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Sénat de Belgique

Annales

JEUDI 16 JANVIER 2014 - SÉANCE DE L'APRÈS-MIDI

(Suite)

Question orale de Mme Christine Defraigne à la vice-première ministre et ministre des Affaires sociales et de la Santé publique sur «les psychothérapeutes» (no 5-1261)

Mme Christine Defraigne (MR). - La Chambre discute actuellement d'une proposition de loi sur les psychothérapeutes, qui a d'ailleurs été adoptée en commission hier. Cette proposition vise à encadrer cette profession, à protéger le titre et à combler de cette manière le vide juridique qui régnait jusqu'ici, ouvrant ainsi la porte aux charlatans.

Dans le même ordre d'idée, un autre problème m'inquiète, celui des personnes qui s'intitulent « coachs de vie » et dont le nombre augmente à grande vitesse. Ces personnes, après avoir suivi simplement quelques heures de cours du soir, s'annoncent capables de prendre en charge des personnes qui ont perdu un être cher, qui subissent un divorce ou une perte d'emploi, etc. Bref, elles touchent des domaines aussi larges que variés et les conseils qu'elles peuvent donner peuvent être extrêmement lourds de conséquences.

Madame la ministre, je pense que ce phénomène mérite qu'on y réfléchisse. Je souhaiterais dès lors savoir ce que vous en pensez. On pourrait en effet voir se reproduire un risque d'escroquerie mentale et morale similaire à celui des pseudo-psychothérapeutes.

Mme Laurette Onkelinx, vice-première ministre et ministre des Affaires sociales et de la Santé publique, chargée de Beliris et des Institutions culturelles fédérales. - Je suis d'accord avec vous. Vous savez que j'ai placé ces années 2013 et 2014 sous le signe de la protection des patients. En matière de santé mentale, il y a du travail.

Je suis assez heureuse qu'hier, en commission de la Santé publique de la Chambre, nous ayons pu enfin voter la loi sur la reconnaissance des psychothérapeutes. Cette loi va permettre d'opérer la différence entre les vrais professionnels qui auront suivi une formation adéquate et ceux que j'appellerais soit des charlatans, soit des inaptes. Pour s'occuper de personnes qui ont des problèmes, qui sont donc fragiles, il faut exiger que l'on satisfasse à des critères de formation importants.

Par exemple, les psychothérapeutes, pour pouvoir exercer, devront avoir un diplôme de bachelier dans certaines filières, suivre une formation complémentaire de quatre ans encadrée par une des quatre grandes associations de psychothérapie, et suivre ensuite un ou deux ans de cours nécessaires à l'exercice du métier. Il faudra donc de huit à neuf ans d'études et de formation avant de pouvoir gérer des personnes en souffrance dans le secteur de la santé mentale.

Hier, s'est posée la question des psychanalystes. Les psychanalystes ne sont pas concernés en tant que tels par la proposition de loi, hormis les psychothérapeutes à orientation psychanalytique. Si vous m'aviez interrogée à ce sujet, je vous aurais dit qu'il faudrait également intervenir. Mais chaque chose en son temps.

Le gros problème, c'est qu'il existe en dehors des psychanalystes, des psychologues et des psychothérapeutes, toute une série de personnes qui puisent dans la richesse du vocabulaire de la langue française ou néerlandaise pour proposer leurs services à des personnes qui sont en souffrance. Il y a des managers de sens, des coachs de vie, des gourous, ...

Il existe déjà une législation visant à lutter contre les sectes. Pour le reste, il faudra aussi responsabiliser les personnes et les guider vers des professionnels régulés par les pouvoirs publics.

La proposition de loi adoptée hier ne prévoit pas de remboursement des consultations. Par la suite, on pourrait prévoir un remboursement dans le cadre de trajets de soins permettant au médecin généralise et au psychothérapeute - quelle que soit sa formation de base, pourvu qu'il soit habilité à exercer la psychothérapie - de travailler avec le patient. Nous serons ainsi certains que ce patient est pris en charge par des professionnels. Les mutualités qui remboursent des séances de psychothérapie sauront à qui s'adresser. Il nous restera alors à avertir le grand public en organisant des campagnes afin que les personnes qui en sentiraient la nécessité, puissent rencontrer des professionnels de la santé mentale dont elles sont sûres de la qualité et qui sont encadrés par le Conseil supérieur de la santé mentale.

Voilà la direction que nous suivons et le chantier que nous avons ouvert. Le vote d'hier constitue une première étape ; nous devrons poursuivre notre travail sous cette législature et sous la prochaine.

Mme Christine Defraigne (MR). - Le chantier est évidemment énorme, car un certain nombre de gourous ou de charlatans ou, en tout cas, de gens très au fait du marketing et de la communication essayent de se glisser dans des interstices qui ne seraient pas régulés et de profiter d'une certaine fragilité ou crédulité en lançant des termes ronflants à la mode. Je pense qu'une information est nécessaire pour que les personnes sachent à qui s'adresser en connaissance de cause, mais cela ne suffira probablement pas. Une réflexion plus approfondie s'impose, pour éviter que des « pseudo-psys » trouvent d'autres formules pour passer entre les mailles du filet, avec les destructions qu'ils peuvent provoquer en termes de santé mentale.