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Question écrite n° 7-740

de Latifa Gahouchi (PS) du 9 novembre 2020

au vice-premier ministre et ministre des Affaires sociales et de la Santé publique

Tampons et serviette hygiéniques - Présence de produits nocifs - Risques pour la santé des femmes - Mesures - Concertation avec les entités fédérées et l'Union européenne

substance dangereuse
hygiène publique
femme
produit pharmaceutique
santé publique
substance toxique
risque sanitaire

Chronologie

9/11/2020 Envoi question (Fin du délai de réponse: 10/12/2020 )
20/5/2021 Réponse

Réintroduction de : question écrite 7-312

Question n° 7-740 du 9 novembre 2020 : (Question posée en français)

Une jeune habitante de Somzée a perdu la vie à l'âge de dix-sept ans. La jeune fille, sportive, a succombé à ce que l'on appelle un «choc toxique», provoqué par un tampon hygiénique. La famille souhaite une meilleure information sur les risques potentiels, aussi bien pour les femmes et les jeunes filles, que pour le personnel soignant.

Par ailleurs, en France, un autre décès est également à déplorer: une autre jeune fille avait dû être transportée rapidement aux soins intensifs. Après de nombreuses analyses, les médecins se sont rendu compte qu'il s'agissait en fait d'un problème gynécologique et pas d'une grippe comme on le pensait en première analyse.

Après un transfert au centre hospitalier universitaire (CHU) de Limoges et une seconde intervention, ils s'aperçoivent que la personne a en fait un abcès de 3 cm au cœur et que ses reins ne fonctionnent plus.

Décédées à cause d'un tampon hygiénique… On n'imagine pas l'événement possible et on comprend d'emblée la révolte des proches qui, apprend-on, souhaitent informer un maximum de personnes afin que plus jamais une jeune fille ne décède de la sorte.

Déjà en 2017, des études auraient démontré la présence de produits chimiques dans les tampons. Notamment, celle de «60 Millions de consommateurs» qui a mis en évidence des traces de dioxines, l'un des douze polluants les plus dangereux au monde, selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), et des résidus de dérivés halogénés, liés aux traitements des matières premières.

Lésions dermiques, altération de la fonction hépatique, dégradation du système immunitaire, etc., sont quelques-uns des effets de ces dioxines répertoriés par l'OMS.

D'après le toxicologue belge Dominique Lison, les dioxines seraient aussi responsables de l'endométriose, une pathologie très douloureuse à l'origine d'infertilité.

Autre perturbateur endocrinien retrouvé dans certains voiles et matières absorbantes: le DEHP (DiEthylHexyl Phthalate – phtalate de di-2-éthylhexyle), un phtalate, cancérigène interdit en Europe dans les jouets et les cosmétiques. Ou encore du glyphosate, c'est-à-dire ... du désherbant.

En l'état de mon information, aucune loi particulière n'encadrerait les tampons. Les industriels n'auraient donc pas l'obligation de dévoiler leur composition, contrairement aux médicaments.

En juin 1999, la Commission européenne aurait même laissé les fabricants établir leurs propres règles concernant la sécurité de ces protections hygiéniques.

Cette question relève bien de la compétence du Sénat car la prévention de la santé de toutes les femmes est directement concernée, et cet aspect ne relève pas du seul niveau fédéral ni des autorités européennes comme les autres aspects développés ci-dessus. Ce dossier est éminemment transversal.

Quel est l'état de la situation dans notre pays et quels contacts avez-vous avec vos collègues des entités fédérées ou les instances européennes pour répondre à ce problème crucial de santé publique qui concerne toutes les femmes?

Réponse reçue le 20 mai 2021 :

En ce qui concerne la problématique du syndrome du choc toxique (SCT), il faut savoir que, si d’autres bactéries comme les Streptocoques peuvent causer des SCT, certaines souches de la bactérie Staphylococcus aureus (SA) sont généralement responsables des cas de SCT associés à l’utilisation de tampons hygiéniques. Tampons mais aussi coupes menstruelles, diaphragmes contraceptifs, éponges contraceptives, capes cervicales, etc. sont associés à un faible risque de SCT. Cette bactérie SA n'est pas dangereuse dans la plupart des cas et est présente naturellement chez 15 à 40 % de la population (hommes, femmes et enfants). Il n’existe pas de surveillance à proprement dit des syndromes de choc toxique en Belgique. Toutefois le Centre National de Référence (CNR) financé par l’INAMI, recueille ces données pour les Staphylococcus aureus via le formulaire de demande de tests. Le CNR reçoit 2 à 3 souches par an pour faire une recherche de TSST (toxine du choc toxique à Staphylocoques) et il n’y a pas d’augmentation du nombre de demandes.

Le risque de développer un choc toxique est lié, entre autres, à des facteurs de virulence de la souche (production de toxines), à des facteurs de prédisposition de l’hôte, à l’utilisation que l’on fait des tampons hygiéniques (la taille du tampon choisie influe sur sa capacité d’absorption ; la durée du port du tampon) ainsi qu’à leur composition. Par exemple, plus le tampon a un grade d’absorption élevé et plus longtemps il est porté, plus le risque de développer un SCT s’accroît. C’est pour cela qu’il est conseillé, comme indiqué dans les notices, de toujours porter le tampon au degré d’absorption le plus faible et de le changer régulièrement sur la journée (maximum 8 heures d’affilées). Concernant la matière, il a été constaté que les tampons en coton ou matière naturelle sont moins à risque de provoquer le SCT que les tampons en matière synthétique.

Une proposition de restriction des substances dangereuses dans les dispositifs d’hygiène intime a été lancée par la France au niveau européen et la Belgique a affirmé son support à cette initiative et souhait que la Commission poursuive cette initiative.

Le SPF Santé (service maitrise des risques chimiques) a commandité une étude pour déterminer la composition de 24 échantillons de tampons et serviettes hygiéniques prélevés sur le marché belge, étude publiée sur le site web du SPF santé publique, Sécurité de la Chaîne Alimentaire et Environnement. De cette étude, nous pouvons tirer comme information que seules des traces de substances ont été relevées, avec des concentrations inférieures à 1 mg/kg. Des concentrations en somme très faibles qui démontrent que les substances détectées ne sont pas utilisées volontairement mais proviennent des processus industriels et/ou des matières premières. Des concertations ont eu lieu avec Sciensano et aussi avec le secteur qui a affirmé mettre en place des protocoles de qualité afin d’assurer une présence minime de ce type de substances.

Enfin, il va de soi qu’il est important de bien se laver les mains avant d’appliquer un tampon, ainsi qu’après sa mise en place.

Il est par ailleurs aussi important de savoir reconnaitre les symptômes d’un SCT. Ces symptômes, qui sont bien indiqués dans les notices, sont très semblables à ceux de la grippe. Si une femme portant un tampon commence ressentir ces symptômes, il faut retirer le tampon immédiatement, contacter son médecin traitant et lui expliquer la situation en mentionnant le port du tampon.

Comme nous pensons qu’informer les femmes et jeunes filles relève de la promotion de la santé, nous avons mis ce point à l’ordre du jour de nos réunions de cellule NEHAP avec les communautés. Car la prévention et la promotion de la santé relèvent en effet de leurs compétences.

En conclusion, et pour appliquer le principe de précaution, il est conseillé, si on veut porter des tampons, de les choisir en coton pur (cela est indiqué sur les emballages) et de bien appliquer les consignes d’utilisation, c’est-à-dire de les changer régulièrement, de les choisir au plus petit degré d’absorption et d’être attentives à d’éventuels symptômes.