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Question écrite n° 5-6110

de Willy Demeyer (PS) du 24 avril 2012

à la vice-première ministre et ministre de l'Intérieur et de l'Égalité des Chances

Les mesures de sécurité applicables pour les rencontres internationales de football

manifestation sportive
houliganisme
sécurité publique

Chronologie

24/4/2012 Envoi question
17/7/2012 Réponse

Requalification de : demande d'explications 5-2116

Question n° 5-6110 du 24 avril 2012 : (Question posée en français)

Ma question porte sur le maintien de l'ordre public lors de matches de football à haut risque. À plusieurs reprises, et encore récemment à l'occasion du match Standard-Hanovre, j'ai dû, en ma qualité de bourgmestre, prendre un arrêté imposant le système " combi-ticket-bus ". Ce dispositif vise à autoriser l'accès à la zone du stade aux seuls supporters venus à bord d'autocars et munis d'un titre d'accès préalablement acheté via les clubs de supporters.

Il s'agit d'une mesure de police administrative de compétence purement locale, qui permet de canaliser le flux de supporters et d'éviter toute confrontation aux alentours du stade, avant et après le match. L'application de cette mesure a clairement prouvé son utilité dans le cadre des rencontres nationales : baisse du nombre d'incidents de groupe, prévention de la violence dans le centre des villes, baisse du nombre de policiers déployés, ... Un problème subsiste néanmoins au niveau de l'application de cette mesure aux matches internationaux. En effet, le système ne peut s'appliquer que pour les déplacements de supporters provenant d'un périmètre qui permet les déplacements en car. Son application n'est donc pas toujours possible.

Peut-être cette limite explique-t-elle en partie le déplacement de la violence liée au football, des matches nationaux vers les matches internationaux. Concilier la sécurité physique des spectateurs, qui est une responsabilité du bourgmestre, avec l'objectif de faire du football une fête agréable et conviviale, devient de plus en plus difficile, dans le cadre des rencontres internationales. Je rappelle que les supporters aiment profiter d'un match d'Europa League pour visiter la ville hôte, où ils dépensent, selon l'UEFA (Union of European Football Associations), en moyenne 25 euros (principalement dans l'horeca). Trouver un équilibre entre hospitalité et sécurité est bel et bien un enjeu.

Dans ce cadre, ma question porte sur un aspect de la note de politique générale. On peut y lire que " le développement de notre rôle de pionnier sur le plan international, mis en place depuis l'Euro 2000 et la présidence de l'UE " sera poursuivi en 2012 et qu'une " attention particulière sera accordée à la collaboration avec l'Ukraine et la Pologne en vue de la Coupe d'Europe 2012 ". J'aurais voulu savoir quelles étaient les actions entreprises dans le cadre de ce projet, et comment l'acquis de cette collaboration pouvait être mis à profit par les villes afin d'assurer, lors de rencontres internationales, l'accueil et la sécurité des supporters ?

Réponse reçue le 17 juillet 2012 :

Le système « combi-ticket-bus » n’est appliqué que dans un nombre de pays assez restreint pour les matches nationaux. Par ce système, les supporters visiteurs peuvent être mieux encadrés ce qui peut avoir une influence sur le nombre de policiers déployés. Cependant, il est parfois constaté que même avec l’application de ce système, le nombre de policiers reste très élevé au vu du risque représenté par les supporters visités (pour lesquels le système n’est pas d’application) car ils n’ont pas été verbalisés et sanctionnés dans le passé en cas d’incidents.

De plus, l’application du système combi a de nombreux effets négatifs. Tous les supporters sont victimes de cette mesure limitative visant à éviter d’éventuels problèmes causés par 1 à 2 % de supporters. Un autre problème vise la consommation d’alcool dans les autocars durant les trajets entrainant des difficultés de gestion pour les services de police et les stewards et ce principalement lors de leur arrivée et de leur départ. Enfin, lorsque ce système est utilisé très peu de femmes et d’enfants participent à la rencontre.

Mon point de vue est de suivre la politique d’hospitalité menée par l’Union européenne, le Conseil de l’Europe et l’Union of European Football Associations (UEFA). Cette politique se base sur des principes d’hospitalité. 99 % des supporters viennent aux matches avec des bonnes intentions. Des études scientifiques et la pratique démontrent que les mesures limitatives et répressives envers les supporters entrainent généralement des incidents au lieu de les prévenir. La formation policière développée au sein de l’Union européenne, et assurée avec le financement de la Commission européenne, se base sur une politique de gradation des mesures à prendre. Il s’agit de l’approche appelée les 3D : dialogue, « dé-escalation » (de-escalade) et détermination.

La Pologne et l’Ukraine se sont également reposées sur ces principes d’hospitalité pour élaborer leur politique pour l’Euro 2012. Vu notre expérience et notre expertise dans la matière, la Cellule Football a joué un rôle important dans l’accompagnement des services compétents pour la préparation de leur stratégie pour l’Euro 2012. L’application de cette politique 3D a demandé un important changement de mentalité pour les autorités polonaises et les services de police. Cependant, au vu des résultats atteints, la Pologne s’est inscrite à 100 % dans cette approche. Ils ont en effet pu constater que l’application des principes d’hospitalité a permis de diminuer le nombre d’incidents.

Ce concept d’hospitalité n’exclut néanmoins pas que les supporters doivent respecter les règles en vigueur. Un dialogue proactif expliquant les seuils de tolérance doit être établi par les policiers avec les supporters. Lorsqu’un incident se produit, il est important d’intervenir immédiatement et de manière ciblée. Il est préférable que les policiers en uniforme « d’ordre public » limitent leurs visibilités et leurs interventions lors de graves incidents nécessitant une action musclée et, à nouveau, ciblée. Lorsque les événements se calment, il est important de reprendre le dialogue. L’objectif est que la majorité des bons supporters ne soient pas les victimes du comportement d’une minorité.

Cette approche est d’application dans plusieurs grandes villes européennes disposant de clubs avec un noyau dur important. En Belgique, Courtrai utilise cette politique depuis plusieurs années. Bruges s’est basée sur ces principes d’hospitalité lors des matches contre Birmingham et Hanovre, qui ce se sont déroulés sans incident particulier et avec grande reconnaissance des supporters visiteurs.

Dans certains pays, le passage du système actuel, basé sur une approche limitative et répressive, vers le concept d’hospitalité n’est pas aisé. Beaucoup de responsables estiment que cette politique n’offre pas de garanties suffisantes pour la sécurité alors qu’au contraire, il permet une intervention rapide et ciblée, se basant sur un dialogue avec les supporters sans attendre le développement des incidents.

Au vu des ces éléments, il est donc souhaitable que tous les services de police en Belgique s’inscrivent de plus en plus dans le sens de cette politique d’hospitalité.