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Sénat de Belgique

Annales

JEUDI 31 MARS 2011 - SÉANCE DE L'APRÈS-MIDI

(Suite)

Question orale de Mme Dominique Tilmans à la vice-première ministre et ministre des Affaires sociales et de la Santé publique et à la ministre de l'Intérieur sur «la réalisation d'un bilan-santé préventif de la population âgée de 45 à 60 ans domiciliée près d'une centrale nucléaire» (nº 5-93)

Mme Dominique Tilmans (MR). - La catastrophe nucléaire qui se produit actuellement au Japon prouve que le risque zéro n'existe pas en matière d'énergie nucléaire. En cas d'alerte confirmée par les autorités, il ne fait aucun doute que les mesures prévues par le plan de crise doivent être exécutées, notamment l'ingestion de comprimés d'iode stable.

La prophylaxie à l'iodure de potassium est recommandée suivant certains critères et certaines conditions afin de saturer la thyroïde qui absorbera ainsi potentiellement moins d'iode 131 radioactif.

Cependant, l'ingestion de l'isotope normal de l'iode peut avoir des conséquences différentes selon le sous-groupe de la population auquel on appartient. Pour les adultes de plus de 45 ans, le bénéfice du traitement diminue tandis que les risques de maladies thyroïdiennes ou de problèmes cardiaques augmentent. À partir de 60 ans, le traitement prophylactique n'est plus recommandé pour les mêmes raisons, à savoir l'existence possible d'une affection thyroïdienne non diagnostiquée et de problèmes cardiaques importants. De même, la prise d'iode stable comporte des risques pour la femme enceinte puisqu'elle pourrait avoir des effets néfastes sur le développement central de l'embryon. L'OMS recommande même de ne pas administrer d'iode stable pendant le premier trimestre de la grossesse. On sait par contre que le foetus, à partir de la douzième semaine de grossesse et les enfants sont fortement menacés en cas d'accident nucléaire.

Il va donc de soi que le taux d'iode stable présent dans la glande thyroïde varie d'une personne à l'autre selon, notamment, son âge et son état de santé. La dose à prendre en cas d'accident nucléaire devrait donc être calculée en fonction des différents paramètres dont je viens de parler.

Ne pensez-vous pas qu'il serait intéressant d'initier une action dans le cadre d'une réflexion risque/bénéfice de la prise de comprimés d'iode et, par conséquent, d'établir un bilan de santé préventif des personnes âgées de 45 à 60 ans domiciliées dans les zones à risque ? Réalisé par le médecin généraliste, ce bilan permettrait d'établir le profil du patient qui, prévenu de la nécessité ou non d'ingérer un comprimé d'iode en cas d'alerte, pourrait dès lors agir en tenant compte de ses caractéristiques propres.

Mme Annemie Turtelboom, ministre de l'Intérieur. - J'ai le plaisir de vous confirmer que les médecins généralistes ont toujours été et sont toujours activement impliqués dans les actions menées dans le cadre de la campagne de sensibilisation aux risques nucléaires et radiologiques et aux mesures de protection y afférentes. Grâce à leur relation privilégiée avec les patients, ils inspirent confiance pour tout ce qui touche à la santé. Nous comptons sur eux pour expliquer la situation aux personnes concernées en des termes compréhensibles et pour véhiculer les messages-clés de la campagne.

L'application de la mesure de protection relative à la prise d'iode stable nécessite encore une implication plus importante des médecins traitants puisqu'il s'agit d'un médicament, même s'il n'est utilisé qu'à titre préventif.

Le médecin de famille peut encourager les catégories les plus vulnérables, notamment les enfants en bas âge et les femmes enceintes, à se procurer les comprimés d'iode en cas d'incident nucléaire ou radiologique.

Il lui appartient également de vérifier, pour chaque individu, s'il devra suivre la recommandation officielle de prendre des comprimés d'iode, si celle-ci devait un jour être faite. Cet examen individuel, nécessairement effectué en dehors de toute situation d'urgence, devra permettre de dresser un bilan complet des risques et bénéfices pour la personne concernée. Le bilan tiendra compte de l'âge, bien sûr, mais aussi du sexe, d'un éventuel état de grossesse ou d'allaitement, de maladies concomitantes pouvant constituer une contre-indication relative ou absolue, etc.

Il est évident que si la mesure « prise d'iode stable » était réellement appliquée, le médecin de famille devrait assurer le suivi médical et psychologique de ses patients : il devrait rassurer les patients présentant des effets secondaires inquiétants mais sans réelle gravité sanitaire, mais surtout, effectuer les contrôles indispensables en vue de déceler au plus vite les éventuels effets indésirables, aussi rares qu'ils puissent être.

Pour toutes ces raisons, nous avons organisé, préalablement au lancement de la campagne destinée au grand public, une séance d'information pour le Conseil fédéral des cercles des médecins généralistes. Nous avons mis à disposition et continuons à le faire grâce à l'appui que nous fournit l'AFCN - Agence fédérale de contrôle nucléaire - des experts en radioprotection lors des séances d'information locales que les cercles veulent organiser. Nous avons également développé, de nouveau dans le cadre d'une intense collaboration entre le SPF Santé et l'AFCN, une quantité importante de documents, de présentations, de références et de questions/réponses destinés aux médecins et repris sur le site web de la campagne : www.risquenucleaire.be.

Je me réjouis des réactions positives de la part des médecins concernés et je les remercie sincèrement de leur collaboration enthousiaste.

Mme Dominique Tilmans (MR). - Je remercie la ministre pour sa réponse. Les médecins sont donc actuellement impliqués dans une collaboration et il leur appartiendrait de dresser un bilan préalable pour chacun des patients susceptibles d'être à risques en dehors d'un accident nucléaire ? (Signe d'assentiment de la ministre)

Vous me confirmez donc que les médecins peuvent effectuer ces bilans de santé préalablement à tout accident nucléaire, de façon à déterminer le profil de leurs patients à risques.

Mme Annemie Turtelboom, ministre de l'Intérieur. - Le médecin généraliste doit également évaluer la situation des patients de manière individuelle. Les comprimés d'iode n'ont en effet pas le même impact sur la santé des patients, par exemple en fonction de leur âge. Le médecin généraliste peut déterminer ce qui convient le mieux à chacun, en fonction de sa situation personnelle. C'est la raison pour laquelle nous travaillons tellement bien avec l'AFCN et avec les médecins généralistes. En cas d'accident, le contact avec le généraliste permettra de déterminer l'impact des comprimés sur tel patient. Le gouvernement fédéral n'est pas en mesure de l'évaluer.

Je tiens à remercier les médecins généralistes car ils jouent un rôle de premier plan dans cette campagne.

Mme Dominique Tilmans (MR). - Le rôle des médecins généralistes est en effet très important mais je ne crois pas qu'ils aient compris qu'ils devaient intervenir préalablement.

Dans les zones à risques, certains médecins font déjà des analyses de sang pour évaluer la situation thyroïdienne de leurs patients. Je pense qu'il faut à présent leur recommander de soumettre leurs patients à des examens préalables.

En ce qui concerne les femmes enceintes, il faut savoir qu'il y a un risque non négligeable pour le système central de l'enfant pendant le premier trimestre de la grossesse. Je trouve qu'il faudrait aussi pouvoir communiquer à ce propos, en évitant bien sûr de provoquer la panique. Les médecins ont été informés mais il faudrait à présent faire comprendre à la population que la prise d'iode n'est pas sans risque, que la dose à prendre est fonction des différentes tranches d'âges et, en tout cas, insister sur l'importance que représente cette prise d'iode pour les jeunes enfants.

Mme Annemie Turtelboom, ministre de l'Intérieur. - Je pense que les gens doivent prendre l'initiative de consulter leur médecin de famille et pas seulement pour les comprimés d'iode.