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Mme Olga Zrihen (PS). - La destruction des mausolées de la ville de Tombouctou - que la CPI condamne comme un « crime de guerre » - est un véritable signal d'alarme par rapport à la situation au Mali. Ce pays subit les répercussions de la crise libyenne. Les mouvements migratoires des populations et l'intervention de groupes armés sur son territoire le mettent en instabilité ainsi que toute la région sahélo-saharienne.
L'absence d'interlocuteurs politiques dans le nord du Mali crée un véritable vide institutionnel. L'État malien ne semble plus en mesure d'assurer toutes ses missions de gardien du territoire national ni de protéger ses citoyens. La population locale se retrouve en situation de précarité, notamment les publics cibles comme les femmes et les enfants qui sont soumis à la violence armée, aux violences sexuelles ainsi qu'à l'absence de conditions a minima de subsistance.
Par ailleurs, la situation actuelle ne permet plus la poursuite d'aucun projet de développement et risque, à terme, de déstructurer de manière permanente une économie déjà en grande difficulté.
La Belgique, en tant bailleur bilatéral de ce pays partenaire, doit envisager l'apport d'une aide humanitaire complémentaire face au risque de famine auquel le Mali s'expose dès lors qu'il est dans l'incapacité de prévoir d'éventuelles récoltes en octobre prochain et que le pays vient d'être envahi par les sauterelles. Il convient de relayer notre préoccupation auprès des instances européennes à propos d'un pays dont deux tiers du territoire septentrional n'est plus sous le contrôle de l'État mais sous celui du groupe islamiste Ansar Dine et du mouvement touareg MNLA.
Monsieur le ministre, quel est l'état des contacts bilatéraux avec le Mali ainsi que du suivi des aides bilatérales qui peuvent lui être fournies et peut-on envisager que le Conseil des ministres européen - ou toute autre institution européenne compétente - soit rapidement saisi de ce point ?
M. Paul Magnette, ministre des Entreprises publiques, de la Politique scientifique et de la Coopération au développement, chargé des Grandes Villes. - J'ai demandé au bureau de la Coopération au Développement à Bamako de poursuivre, jusqu' à nouvel ordre, les activités de la coopération belge au Mali de manière pragmatique et au niveau technique, pour autant que la situation politique et la sécurité le permettent. Nous jugeons donc les projets au cas par cas.
Ainsi, dans le nord du Mali, les projets sont clôturés en raison de la situation sécuritaire. Dans le sud du Mali, en revanche, les projets qui sont en lien direct avec la population sont eux maintenus et d'autres projets, qui n'ont pas de lien direct avec la population, sont examinés au cas par cas.
On procède en outre à une évaluation périodique de l'ensemble afin de voir si et dans quelles conditions un nouveau programme de coopération pourrait être préparé avec les autorités maliennes.
II n'y a en revanche pas lieu pour l'instant de reprendre l'exécution de projets dépendant de certains ministères vu le contexte politiquement trop sensible.
La position de la Belgique a donc été claire quant à la reprise progressive des projets dont la population est le bénéficiaire direct dans la partie sud du pays. Les contacts entre le bureau de coopération et le ministère malien des Affaires étrangères et de la Coopération internationale et d'autres ministères pertinents sont limités aux aspects techniques, ce qui évite de donner une légitimité à un régime qui à ce stade n'en a aucune, eu égard à la suspension des dispositions constitutionnelles.
Des consultations entre les donateurs bilatéraux, y compris la représentation de l'Union européenne, se tiennent régulièrement à Bamako ; elles visent à déterminer dans quelle mesure une relance de certaines activités de coopération gouvernementale pourrait stabiliser la situation politique. Compte tenu de la situation sécuritaire extrêmement difficile dans le nord, il s'agit principalement d'une reprise partielle des activités dans le sud. L'accent est mis sur une coopération concertée entre les donateurs avec, si possible, des éléments de la programmation conjointe.
Je puis vous assurer du suivi attentif de la situation au Mali par mes services. Le sujet du Sahel est en outre régulièrement à l'ordre du jour du Conseil Affaires étrangères de l'Union européenne et devrait d'ailleurs encore y être traité en juillet.
Pour ce qui concerne particulièrement la crise alimentaire, je rappelle qu'une aide de deux millions d'euros a été validée par le Conseil des ministres du 27 avril dernier. Cette enveloppe a été répartie entre l'UNICEF et le Programme alimentaire mondial (PAM) pour leur action humanitaire dans la zone sahélienne, en ce compris le Mali. Quant à une aide supplémentaire, les services compétents analysent en ce moment les besoins et l'évolution de la situation sur le terrain. J'évaluerai les possibilités de soutien additionnel en fonction du résultat de leurs recherches.
Mme Olga Zrihen (PS). - Je remercie le ministre de toute l'attention accordée à ce dossier. J'ai bien noté qu'il sera porté à l'ordre du jour du prochain Conseil des Affaires étrangères de juillet. Tous les indicateurs montrent que la situation est extrêmement tendue. Il faudra garder un regard vigilant sur ce secteur extrêmement dangereux, particulièrement dans le nord.