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25 JANVIER 2011
Il existe aujourd'hui, en matière d'entreprenariat féminin, un écart important entre notre pays et d'autres, comme le Canada, l'Italie, le Royaume-Uni ou les États-Unis, qui ont mis en place dans les années 1970 une politique offensive pour développer l'entreprenariat féminin.
Au cours des dernières décennies, l'un des bouleversements socioéconomiques les plus fondamentaux est celui de l'augmentation constante du nombre de femmes qui travaillent.
La plus grande participation des femmes au travail entraîne des revenus supplémentaires pour la famille, une plus grande disponibilité et qualification des travailleurs, des cotisations sociales et des rentrées fiscales supplémentaires, ainsi qu'une diminution des dépenses sociales.
À la différence de la génération de nos parents indépendants, qui consacraient une grande part de leur temps à leur activité professionnelle, la génération des femmes actives est aujourd'hui caractérisée par l'envie de ne plus « sacrifier » la vie de famille et de tout réussir: une vie professionnelle épanouissante et une vie de famille équilibrée.
L'entreprenariat au féminin est un formidable réservoir de croissance. Au niveau de l'activité indépendante des femmes en Belgique, on constate qu'environ 46 000 femmes se sont lancées dans une activité et qu'elles représentent 30 % des indépendants. Assez bien représentées dans les professions libérales, elles sont pourtant seulement 28 % des actionnaires de société et parmi elles, il n'y a que 14 % d'actionnaires majoritaires. Il faut aussi souligner que 91 % des conjoints aidants sont des femmes.
Le pourcentage de 30 % de femmes indépendantes est stable depuis des années et ce, dans toute l'Europe. On ne parvient pas à l'améliorer de façon notoire.
Pourquoi une si faible proportion de femmes indépendantes ? Trois freins principaux semblent se dégager:
1º la crainte d'un statut social précaire;
2º l'absence de structures d'accueil de la petite enfance suffisantes;
3º le manque de confiance des femmes en leurs capacités et les difficultés d'accès à l'information et aux structures de soutien.
On constate notamment que lorsque les femmes envisagent de fonder une famille, ou lorsqu'elles regrettent de ne pouvoir se consacrer davantage à leurs enfants, elles ont tendance à se retirer de l'activité indépendante, à la recherche d'un statut estimé plus « protecteur », sacrifiant par là même leur carrière au profit de leurs enfants, faute d'autres solutions... Il faut améliorer les possibilités de mieux concilier vie privée et vie professionnelle.
La première piste consiste donc à améliorer le statut social des travailleurs indépendants, ce qui est chose faite en de nombreux aspects, puisqu'il a été fortement revalorisé ces dernières années.
Le statut social offre désormais une protection sociale forte: devenir indépendant est désormais une option qui ne devrait en principe plus être freinée par les risques sociaux encourus.
Les structures d'accueil doivent absolument être améliorées afin d'aider les indépendantes — qui gèrent malheureusement toujours davantage les enfants que leurs conjoints — à assurer une garde efficace et sûre de leurs enfants lorsque leur activité professionnelle l'exige.
Ainsi à l'avenir, les femmes oseront devenir « leur propre patron » ou poursuivre leur activité d'indépendant après une naissance par exemple.
En ce qui concerne le soutien spécifiques « femmes », il faut soutenir les réseaux de femmes, apportant un appui aux femmes indépendantes et candidates indépendantes, à l'instar de la FCEB (Femmes chefs d'entreprises belges) par exemple.
| Jacques BROTCHI Dominique TILMANS. |
Le Sénat,
A. considérant que l'emploi est un des vecteur principal de l'émancipation sociale;
B. considérant que les petites et moyennes entreprises (PME) sont le moteur économique de notre pays;
C. considérant la volonté des femmes de se lancer comme entrepreneur;
D. considérant que cela fait des années que l'on n'arrive pas à faire évoluer de manière positive le pourcentage de femmes indépendantes;
E. vu que le statut social des travailleurs indépendants à été en grande partie réformé pour offrir une meilleure protection,
Demande au gouvernement:
1. d'améliorer les structures de soutien à l'entreprenariat féminin par la création d'un centre fédéral pour l'entreprenariat féminin, afin de:
— centraliser l'information sur les problématiques spécifiques « femmes » et d'apporter un soutien concret aux femmes indépendantes ou en passe de le devenir;
— diffuser et utiliser les modèles étrangers de « Bonnes pratiques »;
— créer un Portail belge de l'entreprenariat féminin, rassemblant les informations éparses;
— créer des outils spécifiques Internet pour favoriser l'échange de conseils entre femmes candidates entrepreneurs (blogs, etc);
— créer des pépinières d'entreprises féminines avec encouragement fiscal des crèches communes;
2. d'améliorer les structures d'accueil de la petite enfance afin d'aider les femmes au quotidien;
3. d'améliorer l'esprit d'entreprise chez les jeunes filles par:
— l'apprentissage de l'esprit d'entreprise dans les écoles primaires et secondaires;
— des projets de sensibilisation divers;
4. de travailler sur une formation adaptée aux spécificités féminines, par:
— la création de certificats de validation des compétences orientées femmes et « femmes rentrantes »;
— le lancement de système de formations à une activité d'indépendante à domicile, qui offrent une flexibilité de nature à favoriser la conciliation entre la vie privée et la vie professionnelle;
— le soutien des organismes qui forment et accompagnent les candidates entrepreneurs;
— les groupes de formation composés d'un nombre équilibré et suffisant de femmes, particulièrement dans des couches moins « formées »;
— la création de cours online de création d'entreprise (programme ELFE ou « thuiswerk »);
— l'accompagnement pré et post création spécifiques;
5. d'encourager le mentorat féminin via les réseaux de femmes indépendantes;
6. de soutenir les réseaux de femmes;
7. de donner une visibilité aux travailleuses indépendantes, de sensibiliser la population et de valoriser des « role models » représentant la femme d'entreprise moderne, via:
— le soutien du futur réseau européen « d'ambassadrices » en Belgique;
— la diffusion d'informations sur les femmes « modèles »;
8. d'encourager les « mamans entrepreneurs » et notamment favoriser le travail à domicile par des mesures fiscales ou autres;
9. d'augmenter le nombre de femmes TI, et particulièrement dans les domaines où elles sont sous-représentées (sciences, technologies, chefs d'entreprises, etc.) par une sensibilisation et l'éducation, notamment:
— dans les écoles, encourager l'orientation des filles vers des carrières scientifiques;
— de développer des programmes universitaires de type spin off comportant des femmes;
— de sensibiliser des acteurs à l'entreprenariat à la problématique « féminine » (comptables, guichets d'entreprises, etc.);
— de soutenir les entreprises qui encouragent leurs employées à lancer leur entreprise ou qui prennent des mesures spécifiques femmes pour améliorer la qualité de vie en entreprise
10. de viser à donner une indépendance financière plus importante en encourageant les femmes à se lancer dans des domaines porteurs et non pas se cantonner dans des activités orientées services (soins, aides aux personnes, Horeca, etc.);
11. d'améliorer la phase de transition du passage entre la phase de statut de salariée ou de chômeuse à celle de travailleur indépendant par:
— des mesures « emploi »;
— le soutien des coopératives d'activités;
— l'octroi d'avantages pour femmes travaillant en pépinière d'entreprises;
12. d'améliorer le financement des projets féminins, via:
— « business angels »;
— les activités de micro crédit;
13. d'améliorer les régimes matrimoniaux plus favorables (exemple: adoption généralisée du régime de la séparation de biens pure et simple avec clause de participation aux acquêts, etc.).
1er décembre 2010.
| Jacques BROTCHI Dominique TILMANS. |