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De voorzitter. - De heer Melchior Wathelet, staatssecretaris voor Begroting, voor Migratie- en asielbeleid, voor Gezinsbeleid en voor de Federale Culturele Instellingen, antwoordt.
M. Alain Destexhe (MR). - Je m'étonne quelque peu de l'absence de toute manifestation officielle à l'occasion du centenaire de la mort du Roi Léopold II.
Il ne s'agit pas ici de faire l'apologie d'un roi controversé mais de dresser certains constats et de s'étonner de l'absence de toute réaction.
Quoi que l'on pense de l'héritage de Léopold II, il fait partie de l'histoire de chacun d'entre nous. Chaque fois que M. le Premier ministre vient à Bruxelles, il traverse l'héritage de Léopold II, les avenues, les parcs, les monuments. Tout Belge qui se rend au Congo, y compris M. Leterme lorsqu'il était ministre des Affaires étrangères, s'y trouve grâce ou à cause de Léopold II qui fait indiscutablement partie de notre histoire.
Il ne s'agit nullement de nier les exactions et les crimes commis au Congo, mais l'opinion publique a peut-être versé dans un certain excès. J'ai sur mon banc une publication éditée par le Musée de Tervuren, institution scientifique fédérale. Dans cet ouvrage publié il y a deux ans, les chercheurs belges, MM. Vellut, Plasman, Maréchal, Dujardin, qui ont travaillé sur la base des archives ont tout de même une autre vision du rôle de Léopold II que celle de chercheurs américains qui n'ont pas travaillé sur les archives. M. Vellut a écrit, dans la préface de cet ouvrage commandé par le gouvernement fédéral : « Il n'existe aucun fondement scientifique à l'affirmation serinée à tout propos que la population du Congo aurait été engloutie à 50%, victime des brutalités du régime du caoutchouc. »
Vu le rôle que la Belgique peut encore jouer sur la scène internationale grâce au Congo et à l'Afrique centrale, je trouve l'attitude de notre pays quelque peu injuste.
J'ajoute que le Président Kabila déclara, ici même, dans cette assemblée, en 2004 : « L'histoire de la République Démocratique du Congo, c'est aussi celle des Belges, missionnaires, fonctionnaires et entrepreneurs qui crurent au rêve du Roi Léopold II de bâtir, au centre de l'Afrique, un État. Nous voulons rendre hommage à la mémoire de tous ces pionniers. »
J'ajoute que d'autres pays qui ont connu une histoire tragique et sanglante acceptent de commémorer leur passé, avec le regard critique nécessaire sur ces événements. C'est le cas pour la Révolution française qui fut extrêmement sanglante en elle-même et par ses conséquences - je ne citerai que la Vendée -, pour la colonisation de l'Amérique latine par l'Espagne qui entraîna la mort de millions d'indigènes et pour le Brésil qui a commémoré, avec le Portugal, l'histoire de sa découverte faite de meurtres et de violence.
Pour toutes ces raisons, je m'interroge sur l'absence totale de manifestation, pas même un colloque scientifique et encore moins de commémoration.
En outre, comment peut-on se préparer à célébrer le cinquantième anniversaire de l'indépendance du Congo, avec le déplacement d'un nombre important de ministres, sans faire une quelconque référence aujourd'hui à Léopold II ?
M. Melchior Wathelet, secrétaire d'État au Budget, à la Politique de migration et d'asile, à la Politique des familles et aux Institutions culturelles fédérales. - Je vous lis la réponse du premier ministre.
En matière de commémorations, il faut faire des choix. Notre histoire est riche en événements et en personnages et les occasions ne manquent pas, comme le démontrent d'ailleurs les nombreux événements organisés par le Palais royal, le gouvernement et la Chancellerie du premier ministre. Ne faites donc pas trop de déductions, ni historiques, ni politiques, en ce qui concerne les événements que l'on commémore ou pas.
Il n'appartient d'ailleurs pas au premier ministre de juger le règne d'un souverain. Laissons aux historiens le soin d'écrire et d'étudier l'histoire.
En ce qui concerne l'organisation d'événements, j'ajouterai encore que notre priorité pour l'instant est la préparation de la présidence belge de l'Union européenne au deuxième semestre de 2010.
M. Alain Destexhe (MR). - Voilà une réponse pour le moins laconique mais fallait-il s'attendre à autre chose ?
Je voudrais juste rappeler à tous les Belges, ministres ou simples citoyens, qui se rendent au Congo que si notre pays joue aujourd'hui encore un rôle important sur la scène internationale grâce à l'Afrique centrale, c'est à cause de l'héritage de Léopold II.
Je voudrais par ailleurs inviter l'ensemble des membres du gouvernement à prendre connaissance de cet ouvrage édité par le Musée de Tervuren, La mémoire du Congo. Le temps colonial. Il présente une autre image de Léopold II que celle qui est aujourd'hui véhiculée par les médias.