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Belgische Senaat

Handelingen

DONDERDAG 28 MAART 2013 - NAMIDDAGVERGADERING

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Mondelinge vraag van de heer Jacques Brotchi aan de vice-eersteminister en minister van Binnenlandse Zaken en Gelijke Kansen over «de toename van antisemitisme in België» (nr. 5-928)

M. Jacques Brotchi (MR). - Ma question fait suite aux entretiens croisés du professeur Maurice Sosnowski, président du Comité de coordination des organisations juives de Belgique - CCOJB - et de Edouard Delruelle, codirecteur du Centre pour l'égalité des chances et la lutte contre le racisme - CECLR - publiés ce week-end dans La Libre Belgique.

Ces entretiens évoquent, chiffres et arguments à l'appui, la montée de l'antisémitisme en Belgique et la banalisation qui en est faite dans notre pays.

Les chiffres évoqués dans cet article montrent qu'il y a, depuis ces cinq dernières années, une véritable augmentation des actes antisémites en Belgique : actes de haine qui restent à ce jour impunis, voire ignorés des autorités compétentes.

D'ailleurs, sans vouloir polémiquer, j'ai été particulièrement choqué par un incident que j'ai vécu au Parlement bruxellois. Un certain groupe politique que je ne souhaite pas nommer a préféré couper la parole à mon confrère, Alain Destexhe, plutôt que d'écouter son apologie du savoir-vivre ensemble et du respect mutuel des différentes communautés vivant dans notre pays. Face aux railleries ou à l'indifférence que ces paroles ont suscitées, j'ai eu la nausée et j'ai quitté la séance plénière, médusé, indigné, scandalisé. Ceci n'est qu'un exemple bien sûr mais, dans un État de droit et dans une assemblée parlementaire et démocratique, ceci est intolérable et me semble emblématique de la situation que nous vivons aujourd'hui dans notre pays.

Nous assistons dans toute l'Europe à une recrudescence d'actes antisémites, qu'ils se traduisent par des déclarations, des publications ou des agressions physiques. Face à cette situation, nous nous devons d'enseigner aux nouvelles générations et de leur faire respecter les différences culturelles et religieuses des communautés vivant dans notre pays et ce, pour mieux se comprendre. Il faut favoriser le « mieux vivre ensemble » pour assurer la tolérance et le respect de l'identité de l'autre, quelles que soient ses origines, sa religion ou sa laïcité.

Quelle est, madame la ministre, votre analyse de la situation et de l'évolution du problème de l'antisémitisme en Belgique ? Quels outils comptez-vous développer pour remédier à cette situation ?

Mme Joëlle Milquet, vice-première ministre et ministre de l'Intérieur et de l'Égalité des Chances. - Je vous remercie pour vos questions et partage votre préoccupation face à la recrudescence de l'antisémitisme, qui touche l'ensemble des sociétés européennes, et face à la montée d'un radicalisme très important lié parfois à des éléments de crise mais, le plus souvent, à d'autres types d'évolution.

Nous avons eu une discussion à ce sujet au Conseil de l'Europe il y a quelques semaines. Tous les pays européens sont confrontés à une augmentation des actes de racisme et des phénomènes de rejet de l'autre - en raison, notamment, de sa différence ou de sa religion - dans lesquels s'inscrit bien sûr la montée de l'antisémitisme.

Quand je suis devenue ministre de l'Intérieur, j'ai rencontré à plusieurs reprises les représentants de la communauté juive et je leur ai demandé quelles étaient leurs attentes par rapport à cette problématique, au-delà du travail du Centre pour l'égalité des chances, qui est chargé d'introduire des plaintes en justice.

Nous avons décidé de réanimer la cellule de veille antisémitisme, qui était quelque peu assoupie. Cette cellule est désormais placée sous la présidence de la ministre de la Justice et de la ministre de l'Intérieur. Elle se réunit au moins une fois par mois avec des représentants de la communauté juive et des représentants de haut niveau de la police et de la justice.

Lors de ces réunions, nous abordons l'ensemble des problèmes. Parfois, nous prenons des mesures de protection, pour les écoles par exemple. Nous nous assurons que les suivis se font là où ils doivent se faire et que le Centre pour l'égalité des chances prend l'initiative qui s'impose lorsqu'un acte d'antisémitisme a été posé d'une manière ou d'une autre.

Ce sera aussi le cas dans la loi sur les sanctions administratives qui est actuellement examinée par la Chambre des représentants. Les injures racistes ou antisémites seront reprises dans les infractions mixtes. Les communes seront donc outillées pour mener des politiques très claires, de tolérance zéro par exemple. Cela soulagera les parquets, qui sont débordés.

Par ailleurs, les départements de la Justice et de l'Intérieur préparent une nouvelle circulaire relative à la lutte contre les discriminations et les propos racistes ou antisémites. L'idée est de généraliser les magistrats et les policiers de référence par arrondissement judiciaire, sans oublier de renforcer la coordination gráce à une approche harmonisée des politiques de recherche de façon à gommer les disparités dans les poursuites. Le texte sera discuté au sein de la task force et présenté prochainement.

La cyber-haine est un autre aspect qui me préoccupe énormément. Il s'agit d'un phénomène vis-à-vis duquel nous sommes hélas relativement impuissants à l'échelle nationale. Mais nous devons cependant être d'une vigilance absolue à l'égard de la montée des radicalismes et renforcer au besoin les effectifs. La toile permet de tout dire, de tout entendre, de tout voir, jusqu'à la manière de fabriquer une bombe.

Les diatribes antisémites et les discours islamophobes sont inacceptables mais à l'échelon national, nous sommes démunis. Nous sommes dans l'incapacité de débusquer les auteurs, nous ne pouvons pas demander la fermeture des sites. Cela exige une approche européenne renforcée.

En Belgique, j'aimerais que nous puissions développer une politique de contre-discours qui s'appuierait sur des gens qui, dans un langage approprié, argumenteraient pour combattre les stéréotypes et donneraient des réponses renvoyant à un autre projet de société. Ce serait une manière efficace de s'opposer à l'importation systématique de conflits - comme par exemple les conflits qui se passent au Proche-Orient.

Nous voulons faire de l'année 2014, qui marquera les cinquante ans de l'immigration - qu'elle soit marocaine ou turque -, l'année de la diversité et du respect : respect des différences, des histoires, des morales philosophiques, des religions. Cette année thématique pourrait fédérer des approches.

Le non-respect se ressent partout : voici une semaine est sortie une analyse montrant une augmentation du sentiment, des propos et des actes islamophobes. C'est un autre sujet mais il relève de la même problématique, à savoir un racisme en recrudescence.

Je plaide avec vous pour un combat fort dans lequel nous pourrons fédérer nos forces politiques. L'année 2014 pourra également être, en termes de sensibilisation notamment, une année qui, sur ce plan, verra poindre une série de mesures collectives.

M. Jacques Brotchi (MR). - Je remercie la ministre de ces informations. La lutte contre ce phénomène n'est pas simple et se situe à divers niveaux. Le combat sur la toile demande aussi des moyens immenses.

En tant qu'acteurs politiques, nous devons montrer l'exemple de la tolérance et du respect, quelle que soit notre appartenance philosophique, religieuse ou politique. Il est de tradition, en tout cas dans cette assemblée, de ne pas interrompre un orateur, mais de donner le temps à la réplique et à la discussion. C'est ce qui fait la richesse de la discussion. Couper la parole à quelqu'un est un acte de faiblesse, indiquant un manque d'arguments. Récemment, dans une assemblée, des hommes politiques n'ont pas montré l'exemple, raison pour laquelle je me suis permis de vous interpeller aujourd'hui.

Madame la ministre, c'est au gouvernement qu'il appartient de prendre des décisions, et non pas aux communes, même si celles-ci doivent bien entendu participer au processus. Je souhaiterais un acte fort et clair du gouvernement contre l'antisémitisme, qui est aujourd'hui en recrudescence, mais également contre l'islamophobie, qui pourrait faire la Une demain. Le gouvernement a une responsabilité en la matière.

Nous devons être vigilants et empêcher des dérives comme celles qui se produisent dans certains pays d'Europe. Je pense au parti Jobbik de Hongrie ou à Aube dorée en Grèce.

Madame la ministre, je voudrais vous voir prendre une décision forte afin de mettre fin aux dérives de ces dernières semaines qui ne font que s'amplifier. Les journaux font régulièrement état de divers points de vue à cet égard. C'est donc un sujet d'actualité sur lequel nous devons intervenir. Il faut crever l'abcès pour éviter la contamination. Je m'inquiète de ce que nous soyons amenés à vivre dans une société intolérante envers tous ceux qui ne pensent pas comme la majorité.