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M. Alain Destexhe (MR). - À la mi-septembre, des échauffourées extrêmement graves ont mis plusieurs jeunes de Molenbeek aux prises avec la police. Elles se sont soldées par un bilan de neuf blessés parmi les forces de l'ordre et cinq arrestations. Neuf blessés, cela n'arrive pas tous les jours en Belgique.
D'autres incidents de ce type s'étaient déjà produits au cours des semaines précédentes. Lors des plus graves, de tirs de kalachnikov auraient été entendus dans la nuit du 7 au 8 septembre dans un quartier de Forest. Des armes ainsi que des cocktails Molotov auraient été trouvés dans un jardin d'une habitation sociale à Anderlecht.
Certaines zones de la capitale sont de moins en moins sous contrôle de la police. Les forces de police ne sont plus en mesure d'assurer l'ordre dans des délais raisonnables. Certains quartiers deviennent progressivement des zones de non-droit où les policiers sont victimes de véritables embuscades et où il n'est plus, semble-t-il, demandé aux patrouilles de police d'effectuer des contrôles.
De plus, la situation particulière de certains habitants est très compliquée. J'ai pris connaissance du témoignage d'une personne homosexuelle résidant dans un de ces quartiers et qui vit une véritable campagne de harcèlement systématique à cause de son homosexualité. Ce sont des choses que nous ne pouvons approuver.
Comment se fait-il que la police éprouve tant de peine à maintenir l'ordre dans certains quartiers bruxellois ? Pourquoi assiste-t-on depuis quelque temps à une escalade de violence dans ces quartiers ? Quelles sont les causes de ces violences ? Que comptez-vous faire pour que l'ordre et la sécurité soient respectés ?
Vous avez promis 50 policiers supplémentaires pour Bruxelles mais j'ai relevé dans la déclaration gouvernementale et dans le budget qui a été adopté que l'on prévoit 600 policiers en moins au niveau fédéral. Cela me semble contradictoire. Comment comptez-vous concilier cela ?
Mme Annemie Turtelboom, ministre de l'Intérieur. - En ce qui concerne l'incident avec les kalachnikovs, une enquête judiciaire a été ouverte. Je vous renvoie donc à cet égard au ministre de la Justice.
Pour les événements survenus à Molenbeek, contrairement à vos propos la police a bien assuré le maintien de l'ordre. La réaction prompte et efficace de la police a d'ailleurs permis très rapidement un retour au calme.
De plus, il est clair que ces événements résultaient précisément d'une action conjointe de la police et de la justice à Molenbeek. Quinze asbl qui se livraient au trafic de drogues ont été fermées et un mineur suspecté de faits de drogues a été arrêté.
La fermeture de ces asbl et la réaction rapide de la police au cours de ces événements violents constituent la meilleure preuve que ni la police ni la justice ne tolèrent l'existence de zones de non-droit.
Pour ce qui est de la réaction sur le terrain, je citerai l'arrivée immédiate de renforts depuis les autres zones de Bruxelles, Malines et Bruges, ce qui témoigne d'un travail policier professionnel, ainsi que l'arrivée rapide d'un hélicoptère normalement affecté à d'autres actions au Limbourg et de plusieurs arroseuses.
Dans les jours qui ont suivi, des mesures de renforcement ont été prises en concertation avec les autorités locales. Durant le week-end suivant, une force policière suffisante a été déployée pour donner un signal fort. Le résultat de cette action fut une tolérance zéro dans les rues et 85 arrestations pour la seule journée de vendredi.
À long terme, il faudra évidemment agir de manière répressive là où cela s'impose, mais la seule répression ne suffit pas. Aussi, la semaine suivant les faits, mon cabinet a organisé plusieurs réunions.
Pour l'aspect du maintien de l'ordre, j'ai personnellement rencontré les principaux bourgmestres concernés, leurs chefs de zone, le DirCo et le DirJud de Bruxelles, la police fédérale, le parquet, les représentants du cabinet de la Justice et du ministre-président du gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale.
Pour l'aspect prévention, mes collaborateurs ont rencontré les fonctionnaires de prévention locaux.
En ce qui concerne le maintien de l'ordre, nous avons décidé, en concertation avec les autorités locales et fédérales concernées, de mener un certain nombre d'actions à entreprendre rapidement, à savoir :
Enfin, la prévention joue ici un rôle déterminant. La police et la justice ne peuvent résoudre seules tous les problèmes de société. Il faudra réfléchir à la manière de mieux aligner les divers projets en matière de prévention, ainsi que les budgets y relatifs. Actuellement, plusieurs autorités fédérales (SPF Intérieur, Politique des grandes villes) et régionales mettent en oeuvre de tels projets avec les autorités locales. Il me paraît utile de les examiner, non pas en vue de les remettre en cause, mais afin de créer entre eux de plus grandes synergies.
M. Alain Destexhe (MR). - Je vous remercie de votre réponse, madame la ministre. Je signale cependant que, selon la presse, il a fallu plusieurs heures avant que l'ordre ne soit rétabli. Or je constate que vous considérez que la police a été efficace et a fait du bon travail.
Par ailleurs, je suis très surpris que vous parliez de quinze asbl fermées parce qu'elles se livraient à des trafics de drogue. Cela me semble énorme. Pourriez-vous nous donner quelques précisions à cet égard ?
Dans ces quartiers, il s'avère que le taux de chômage des jeunes est supérieur à 50%, que des « ghettos » - même si je n'apprécie pas ce terme - à forte concentration de populations d'origine immigrée se développent et que des phénomènes liés à l'islamisme radical se produisent. Tout cela crée une situation explosive que le gouvernent doit à mon sens prendre à bras-le-corps.
Cela étant, il me plairait d'obtenir plus d'informations au sujet de ces quinze asbl qui se livraient à des trafics de drogue.
Mme Annemie Turtelboom, ministre de l'Intérieur. - Cela relève du ministère de la Justice et nécessite une enquête judiciaire.