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Mme Dominique Tilmans (MR). - Après deux expériences-pilotes lancées en provinces de Liège et du Limbourg, le Conseil belge de la réanimation souhaite étendre à l'ensemble du pays la pratique des conseils téléphoniques de réanimation prodigués par le centraliste du 112 qui reçoit le premier appel d'urgence. Je tiens à saluer cette initiative quand on sait que dans plus de 92% des cas, un patient en arrêt cardiaque en dehors de l'hôpital n'y survit pas car malheureusement, les secours arrivent trop tard.
Si 8% survivent dans ces conditions, on sait qu'on peut atteindre 60% de survie si un choc électrique ou un massage cardiaque est prodigué dans les trois à quatre minutes.
Le Journal du Médecin a récemment souligné que pratiquer une réanimation directement après un infarctus double, voire triple les chances de survie. Selon des expériences menées aux États-Unis, une réanimation mal menée peut, au pire, aboutir à une côte fracturée, mais ce risque ne fait pas le poids face au bienfait qu'il procure.
La formation aux gestes qui sauvent dispensée par la Croix-Rouge est ouverte à tous sur une base volontaire. Or il me semble essentiel de formaliser davantage encore l'apprentissage des gestes de premiers secours surtout quand on sait que plus de vies pourraient être sauvées si 20% des Belges y étaient formés, selon la Croix-Rouge. J'ai d'ailleurs déposé une proposition de loi en ce sens qui visait à dispenser des gestes de premiers secours dans le cadre des épreuves relatives à l'obtention du permis de conduire.
Nous sommes tous concernés car nous pouvons tous un jour être confrontés à une situation d'urgence au bureau, dans la rue, lors d'une réunion de famille. On sait que 10 000 personnes en Belgique par an ont une déficience cardiaque imprévisible. La restructuration des hôpitaux créera davantage encore de régions excentrées où les chances de survie seront encore amoindries. Si les secours spécialisés arrivent sur place en 7 minutes en moyenne, dans certaines régions excentrées de la province de Luxembourg, ils peuvent mettre 20 à 25 minutes !
En prenant l'initiative de coacher les appelants, le 112 a compris que prodiguer des actes essentiels de base, dans un délai très court, peut sauver des vies.
Madame la ministre, que proposez-vous pour multiplier le nombre de citoyens formés aux actes de premiers secours, à l'instar des pays scandinaves ? Ne serait-il pas souhaitable qu'un nombre maximum de Belges soient capables de pratiquer ce geste de civisme ? Quels sont les premiers résultats de l'expérience-pilote de conseils de réanimation par téléphone en province de Liège et de Limbourg ? Comment les centralistes 112 sont-ils formés à cet exercice ? Le sont-ils tous ? Enfin, envisagez-vous l'extension de l'expérience à l'ensemble du territoire belge ? Si oui, dans quels délais ?
Mme Laurette Onkelinx, vice-première ministre et ministre des Affaires sociales et de la Santé publique, chargée de l'Intégration sociale. - Au niveau conceptuel, il est possible d'approcher le problème de deux façons. Soit on améliore la formation du public aux gestes de réanimation en les intégrant par exemple dans le programme pédagogique de l'enseignement secondaire supérieur ou dans la formation au permis de conduire. Ces projets ne relèvent pas de mes compétences et doivent être proposés au ministre compétent. Ce serait en tous cas une bonne chose. Soit on assure un encadrement téléphonique systématique de l'appelant confronté à un arrêt cardio-respiratoire. Cela relève de mes compétences et j'ai privilégié cette option, sans négliger la première.
Le projet « Phone CPR » a été lancé en mars 2010 et comporte un volet pédagogique et un volet scientifique. Le premier permet, grâce à une formation spécifique, d'actualiser et d'améliorer les connaissances des dispatchers 112 en réanimation cardio-pulmonaire. Le volet scientifique consiste en deux études menées par le SPF Santé en partenariat avec l'École de santé publique, le département de psychologie de l'Université de Liège et le CHU de Liège.
La première vise à déterminer l'impact du protocole « Phone CPR » en situation réelle. Cette étude implique les provinces de Liège et du Limbourg. Elle analyse chaque arrêt cardio-respiratoire, depuis l'appel jusqu'à la prise en charge hospitalière. L'objectif est de mettre en évidence l'impact de l'assistance téléphonique sur le nombre de réanimations cardio-pulmonaires initiées par le témoin. Elle vise également à déceler les éventuelles raisons de sa non-application.
La seconde étude en cours se penche sur une question peu soulevée dans la littérature internationale. Son objectif est en effet de déterminer l'impact psychologique de la mise en place des gestes de réanimation pour un profane témoin d'un arrêt cardio-respiratoire. Bien que les premières constatations coïncident avec les résultats rencontrés dans la littérature internationale, il est cependant prématuré d'objectiver une quelconque conclusion à ce stade. Les résultats seront disponibles et présentés à la fin de ce premier semestre.
La formation est composée d'une partie théorique - un cursus de quatre heures par dispatcher 112 -, un débat autour de la « Phone CPR », un rappel du Basic Life Support et plusieurs mises en situation. La formation est clôturée par une évaluation certificative. Elle a été dispensée à l'ensemble des préposés du pays par les mêmes formateurs et selon la même méthodologie et les mêmes supports pédagogiques. L'ensemble des dispatchers 112 belges bénéficient d'une formation et d'un outil d'encadrement standardisé à la réanimation cardio-pulmonaire par téléphone.
Le projet scientifique n'est quant à lui activé que dans les provinces de Liège et du Limbourg. Cette démarche permettra de constituer un registre national des arrêts cardio-respiratoires et de réaliser l'analyse épidémiologique indispensable à l'adoption de recommandations de réanimation en accord avec l'evidence-based medicine. Il va de soi que ce projet est amené à se développer. Cette première année nous a permis d'établir des fondations solides sur lesquelles nous comptons nous appuyer afin de poursuivre notre démarche. Actuellement, le protocole n'est validé que pour l'adulte. L'algorithme pédiatrique doit voir le jour. Dans un futur proche, le groupe de travail se penchera sur l'introduction du défibrillateur externe automatique. J'espère dès lors qu'on pourra élargir le champ d'action pour les enfants et le champ d'action géographique du projet.
Mme Dominique Tilmans (MR). - Je me réjouis de ces nouvelles. En effet, ce premier geste de secours est indispensable. J'avais imaginé son intégration dans la formation au permis de conduire mais cela n'a pas avancé. Cela fait partie du premier paquet qu'on attend depuis longtemps. Il s'agit d'un geste civique. Nous pouvons être confrontés à ce genre d'accident n'importe quand et nous devrions tous être à même de pouvoir pratiquer ces gestes en attendant les secours. Dès lors, pouvez-vous, madame la ministre, suivre ce dossier de très près ? Il est très important. Je ne manquerai pas de vous interroger à nouveau vers la fin du premier semestre, quand les premières conclusions seront disponibles.
Mme Laurette Onkelinx, vice-première ministre et ministre des Affaires sociales et de la Santé publique, chargée de l'Intégration sociale. - C'est une bonne idée.