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Question écrite n° 7-510

de Latifa Gahouchi (PS) du 24 avril 2020

à la ministre des Affaires sociales et de la Santé publique, et de l'Asile et la Migration

Crise du coronavirus - Mesures de prévention - Confinement - Politique moins stricte menée aux Pays-Bas - Efficacité (Covid-19)

politique de la santé
maladie infectieuse
épidémie
Pays-Bas

Chronologie

24/4/2020 Envoi question (Fin du délai de réponse: 28/5/2020 )
10/7/2020 Réponse

Question n° 7-510 du 24 avril 2020 : (Question posée en français)

Selon mes informations, une étude comparative menée en milieu universitaire indiquerait que les mesures de confinement auraient en fait un impact très faible sur la propagation du virus Covid-19.

On le sait, Belgique et Pays-Bas ont adopté une approche différente.

Chez nos voisins du Nord, le respect de la distanciation sociale est la règle et les citoyens sont invités à se confiner, mais n'y sont pas légalement contraints. Les commerces qualifiés de non-essentiels sont restés accessibles et le télétravail est encouragé mais pas obligatoire.

Cette question relève de la compétence du Sénat du fait de sa transversalité. Les mesures de prévention de la santé relèvent en effet de la compétence des entités fédérées.

L'étude précitée avancerait que pour «les nouveaux cas détectés quotidiennement, la différence entre les courbes belges et néerlandaises est infime» alors que voilà environ un mois que les deux approches sont effectives.

Je n'ai pas l'intention de remettre en cause l'idée, à la base de toute politique de confinement, selon laquelle «il faut être le plus restrictif possible pour être efficace», mais les résultats d'une étude – non encore finalisée, il faut le préciser – tendrait pourtant à le démontrer.

Alors que le Conseil national de sécurité s'est à nouveau réuni à deux reprises après le 10 avril 2020 à l'effet d'aborder notamment la question du prolongement des mesures en vigueur, l'auteur de l'étude recommandait leur suppression et la transition vers le niveau de contraintes en cours aux Pays-Bas.

Certes, les nouvelles mesures annoncées le 15 avril 2020 dans notre pays ont permis déjà de rendre un prolongement du confinement plus acceptable pour la population et donc plus viable, mais je souhaiterais connaître votre avis sur les arguments avancés en faveur de la politique menée aux Pays-Bas depuis le début de la crise du coronavirus.

Disposez-vous par ailleurs d'informations complémentaires sur la question?

Réponse reçue le 10 juillet 2020 :

L’étude à laquelle il est fait référence est vraisemblablement celle de Vincent Laborderie, de l’Université catholique de Louvain (UCL), qui a été rapportée dans les médias. Comme mentionné dans la question, cette étude n’a pas été finalisée et les résultats n’ont pas (encore) été publiés dans une revue scientifique («peer reviewed»). Il est donc difficile de faire une évaluation scientifique de la méthode d’étude et des décisions.

Comme l’ont déjà communiqué à plusieurs reprises Sciensano, le Centre européen de prévention et contrôle des maladies (European Centre for Disease Prevention and Control – ECDC) et d’autres scientifiques, il est très difficile de comparer l’évolution de l’épidémie dans différents pays. En effet, la dynamique peut varier considérablement en fonction de paramètres tels que la densité de population, la répartition par âge, les habitudes culturelles, etc. La façon dont l’épidémie a débuté dans un pays a également joué un rôle important. Par exemple, le virus a été importé en Belgique à différents endroits en même temps, avec le retour des voyageurs du nord de l’Italie et de la France à la fin des vacances de carnaval au début du mois de mars 2020. Aux Pays-Bas, il y a beaucoup moins d’infections dans le nord du pays que dans le sud. Une explication est que les vacances de printemps ont eu lieu une semaine plus tôt dans le nord que dans le reste du pays, juste avant l’augmentation significative de l’épidémie dans le nord de l’Italie. Le carnaval est également beaucoup moins fêté dans les provinces du nord, alors que cette fête est supposée avoir contribué à la propagation rapide du virus dans la province Noord-Brabant. Le fait que la circulation du virus aux Pays-Bas ne soit pas homogène a également un impact sur le nombre total de cas et la courbe de l’épidémie.

Des études de modélisation menées dans d’autres pays montrent un effet positif des mesures de confinement. En France, une étude de modélisation a estimé que le taux de reproduction (R0, nombre moyen de personnes infectées par un cas dans une population non immunisée) était passé de 2,9 avant le confinement à 0,7 après (soit une réduction de 77 %). Une étude menée au Royaume-Uni a donné des résultats similaires, avec une réduction du R0 de 2,8 à 0,8. Une autre étude menée au Royaume-Uni, basée sur des études de population portant sur les modèles de contacts sociaux pendant le confinement et en dehors de l’épidémie, a montré que le nombre moyen de contacts quotidiens par personne avait diminué de 74 %, ce qui, selon les auteurs, est suffisant pour réduire le R0 de 2,6 avant le confinement à 0,62 (intervalle de confiance [IC] de 95 % 0,37-0,89) après.

«Estimating the burden of SARS-CoV-2 in France», https://science.sciencemag.org/content/early/2020/05/12/science.abc3517.

«A phased approach to unlocking during the COVID‐19 pandemic – Lessons from trend analysis», https://onlinelibrary.wiley.com/doi/abs/10.1111/ijcp.13528.

«Quantifying the impact of physical distance measures on the transmission of COVID-19 in the UK», https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/?term=CoVID+and+United+Kingdom+and+lockdown+and+R0.