliers ?

Le fait d'accepter d'accorder une si petite contribution à un allié aussi important qui, en vérité, n'en avait nul besoin, justifie-t-il l'oubli du risque relatif à toute une série d'éléments de la politique que votre département et vous-même menez par ailleurs très bien à l'égard des pays arabes ?

La décision d'envoyer une frégate ayant une vocation opérationnelle sur le théâtre effectif d'une nouvelle opération américaine suppose une durée certaine. J'aimerais donc connaître votre opinion sur la capacité opérationnelle de cette frégate. Où en est-elle actuellement ? A-t-elle fait marche arrière ? A-t-on profité des circonstances pour y envoyer des recrues en congé ?

Si, comme on l'a dit dans la presse, la décision n'avait aucune vocation opérationnelle mais une simple vocation symbolique, estimez-vous vraiment, monsieur le ministre, que ce symbole participait de la définition de ce que nous recherchons, particulièrement à l'échelon européen, c'est-à-dire une politique équilibrée par rapport aux forces en présence en Méditerranée ?

J'ai pris part à une délégation de l'Union interparlementaire au moment où la présence de M. Annan a abouti et, à cet égard, je me dois de souligner la finesse des diplomates qui l'accompagnaient. Je songe en particulier à M. Brahimi. Ce sont de véritables experts du monde arabe.

L'ensemble de cette négociation, très épineuse, a permis le triomphe de la diplomatie et, surtout, a abouti à paralyser la plus grande puissance. En fait, ce qui s'est passé à Bagdad constituera un bel exercice pour les futures écoles de diplomates. Cependant, au même moment, Israël bombardait quotidiennement, en toute tranquillité, le Sud-Liban situé à quelques centaines de kilomètres. Or, cette réalité concernant la même zone et relevant d'un enjeu stratégique similaire est absolument oubliée. Pourtant, le Liban hurlait en nous demandant un traitement identique et une même application de comportements en ce qui concerne la résolution numéro 425 sur le Sud-Liban.

Je crois que nous aurions tort, même si l'initiative a plus ou moins, pour l'instant en tout cas, une vocation stable, de ne pas analyser la portée des actes posés et de ceux qui ne l'ont pas été, en particulier à propos de la destructuration catastrophique que cela suppose en matière de coordination européenne.

Monsieur le ministre, pourriez-vous nous communiquer les éléments d'une telle coordination ? Dans le cas présent, celle-ci a été perçue comme inexistante. Mais comment s'est-elle opérée à New-York ? Y a-t-il eu matière à coordination dans le cadre, d'une part, de la première discussion portant sur la résolution et, d'autre part, du débat relatif aux conditions préalables à une initiative américaine de représailles ?

M. De Decker a dit, à juste titre, que la France avait mené une stratégie très efficace, qu'elle avait eu recours à une tactique bien adaptée, ce qui ne va pas toujours de pair, car, parfois, la stratégie est bonne mais la tactique laisse à désirer. Dans le cas présent, la réussite a été totale, à tel point que lors de son retour, Kofi Annan s'est arrêté à Paris.

Selon moi, monsieur le ministre, un tel événement doit être apprécié à sa juste valeur, car il est loin d'être anodin. Il situe le seul endroit ­ à savoir cette grande ville qui nous est proche ­ d'où l'Europe est encore capable de mener une politique alternative.

Selon moi, l'évolution vers un positionnement français important en Méditerrannée en ce qui concerne de telles questions, la confirmation d'un rôle reconnu et le fait que Kofi Annan se soit arrêté à Paris devraient amener nos diplomates à procéder à une analyse du renforcement de soutien aux positions adoptées par la France en la matière.

De voorzitter. ­ Het woord is aan minister Derycke.

De heer Derycke, minister van Buitenlandse Zaken. ­ Mijnheer de voorzitter, spijtig genoeg hebben we niet de kans gekregen deze zaak eerder te bespreken. Op 19 februari 1998, precies één dag nadat de beslissing tot het zenden van een fregat was genomen, werd ik in de Kamer ter verantwoording geroepen.

Het blijft uiteraard zinvol dit dossier in de Senaat in detail toe te lichten. Het gaat immers om een uitermate complexe aangelegenheid. Hoewel het Iraakse probleem nog niet helemaal van de baan is, kunnen we hieruit toch reeds een aantal lessen trekken met betrekking tot de internationale politiek.

M. De Decker a raison de parler du non-pouvoir de l'Europe et du jeu solidaire qu'entretiennent les grands de l'Europe, et ce pour des raisons parfois très diverses; cela se vérifie également en ce qui concerne la France.

Je m'étonne qu'une des préoccupations fondamentales du Parlement ­ ce fut encore le cas, ce matin, à la Chambre des représentants ­ porte sur la frégate. S'il ne s'agissait que de cela, je serais heureux. Hélas nous avons d'autres sujets d'inquiétude.

Je tenterai de me montrer très ouvert dans le cadre de cette discussion.

De beslissing van de regering met betrekking tot het fregat was niet het gevolg van het telefoongesprek tussen president Clinton en premier Dehaene, maar wel van een politieke demarche van de Verenigde Staten, via ambassadeur Blinken, die een groot aantal landen, zowel NAVO-bondgenoten als landen die niet tot deze organisatie behoren, zoals Polen, Tsjechië en Hongarije, had verzocht politiek-militaire steun te verlenen aan de Amerikaans-Britse troepenmacht die zich reeds in de Golf had opgesteld.

Het telefoongesprek tussen de president en de premier handelde eerder over de totaliteit van het probleem.

Men kan zich afvragen of de Amerikanen het Belgische of het Nederlandse fregat echt nodig hadden. Ging het niet veeleer om een uiting van politieke solidariteit, van show the flag ? Op die manier werd de druk op Bagdad vergroot en de onderhandelingspositie van Kofi Annan verstevigd.

À l'origine, la position de M. Kofi Annan n'agréait guère les Américains mais après l'avoir acceptée, ils ont demandé la solidarité nominale des pays pour démontrer à l'Irak que le problème était sérieux. Ce « show the flag » avait pour objectif de tenter de donner un maximum de chances à Kofi Annan.

Ons land heeft deze symbolische en politieke daad gesteld.

Alleen de beslissing over het sturen van een fregat was voor de pers sensationeel nieuws; nergens werd vermeld dat er een nieuwe beslissing werd vereist vooraleer tot een eventuele militaire actie kan worden overgegaan. De boodschap aan Bagdad moest duidelijk zijn : er moest worden gezocht naar een diplomatieke oplossing. Als een diplomatieke oplossing onmogelijk bleek, moesten we ervoor zorgen dat Irak de militaire dreiging zou voelen. We zijn in dat opzet geslaagd.

Kofi Annan en Tarek Aziz ondertekenden na onderhandelingen op 23 februari een akkoord waarin Irak zich ertoe verbindt UNSCOM en het Internationaal Atoomenergie Agentschap ­ ATEA ­ onmiddellijke, onvoorwaardelijke en ongehinderde toegang te verlenen tot alle verdachte sites in Irak, inclusief de presidentiële paleizen en de omliggende sites die tot dan toe aan elke controle waren ontsnapt.

Vorige week had ik de gelegenheid, tijdens mijn bezoek aan de Verenigde Staten, met enkele Amerikaanse topverantwoordelijken, zoals Al Gore, te spreken. Uit die gesprekken kon ik afleiden dat de presidentiële sites voor de Amerikanen niet zo belangrijk zijn. Ze hechten meer belang aan de andere sites waartoe de inspectieteams nooit toegang kregen en waarvan men denkt dat de Irakezen er verdachte goederen opslaan. Men moet immers niet de indruk krijgen dat er nooit enige dreiging geweest is, dat alle berichten daarover slechts op loze geruchten berustten. Ik kom later terug op de cijfers en de informatie die het ministerie terzake bezit.

Kofi Annan gaf Irak de garantie dat bij de inspectie van de presidentiële sites de Iraakse soevereiniteit en waardigheid zouden worden gerespecteerd.

Het was de Belgische regering en anderen reeds opgevallen dat het Westen Irak reeds dermate gediscrediteerd en vernederd had, dat het absoluut iets moest doen aan zijn imago en dat van UNSCOM.

On peut dire beaucoup de choses sur M. Butler mais il faut admettre que c'est un homme déterminé qui campe sur ses positions à l'égard de l'Irak. Il convenait donc de tenter d'équilibrer les choses. À cet égard, je crois que les Français ont vu juste puisqu'ils ont estimé que l'on allait trop loin sur le plan de la dignité dès lors, ils ont voulu revoir la composition de l'UNSCOM, ce qui équivalait à évoluer vers une sorte d'« UNSCOM Plus » intégrant des inspecteurs et des diplomates. Je reviendrai sur ce point.

De Irakezen beschouwen de uitbreiding van de inspectieteams ­ van UNSCOM tot UNSCOM Plus ­ als een morele genoegdoening.

Cet accord a été soumis au Conseil de sécurité en date du 24 février. Après plusieurs jours d'intenses négociations à New York, le Conseil de sécurité a adopté le 2 mars dernier la résolution 1154 avalisant les dispositions du memorandum signé par M. Annan avec l'Irak et demandant que la mise en oeuvre de ces dispositions intervienne rapidement.

Lors d'une intervention remarquée avant le vote de la résolution, M. Kofi Annan a souligné sans ambiguïté la responsabilité irakienne. Vous avez également été très clair à ce sujet, monsieur De Decker.

Je voudrais citer M. Annan : « Le refus du gouvernement irakien d'appliquer les résolutions le concernant constituait une menace pour la paix et la sécurité. » Cela donne, pour toute action, un blanc-seing aux Nations unies : « Pour écarter définitivement cette menace, les deux parties de l'accord devraient se conformer à leurs engagements écrits endossés par le Conseil de sécurité. »

Pour ce qui concerne les Nations unies, le secrétaire général s'est engagé à agir dans le respect de la souveraineté et de la dignité de l'Irak, tout en veillant au maintien de l'efficacité de l'UNSCOM.

En ce qui concerne l'Irak, le secrétaire général a rappelé que Irak's fulfilment of its obligations is the one and only aim of the agreement. Il a également précisé que si l'Irak tentait d'échapper à ses obligations, « Diplomacy may not have a second chance ».

Enfin, M. Annan a mis en exergue les avantages que l'Irak tirerait de la levée des sanctions et de son intégration au sein de la communauté internationale. En cette matière, il se réfère explicitement au program food for oil 1, 2 and 3 . Il faut préciser que de nombreuses facilités sont accordées actuellement à l'Irak en matière de pompage pour lui permettre d'honorer ses contrats, à condition que le pays respecte ses obligations envers les Nations unies mais, apparemment, l'Irak rencontre de nombreux problèmes techniques.

Dans sa conclusion, le secrétaire général a considéré que l'accord de Bagdad ne constituait ni une victoire ni une défaite pour quiconque mais qu'il s'agissait simplement de la résolution d'un conflit par la diplomatie : Diplomatie ondersteund door vastberadenheid en militaire macht. Le gouvernement belge partage entièrement son analyse.

Op 5 maart heeft Kofi Annan zijn adjunct Dhanapala, die zich bezighoudt met de ontwapeningsproblematiek, aangewezen als nieuwe commissaris bij UNSCOM en hem belast met de diplomatieke omkadering. Secretaris-generaal Annan zal eerstdaags aan de Veiligheidsraad een ontwerpnota voorleggen waarin voorstellen geformuleerd worden met betrekking tot de samenstelling en de inspectieprocedures van UNSCOM Plus. Deze inspectieteams zullen de acht Irakese presidentiële paleizen inspecteren. Na goedkeuring van de nota dient UNSCOM Plus snel operationeel te worden. Dan pas, en niet eerder, zal blijken of Irak de aangegane verbintenissen zal honoreren.

Ik kom nu terug op de beslissing om een fregat naar de Golf te sturen. Op 25 februari, daags na de succesrijke missie van Kofi Annan, werd de opdracht van het fregat Westdiep aangepast aan de nieuwe ontwikkelingen. Het schip bevond zich toen in het oosten van de Middellandse Zee. Er werd besloten dat het schip niet zou verder varen, maar zou deelnemen aan reeds geplande manoeuvres van NAVO-partners, waaronder ook Frankrijk. Het schip werd officieel nog niet teruggeroepen. De regering zal zich daarover beraden. Het zou bijzonder negatief overkomen indien we het schip onmiddellijk na het bereikte akkoord van 23 februari hadden teruggeroepen. Dit zou Irak immers de indruk geven dat het zich weinig moet aantrekken van onze solidariteit. Die solidariteit zou dan inderdaad maar matig schijnen. Het fregat toch tot in de Golf laten doorvaren, zou dan weer een ander effect hebben gehad, want dan zouden we te kennen hebben gegeven dat we kost wat kost willen deelnemen aan een militaire operatie en dat zou een aanfluiting zijn van het diplomatieke succes van Kofi Annan.

Men kan opwerpen dat deze benadering veeleer psychologisch is en ik moet daarop antwoorden dat dit in de huidige omstandigheden gelukkig nog veel met psychologie heeft te maken. We hebben getracht om onze solidariteit met de Verenigde Staten en ons respect voor de Verenigde Naties met elkaar te verzoenen en zodoende besloten het schip niet verder te laten varen. De Nederlanders namen een andere optie.

Les Pays-Bas ont envoyé leur frégate dans le Golfe et semblent actuellement hésiter quant à l'attitude à adopter. La frégate belge effectue des manoeuvres avec l'armée française.

M. De Decker (PRL-FDF). ­ Où se situe notre bateau ?

M. Derycke, ministre des Affaires étrangères. ­ Il se trouve en Méditerranée et y reste actuellement.

Lors du voyage que j'ai effectué la semaine dernière à New York et Washington, j'ai eu l'occasion de m'entretenir avec M. Annan ainsi qu'avec les autorités américaines, lesquelles saluent la victoire diplomatique avec un peu d'amertume. Quant aux Américains, ils restent sceptiques quant à la volonté irakienne de mettre en oeuvre l'accord du 23 février. Les Américains n'oublient pas que Bagdad est revenu à maintes reprises sur des engagements souscrits parfois en grande pompe. Pour Washington, la réalisation importe plus que la signature. Les Américains ont dès lors insisté sur la nécessité de maintenir leur dispositif militaire.

À ce sujet, je signale que 18 pays ont répondu favorablement à la demande américaine, 12 autres ont décidé d'octroyer des facilités logistiques aux unités de la coalition internationale. Ces éléments ne répondent nullement à la question de M. De Decker en ce qui concerne l'Europe, mais j'y reviendrai.

Lors de ma rencontre avec Kofi Annan, ce dernier m'a confirmé qu'il ne devait sa réussite qu'à la crédibilité de la menace militaire. Il importe à présent de mettre en oeuvre l'accord conclu. Le secrétaire général s'est montré confiant mais vigilant. Il a souligné que, pour la première fois, Saddam Hussein avait négocié et marqué personnellement son accord.

Pour ma part, j'ai félicité Kofi Annan au nom du gouvernement belge pour le succès de sa mission et lui ai communiqué que la Belgique était prête à mettre à la disposition de l'UNSCOM un certain nombre d'experts. En effet, notre pays a une grande expérience en la matière. Cette autre expression de notre solidarité me semble encore mieux comprise que l'envoi d'une frégate.

België kan geen besluiteloosheid worden aangewreven. Ons land heeft ook geen ping-pong willen spelen. Uiteindelijk was de politieke draagwijdte van onze beslissingen niet zo groot. We stonden alleen voor een aantal praktische keuzes en hebben getracht hierbij de coherentie en het evenwicht na te streven die op het Europese niveau ontbraken. Voor een land dat sterk aan de Europese eenmaking is verkleefd, is dat bijzonder betreurenswaardig. We hebben onze bijdrage geleverd aan wat Kofi Annan heeft genoemd : « La résolution du conflit par la diplomatie, appuyée par la force et la fermeté. » Dit alles heeft grote gevolgen voor de Verenigde Naties.

De houding van de Europese Unie ten aanzien van de Iraakse crisis was geen onverdeeld succes. Over twee zaken bestond er eensgezindheid : ten eerste, dat de verantwoordelijkheid voor de crisis alleen bij Saddam Hoessein moest worden gelegd en, ten tweede, dat UNSCOM ongehinderde en onvoorwaardelijke toegang tot alle verdachte sites moest krijgen.

Er waren echter ook grote meningsverschillen, vooral tussen Frankrijk en het Verenigd Koninkrijk. Dit maakte het werk van het Verenigd Koninkrijk als voorzitter van de Europese Unie bijzonder moeilijk. Ook dat moet worden onderzocht. Ik weet dat de hier aanwezige senatoren allemaal overtuigde « Europeanen » zijn en ik kan deze meningsverschillen alleen nog maar eens signaleren en aanklagen en hopen dat we er iets aan kunnen doen. Zolang een aantal landen van de Unie de Europese buitenlandse politiek blijven benaderen vanuit het standpunt van l'État Nation , zullen we met deze problemen geconfronteerd blijven en is er niets aan te doen.

Om op bijkomende vragen van militaire aard te kunnen antwoorden heb ik de militairen een aantal vragen voorgelegd en van hen de volgende antwoorden gekregen.

De analyse van de mogelijke opties tot deelname gebeurde door de generale staf. De beslissing werd dus zeker niet ondoordacht genomen en uitgevoerd. Bovendien werd bepaald dat een nieuwe beslissing van de regering noodzakelijk zou zijn vooraleer er militair zou worden opgetreden.

De heer Goris heeft er terecht op gewezen dat het fregat een onderzeebootjager is en derhalve terecht de vraag gesteld wat het in het geval van een militair optreden kon doen. De militairen hebben echter opgemerkt dat het schip ook heel wat mogelijkheden heeft op het vlak van lucht- en oppervlakteverdedigingssystemen. Deze fregatten hebben in het verleden enkel bewakingsopdrachten in het kader van een blokkade op zich genomen.

Tijdens de besluitvorming om het fregat te sturen werd rekening gehouden met de aanbevelingen die de Senaat na de Rwandacommissie goedkeurde. Het fregat bevondt zich in het oostelijk deel van de Middellandse Zee toen werd besloten het toch niet naar de Perzische Golf te sturen. Het was dus nog niet door het Suezkanaal.

Momenteel zijn er geen financiële implicaties, want het schip voert nu zijn oorspronkelijke opdracht uit, namelijk deelnemen aan NAVO-manoeuvres.

Vanmorgen vroeg men mij in de Kamer wat UNSCOM nu eigenlijk gevonden heeft en of er nog een bedreiging is. Ik heb het meest recente rapport van UNSCOM opgevraagd om aan te tonen dat het hier om een ernstige zaak gaat. Wat werd er bereikt ? Met andere woorden, wat werd er vernietigd ? Er werden 38 000 chemische wapens, obussen en bommen vernietigd, 480 000 liter producten voor het aanmaken van chemische wapens, 48 raketten en 30 speciale koppen voor chemische en bacteriologische wapens. UNSCOM heeft eveneens uitgemaakt dat Irak 19 000 liter botilium, 8 400 liter antrax en 2 000 liter aflatoxine, dat leverkanker veroorzaakt, heeft geproduceerd. Dat is voldoende om de hele wereld om zeep te helpen en de lijst is niet exhaustief.

Heeft UNSCOM nog nut ? Het antwoord van de Veiligheidsraad is ondubbelzinnig positief. Hoewel de afgelopen jaren vooruitgang werd geboekt in de opsporing van dergelijke wapens, zijn er nog altijd wapens die tot nu toe spoorloos en/of onverklaard zijn. Dat geldt voor 31 000 stuks munitie van chemische wapens, 4 000 ton chemische voorlopers en 600 ton voorlopers voor de productie van VX-zenuwgas. Met deze 600 ton kan men 200 ton VX-zenuwgas produceren en dat is voldoende om de hele wereldbevolking uit te roeien. Zeventien ton aanmaakproducten voor biologische wapens zijn spoorloos of onverklaarbaar.

We kunnen nu al een aantal politieke lessen trekken.

Monsieur De Decker, je partage votre point de vue : l'Europe ne s'est pas du tout montrée à la hauteur dans ce dossier. Cette situation m'a amené à me poser deux questions et à formuler deux propositions.

La question la plus simple, et aussi la plus embarrassante pour nous, est de savoir ce que l'on fait des petits pays. Une fois de plus, je n'ai rien entendu à ce sujet au niveau de la Commission. Lors de la réunion du Conseil Union-Amérique centrale qui s'est tenue à San José ­ je n'y ai pas participé car j'ai préféré être présent en Belgique en ces moments de crise ­, on a souhaité organiser une coordination. Malheureusement, seuls quatre ou cinq ministres des Affaires étrangères étaient présents. Pour ma part, j'ai dû prendre contact personnellement avec M. Cook pour obtenir des informations.

L'Europe a été absente, de même que l'U.E.O.

Cela dit, que faire quand les grands États membres ont des points de vue divergents et que la présidence est entre les mains d'un de ces pays, à savoir, dans le cas qui nous occupe, le Royaume-Uni ? La situation que nous venons de vivre ne peut que nous renforcer dans l'idée qu'il faut absolument aboutir à la désignation d'un « Monsieur P.E.S.C. » pour résoudre ces cas spécifiques. En effet, il ne suffit pas de parler d'une même voix, encore faut-il disposer d'un instrument pour ce faire. Or, cet instrument est prévu par le Traité d'Amsterdam mais il n'a pas encore été mis en place concrètement.

Ik denk dat de Verenigde Naties er ook versterkt uitkomen.

Grâce à la France, qui a adopté une attitude dont elle est coutumière, le Conseil de sécurité a été amené à prendre ses responsabilités en vue de faire respecter le droit international dans ce cas-ci. Comme nous ne disposons pas encore de tribunal pénal international, ni le Conseil de sécurité ni les membres des Nations unies ne peuvent imposer une solution. Ils ne disposent d'aucun moyen.

België moet de kansen van de Verenigde Naties maximaliseren. We moeten ervoor pleiten dat de Verenigde Naties een sterk instrument uitbouwt om de beslissingen te doen respecteren. Het is niet voldoende te spreken over een interventiekorps in Afrika; het probleem is « de sterke arm » van de Verenigde Naties.

Que s'est-il passé ? Les États-Unis se sont comportés comme s'ils étaient les mandataires des Nations unies pour exécuter les résolutions. C'est alors que tout le débat a commencé. Nous devons tirer une leçon très importante de cette crise. Pour ma part, j'ai pu constater que la position française irritait fortement les États-Unis. Si l'on peut s'en féliciter, il faut bien admettre qu'il s'agit toutefois d'une arme à double tranchant. Dans la mesure où nous ne prenons pas nos responsabilités, nous ne pouvons reprocher aux Américains de combler le vide.

Or, force est de constater que l'Europe ne prend pas les engagements nécessaires. Cependant, je vois d'un mauvais oeil cette évolution selon laquelle la France et d'autres grands pays européens s'interposent toujours entre l'Union européenne et les États-Unis. Non seulement c'est mauvais pour l'Union mais également pour l'entente atlantique. Or, compte tenu de tous les problèmes qui s'annoncent, il faut veiller à maintenir cette solidarité transatlantique qui permet précisément à l'Europe, poussée dans le dos par les États-Unis, d'envisager l'une ou l'autre action. C'est là toute la réalité du monde unipolaire qui n'est pas près de changer, surtout en l'absence de prise de responsabilités.

Ten slotte dienen we de reactie van de Arabische landen toch enigszins te relativeren.

J'estime en effet que parmi les quinze pays membres de l'Union européenne, la position de la Belgique est parmi les mieux acceptées dans les pays arabes. Des actions comme celle menée à Bruxelles, il y a deux semaines, en faveur des Palestiniens, constituent de véritables signes de solidarité aux yeux des pays arabes, dans le cadre d'une solution permettant de résoudre ce problème extraordinairement complexe qui est celui du Moyen-Orient.

Je suis cependant persuadé que les pays arabes sont parfaitement conscients des dangers inhérents à la personnalité de Saddam Hussein. Aussi, je ne me fais pas trop de soucis à ce sujet. À mon sens, le problème majeur est que les Arabes prétendent que nous sommes toujours prêts à exécuter les résolutions contre l'Irak mais beaucoup moins contre Israël. J'estime que cela ne peut que nous stimuler à agir de manière plus cohérente au niveau européen.

M. le président. ­ La parole est à M. De Decker.

M. De Decker (PRL-FDF). ­ Monsieur le président, je tiens à remercier le ministre de sa réponse ainsi que des éléments d'informations sur l'évolution de ce dossier.

Il est cependant un point sur lequel j'estime que nous pourrions faire mieux. Je veux parler de cette sorte de fatalisme face au monde unipolaire, non seulement dans votre chef, monsieur le ministre, mais également au sein de nombreux gouvernements de pays membres de l'Union européenne. Je persiste à croire qu'il serait possible d'améliorer la définition de la position commune européenne. En effet, les moyens juridiques mis à notre disposition sont très mal utilisés. Je pense notamment aux articles nouveaux du traité de l'Union européenne ainsi qu'au manque de moyens alloués à l'Union européenne pour les mettre en oeuvre. J'ai appris récemment que l'administration du Conseil des ministres de l'Union européenne ne compte, pour la politique étrangère et de sécurité commune, que trois fonctionnaires de niveau I : un Italien, un Finlandais et un Autrichien, je crois.

Cela signifie que les gouvernements ne font nullement pression sur l'Union européenne pour doter le Conseil des ministres, qui est l'outil le plus important de la P.E.S.C., des moyens des ambitions que l'on veut avoir pour l'Union européenne.

Sur le plan de l'U.E.O., un article du Traité de Bruxelles stipule que dès qu'un problème de sécurité se pose, les pays doivent se réunir pour déterminer les mesures à prendre. Dès lors, si un gouvernement de l'U.E.O. demande une telle réunion, alors qu'il ne détient pas la présidence, il place les autres gouvernements dans une situation difficile s'ils veulent refuser cette concertation.

La Belgique a toujours joué un rôle essentiel dans l'U.E.O. qui a été créée à Bruxelles voici 50 ans. Cette union a connu deux ou trois secrétaires généraux belges, dont le dernier fut M. Alfred Cahen. Elle devrait dès lors être le pays qui essaie d'exploiter au mieux le contenu de ce traité pour entraîner progressivement les autres nations dans une logique de concertation européenne.

Vous dites, monsieur le ministre, que nous sommes dans un monde unipolaire et que cela ne changera guère à l'avenir. S'il en est ainsi, c'est parce que nous le voulons bien et ce n'est certainement pas une question de moyens.

Je puis vous dire qu'en 1994, le budget de la Défense des États-Unis s'élevait à 250 milliards de dollars. Pour la même année, le budget de la Défense des dix pays de l'U.E.O. ­ je ne parle pas ici des quinze pays de l'Union européenne ­ se chiffrait à 150 milliards de dollars. Il est clair que si ces dix ministères de la Défense coopéraient et unissaient leurs budgets, il serait tout à fait possible de mener une politique d'existence européenne.

Je suis extrêmement satisfait de l'attitude de la France dans les événements que nous venons de vivre. Je comprends que les États-Unis aient été quelque peu irrités car ils se comportent dans ce monde unipolaire comme s'ils pouvaient décider seuls de ce qui est ou non salutaire. Ils agissent ­ c'est tout à fait logique et il ne faut par leur en faire grief ­ en tenant compte de leurs propres intérêts. Toutefois, dans cette région précise, leurs intérêts et les nôtres ne sont pas nécessairement convergents.

Je suis ravi que la France ait réussi, par son action diplomatique, à faire comprendre aux États-Unis qu'ils ne peuvent pas décider tout seuls et doivent tenir compte de notre point de vue. Pour cette seule raison, nous devons être très reconnaissants aux Français, même s'il est certain qu'ils ont profondément agacé les Américains. En fin de compte, je crois que tout le monde y a gagné.

Nous parlerons bientôt du Kosovo et je remonterai peut-être à la tribune à cette occasion. J'aimerais que nous provoquions systématiquement la concertation européenne à l'endroit où elle doit avoir lieu.

Lors de l'affaire albanaise, le Comité des présidents de l'U.E.O. a reçu le ministre français des Affaires étrangères du gouvernement précédent. Le ministre était présent parce que la France détenait à ce moment la présidence du Conseil des ministres de l'U.E.O. Lorsque je lui ai demandé pourquoi il n'avait pas convoqué le Conseil des ministres des Affaires étrangères de l'U.E.O., il m'a répondu que cela n'avait pas été évoqué au sein de l'Union européenne.

Je lui ai rétorqué qu'il pouvait convoquer le Conseil des ministres de l'U.E.O., c'est-à-dire cesser d'utiliser l'U.E.O. exclusivement comme un organe subsidiaire. L'Union européenne ne réagit pas et, malheureusement, je crains qu'elle persiste dans cette attitude surtout depuis son dernier élargissement aux Finlandais, aux Suédois, aux Autrichiens, aux Irlandais et aux Danois. Par conséquent, une véritable concertation en matière de politique étrangère ne se dégagera pas rapidement.

Dès lors, utilisons l'U.E.O. comme un organe à part entière puisque le statut existe. Les Grecs ne l'ont pas fait.

À l'époque, dans l'affaire Alba, le ministre de Charette avait été un peu surpris de ma démarche en France. Il m'a avoué sincèrement ­ ce qui m'a paru très sympathique ­ que ma suggestion l'avait ébranlé et que s'il était resté au gouvernement et que la crise avait continué, il m'aurait peut-être suivi.

Je dois reconnaître que, même si l'U.E.O. a parfois ses propres responsabilités à cet égard, cet organe est un outil mal utilisé. Je suis persuadé qu'il pourrait être le petit moteur qui permettrait la mise en oeuvre progressive d'une politique étrangère de sécurité commune au sein de l'Union européenne. Commencez avec les dix pays et les quinze suivront. Je crains, en effet, qu'en voulant démarrer avec les quinze pays, vous n'alliez au devant d'un échec.

Il existe un manque total de volonté d'utiliser l'U.E.O. et je répète que l'U.E.O. porte sa part de responsabilité dans cette situation. Selon moi, il devrait être possible d'utiliser cet outil si tous les États membres le décidaient. (Applaudissements.)

De voorzitter. ­ Het woord is aan de heer Goris.

De heer Goris (VLD). ­ Mijnheer de voorzitter, eerst een kleine rechtzetting, het was niet de heer Clinton, maar zijn ambassadeur bij de NAVO, de heer Blinken, die het verzoek van de Verenigde Staten aan België formuleerde. De vraag hierbij is of we in deze tijd, met al zijn communicatietechnologie, niet in staat zijn om een dergelijke vraag snel met de WEU-partners te bespreken, om na te gaan of ook zij een dergelijk verzoek hebben gekregen en of we op een of andere manier niet gemeenschappelijk kunnen optreden. Als een operatie « show the flag » dan toch nodig was, konden we daaraan misschien onder de Europese vlag deelnemen. Was het niet mogelijk om de diplomaten en de talrijke Europese instellingen aan te spreken zodat we niet altijd unilateraal met de ambassadeur van de Verenigde Staten moeten onderhandelen ? Een gemeenschappelijk optreden zou de geloofwaardigheid en de toekomst van de WEU sterk ten goede komen.

De minister benadrukte dat het sturen van een fregat vooral een symbolisch karakter zou hebben. Moest het dan echt wel een fregat zijn ? Hebben de Verenigde Staten precies dat gevraagd ? Ons fregat was al enige tijd op oefening in de Middellandse zee. De bemanning was helemaal niet voorzien op een verlengde opdracht. Had men, rekening houdend met de sociale kant van de zaak, geen ander schip zeewaardig kunnen maken voor deze opdracht ? Ook de kostprijs die in geval van deelname, in tegenstelling tot wat ik daarstraks zei, 150 miljoen zou bedragen, was een argument om naar alternatieven te zoeken. De minister heeft uitvoerig toegelicht dat de beslissing tot deelname zeer grondig is onderzocht. De vraag is of dit ook geldt voor de keuze van het middel.

M. le président. ­ La parole est à Mme Lizin.

Mme Lizin (PS). ­ Monsieur le président, je rejoins le point de vue du ministre. Toutefois, je pense que nous aurions eu intérêt à être plus proches de l'analyse française. La rapidité avec laquelle il a été décidé d'envoyer une frégate, dans le cadre d'un objectif certes louable eu égard au danger potentiel représenté par l'Irak, est étonnante si nous effectuons la comparaison avec la réaction enregistrée à l'égard des massacres perpétrés à l'encontre de la population quasi désarmée du Kosovo. Je crois donc que les Européens pourraient évoluer de manière positive quant à leur rôle dans une zone qui les concerne directement s'ils adoptaient une attitude identique à celle qu'ils ont arrêtée vis-à-vis de la politique menée par les Américains dans une autre zone, éloignée sur le plan géographique. Il est évident qu'une menace, appuyée militairement par des forces solides, est efficace. Dès lors, pourquoi diable ne pas réagir de la même manière en Europe ?

M. le président. ­ La parole est à M. Derycke, ministre.

M. Derycke, ministre des Affaires étrangères. ­ Monsieur le président, je dirais tout d'abord que je partage l'opinion exprimée par M. De Decker. Nous avons fait une tentative pour lancer l'U.E.O. au moment de la crise au Sud Kivu. Hélas, elle s'est révélée vaine, nonobstant le fait que des centaines de milliers de personnes ont perdu la vie dans ce conflit.

En ce qui me concerne, je crois que l'U.E.O. est sans doute mieux adaptée à des situations où les pays européens sont plus directement impliqués et détiennent certaines connaissances.

En ce qui concerne particulièrement le Kosovo, auquel Mme Lizin a fait allusion, l'Europe à réagit rapidement. J'ignore si nous devrons recourir à des pressions militaires sur Milosevic et sur les extrémistes de l'autre bord. Actuellement, nous ne sommes pas encore à ce stade.

Il convient cependant de remarquer que cette réaction constitue une première. Nous pouvons estimer que si l'Europe avait réagit vis-à-vis de la Bosnie-Herzégovine, de la même façon que par rapport au Koweït, la situation serait peut-être entièrement différente. Toutefois, il faut considérer le problème de manière globale. Nous n'en serions peut-être pas arrivés là si certains grands pays européens n'avaient pas effectué des choix fautifs au début des années 90. J'espère donc que la leçon aura porté et que des décisions correctes seront prises en ce qui concerne le Kosovo.

Aan de heer Goris moet ik zeggen dat we wel overleg hebben gepleegd onder meer met Nederland. Ons schip voer immers onder de vlag van de Benelux-admiraliteit. We hebben ook informele contacten met de andere Europese landen teneinde te vernemen wat er aan hen werd gevraagd.

De heer Goris vraagt zich af of het sturen van een fregat het meest adequate antwoord was. In de gegeven omstandigheden was dit wel degelijk de beste manier om onze solidariteit te tonen. Alle andere mogelijkheden zouden ons immers te ver hebben geëngageerd. Bovendien konden we op die manier enige speling behouden in onze besluitvorming. Het sturen van C 130-vliegtuigen zou ons onmiddellijk op het strijdtoneel hebben gebracht. Ik was van oordeel dat we ons dat op dat moment niet konden veroorloven, gelet op de analyse van de feiten, op de korte beslissingsperiode en op de onmogelijkheid om overleg te plegen met het Parlement. De regering deelde mijn standpunt terzake.

De voorzitter. ­ Het incident is gesloten.

L'incident est clos.