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22 OCTOBRE 2007
La présente proposition de loi reprend le texte d'une proposition qui a déjà été déposée au Sénat le 30 avril 2007 (doc. Sénat, nº 3-2458/1 - 2006/2007).
En 2007, on dénombre quelque 246 millions de diabétiques dans le monde (1) . C'est une des maladies non transmissibles les plus répandues. Le diabète est la quatrième ou la cinquième cause de mortalité dans les pays les plus industrialisés. De plus, il existe des preuves substantielles indiquant que le diabète revêt un caractère épidémique dans de nombreux pays en développement ou récemment industrialisés.
Bien que le traitement ait énormément progressé au cours des dernières décennies, les complications du diabète, telles que les maladies cardiovasculaires, les complications rénales et oculaires, les neuropathies dues au diabète ou les problèmes podologiques, entraînent toujours une espérance de vie diminuée, une invalidité accrue et des coûts sanitaires énormes pour à peu près chaque société. La problématique du diabète est incontestablement un des plus grands défis du XXIe siècle dans le domaine de la santé.
Le 20 décembre 2006, une étape décisive a été franchie dans la lutte mondiale et globale contre le diabète. Ce jour-là, l'Assemblée générale des Nations unies (ONU) a adopté une proposition de résolution prévoyant notamment qu'à partir de 2007, le 14 novembre devient la Journée mondiale du diabète, sous l'égide de l'ONU. Il s'agit de la première maladie non transmissible à laquelle l'ONU accordera annuellement une attention internationale. Jusqu'au 20 décembre 2006, seuls le VIH/SIDA, la malaria et la tuberculose notamment faisaient l'objet de journées de l'ONU. Les 192 États membres de l'ONU, dont la Belgique par conséquent, ont approuvé la résolution à l'unanimité.
Cette résolution de l'ONU qui était l'objectif ultime de la campagne « Unis contre le diabète » n'est bien entendu pas un épilogue final. Il s'agit d'une invitation pressante adressée à tous les gouvernements pour qu'ils prennent leurs responsabilités et élaborent un plan national relatif à la prévention, au traitement et aux soins dans le domaine du diabète. L'ASBL Vlaamse Diabetes Vereniging (VDV), qui est membre de l'International Diabetes Federation (IDF) a soutenu la campagne visant l'adoption par l'ONU d'une résolution sur le diabète. La ratification formelle de cette résolution de l'ONU par la Belgique est cruciale pour la suite du processus.
Le diabète doit aussi être considéré comme une priorité en Belgique. La nécessité urgente d'une réflexion sur le traitement chronique des patients diabétiques (2) dont les besoins en soins de santé et les dépenses de santé vont croissant est le point qui requiert la plus grande attention à cet égard. Un grand défi à relever est celui de l'approche multifactorielle qui est requise pour prévenir les complications du diabète: la régulation de la glycémie, la prévention cardiovasculaire et, en particulier, l'attention pour les actions sur le mode de vie en vue d'augmenter l'activité physique et de permettre aux personnes concernées de mieux maîtriser leurs poids.
On ne peut pas dire que rien n'a été fait en Belgique pour les diabétiques. Diverses initiatives ont été prises tant au niveau fédéral qu'au niveau des Communautés.
Ainsi la Belgique peut être fière, à juste titre, de son système de conventions « diabète », initialement destinées aux diabétiques (type 1) (3) et qui permettent à ces derniers de s'adresser à des centres hospitaliers spécialisés pour leur suivi à vie et pour le traitement des complications. Ce système de conventions « diabète » existe en Belgique depuis 1987. Il s'agit d'une convention entre l'Institut national d'assurance maladie-invalidité (INAMI) et différents centres de diabétologie, permettant à ces derniers, sous certaines conditions, de fournir aux diabétiques le matériel nécessaire pour contrôler eux-mêmes leur glycémie. Seuls les hôpitaux qui disposent d'une équipe de diabétologie, qui comprend au moins un médecin spécialiste en médecine interne, un praticien de l'art infirmier diabétologique et un diététicien peuvent conclure une convention de ce genre avec l'INAMI. Les spécialistes qui ne sont pas rattachés à un hôpital ne peuvent en principe pas conclure de convention, mais ils contournent généralement la difficulté en collaborant avec un service hospitalier reconnu. L'équipe de diabétologie d'un centre de ce type doit non seulement instruire les patients diabétiques visés par cette convention des aspects techniques de l'autocontrôle mais aussi les informer au sujet d'autres aspects du traitement du diabète et de la prévention des complications. Ce sont également ces équipes qui distribuent le matériel d'autocontrôle à ces patients (glucomètre, bandelettes, un piqueur et des lancettes). À l'heure actuelle, un quart seulement des patients diabétiques sont pris en charge de la sorte.
Les diabétiques de type 1 mais aussi une partie des diabétiques de type 2 sont traités intensivement à l'insuline et tous ces patients peuvent être pris en charge dans le cadre de la convention « diabète ». En effet, le diabète est une maladie évolutive: le pancréas s'épuise progressivement et, finalement, chaque diabétique a besoin tôt ou tard d'un traitement à l'insuline. Le système classique de convention avec les hôpitaux ne pourra pas faire face à l'afflux énorme de patients. Du point de vue politique, c'est un véritable défi pour notre système de soins de santé. Pour traiter cette maladie chronique, nous devons mettre en place la forme d'organisation la plus efficace possible, qui nécessite une collaboration à intervalles réguliers. Le Centre fédéral d'expertise des soins de santé souligne que les futures réformes devraient tenir compte des soins partagés de première ligne et du rôle central du médecin généraliste dans le diabète de type 2. La convention « diabète » actuelle encourage très clairement à aiguiller les diabétiques de type 2 en insulinothérapie vers un traitement dispensé par un spécialiste en milieu hospitalier afin d'obtenir le remboursement des bandelettes pour tester la glycémie. Si le nombre de diabétiques augmente comme prévu dans des proportions épidémiques, ces services seront submergés et sollicités à l'excès, alors que leur attention devrait rester essentiellement focalisée sur les diabétiques de type 1, les soins de deuxième ligne, le traitement des complications du diabète et les diabétiques de type 2 qui ont besoin d'un schéma insulinique complexe. Les diabétiques de type 2 ne présentant pas de complications graves et n'ayant pas besoin de schéma insulinique complexe devraient avoir accès à l'appui nécessaire (éducation, matériel) dans le cadre des soins de première ligne, à condition que ce type de soins partagés réponde à certains critères d'organisation et de qualité (4) .
On ne dispose pas en Belgique de données chiffrées complètes et précises sur le diabète. Depuis que le Registre belge du diabète a été créé, des données relatives à la fréquence et au profil clinicobiologique du diabète de type 1 sont collectées; un enregistrement représentatif des cas de diabète survenant chez les personnes de moins de 40 ans a pu être mis en place grâce à une large collaboration nationale. Le financement de cette initiative est toutefois très précaire car il est tributaire de décisions politiques souvent fluctuantes qui sont prises au niveau de la Communauté flamande et de la Communauté française. Pour les cas de diabète qui se déclarent chez des personnes de plus de 40 ans, aucun enregistrement systématique n'est réalisé du nombre de patients diabétiques. L'atlas que la FID (5) a récemment édité (troisième édition) comporte de nouvelles estimations chiffrées dans lesquelles la Belgique est également reprise. D'après ces chiffres, la prévalence (le nombre de personnes présentant une affection déterminée à un moment déterminé au sein d'une population) du diabète en 2007 dans la population adulte belge sera de 7,9 % (598 800 personnes). Pour l'année 2025, les projections avancent un pourcentage de 9,7 % (756 600). Ces chiffres englobent aussi bien les cas connus de diabète que les cas non connus (on part du principe qu'environ 50 % des cas ne sont pas diagnostiqués). En outre, la prévalence des troubles de la tolérance au glucose est estimée à 6,4 % (488 500) et on s'attend à ce qu'elle atteigne 7,3 % (567 600) en 2025.
Toujours d'après ces chiffres, la prévalence en Europe devrait s'élever à 8,4 % (53,2 millions) en 2007 et atteindre les 9,8 % (64,1 millions de personnes) en 2025.
En ce qui concerne la prévalence du diabète dans le monde (tous types confondus, chez les personnes de 20 à 79 ans), on a estimé en 2003 que le nombre total de personnes diabétiques au niveau mondial s'élèverait à 194 millions (5,1 %) et passerait à 333 millions d'ici 2025 (6,3 %). Or, il apparaît d'ores et déjà que ce nombre est sous-estimé. Les nouvelles projections avancent le chiffre de 246 millions de diabétiques (6 %) en 2007 et même de 380 millions (7,3 %) d'ici 2025.
Ces chiffres auront bien entendu un impact sur les dépenses de santé en matière de diabète. On estime qu'en 2007, les coûts spécifiquement liés au diabète (abstraction faite de tous les coûts non liés au diabète) atteindront de nouveaux sommets (6) . Les ratios R=2 et R=3 comparent les dépenses relatives aux patients diabétiques à celles d'une personne non diabétique de sexe et d'âge équivalents. Ce ratio n'est pas très connu pour le moment, mais on peut considérer les ratios R=2 et R=3 comme des seuils maximum et minimum réalistes pour l'estimation des coûts. En 2007, la Belgique dépensera entre 1 407 445 (R=2) et 2 694 142 (R=3) de dollars américains pour le diabète, soit une dépense minimum de 2 350 dollars américains par personne.
Pour l'année 2025, les chiffres sont encore plus élevés puisqu'on prévoit que la Belgique dépensera entre 1 724 365 (R=2) et 3 316 871 (R=3) dollars américains pour couvrir les coûts du diabète.
Cet atlas de la Fédération internationale du diabète présente aussi les chiffres relatifs à la rentabilité de la prévention, à savoir la prévention des complications du diabète au sens large du terme. Il faut savoir en effet qu'en matière de diabète, les coûts sont dus pour l'essentiel au traitement des complications de la maladie.
Une stratégie globale de prévention consistant à informer le public et à promouvoir une alimentation saine et l'usage de médicaments préventifs est rentable en termes de coûts.
En Belgique, le système de suivi des personnes souffrant du diabète de type 1 (la convention diabète et le Registre belge du diabète-RBD) est performant et doit donc être conservé. Les données qui figurent dans ce registre permettent aussi de consacrer des études à la prévention, qui constitue évidemment la meilleure forme de traitement. En effet, ce registre permet aussi de déceler un risque élevé de diabète de type 1 chez les parents au premier degré et d'amener ceux-ci à faire de la prévention. Si la Belgique met cette stratégie en œuvre dans le cadre de sa politique, elle pourra jouer un rôle de pionnier au niveau mondial. Il convient en outre d'être particulièrement attentif à l'augmentation du nombre de personnes souffrant du diabète de type 2, ce qui grèvera considérablement les dépenses de soins de santé. Pour ce groupe de patients diabétiques, le médecin généraliste doit jouer un rôle central en tant que médecin traitant chargé de la coordination. C'est indispensable étant donné que l'approche développée à l'égard de ces patients revêt souvent un caractère pluridisciplinaire, comme on l'a déjà indiqué plus haut. Il est donc essentiel que le médecin généraliste joue un rôle d'orientation et de coordination. Le passeport du diabète peut être un instrument essentiel à cet égard.
Ce passeport a été instauré en mars 2003. Le patient diabétique peut l'obtenir gratuitement auprès de sa mutualité, sur ordonnance du médecin généraliste ou du médecin spécialiste. C'est une sorte de carnet de notes géré par le médecin (généraliste). Chacun des prestataires de soins peut y consigner les annotations utiles et a ainsi la possibilité de prendre directement connaissance de la médication utilisée, des résultats des examens, des objectifs poursuivis, etc. Le passeport du diabète permet en outre à son titulaire de bénéficier d'un remboursement substantiel pour un grand nombre de prestations (consultations de diététique et de podologie). Il s'agit d'un excellent moyen de communication entre prestataires de soins.
Si personne ne remet en cause l'utilité du passeport du diabète, il faut reconnaître que, dans la pratique, son application reste problématique. L'indemnisation s'est fait attendre. Ainsi, pour l'indemnité de départ de 15 euros, il a fallu patienter environ trois ans. À présent, c'est la deuxième partie de l'indemnité (45 euros) qui tarde à venir. Il faut y remédier. Il convient aussi de s'atteler à la numérisation du passeport du diabète.
L'important est que le passeport du diabète ne peut être un but en soi, mais qu'il doit être un moyen de communication au sein de l'équipe soignante ainsi qu'un moyen de responsabilisation du patient.
En ce qui concerne la prise en charge de première ligne, il importe de définir et de délimiter avec précision la tâche de chacun des intervenants. Des directives uniformes peuvent s'avérer utiles à cet égard. Le Centre fédéral d'expertise (KCE) le souligne d'ailleurs aussi dans ses recommandations (7) . Il préconise le développement de protocoles de soins partagés au sein de l'équipe multidisciplinaire, comprenant entre autres la définition des rôles professionnels, la stratégie de communication et le contenu de la prise en charge clinique basé sur les données probantes les plus récentes.
Ainsi, les éducateurs en diabétologie, par exemple, jouent un rôle important dans le traitement du diabète. Pour le moment, ils n'interviennent qu'en seconde ligne, principalement dans le cadre de la convention diabète, où ils contribuent à alléger le travail des spécialistes. Ils ont reçu une formation très spécialisée dans le traitement du diabète et disposent souvent de connaissances sensiblement plus pratiques que celles du médecin.
Toutefois, leur intervention en deuxième ligne vient souvent trop tard. Le médecin généraliste ne peut donc pas faire appel à eux. Ici aussi, il faut changer les choses. En effet, les éducateurs en diabétologie pourraient aussi avoir une action très utile en première ligne. La formation d'éducateur — qui peut être suivie à l'heure actuelle dans trois établissements (la « KHBO » à Bruges, la Haute École Érasme à Bruxelles et l'« Arteveldehogeschool » de Gand) — devrait être reconnue. Il y a certes un arrêté royal du 27 septembre 2006 qui reconnaît la diabétologie comme une qualification professionnelle particulière de l'infirmier, mais si la formation des éducateurs était elle aussi reconnue, cela pourrait avoir un impact bénéfique. En effet, les infirmiers qui disposent de la qualification en question n'ont pas toujours le temps de s'occuper de l'éducation et de la motivation du patient.
Une organisation efficace des soins de première ligne constitue un élément essentiel de la gestion de la problématique du diabète. À cet égard, le système doit venir se greffer sur la promotion de la qualité des soins chroniques. Un des principaux obstacles à une communication efficace en matière de soins aux patients diabétiques est l'informatisation insuffisante. La mise en œuvre d'un dispositif de surveillance de la qualité est aussi un élément sur lequel on pourrait travailler. Actuellement, la Belgique n'organise pas de contrôle de la qualité du traitement du diabète, sauf pour les diabétiques soignés en centre conventionné. Ces derniers bénéficient d'un système élaboré (IPQED, Initiative pour la promotion de la qualité et épidémiologie du diabète sucré) qui permet de collecter chaque année plusieurs indicateurs, en collaboration avec l'Institut scientifique de santé publique. Un tel contrôle de qualité devrait être instauré pour toutes les initiatives en matière de diabète. Il va de soi que ces données doivent aussi servir à quelque chose et il faut donc y associer une politique de tests de performance et d'amélioration de la qualité (8) .
Le patient joue bien sûr aussi lui-même un rôle très important dans la gestion du diabète. Soigner son diabète implique de modifier son mode de vie. Le patient devra faire preuve d'une certaine rigueur pour appliquer fidèlement sa thérapie, respecter le calendrier de ses consultations, adapter son mode de vie, tout en faisant suffisamment d'exercice physique et en surveillant son alimentation. L'autocontrôle est un des piliers du traitement moderne du diabète. La plupart des diabétiques qui se font eux-mêmes leurs injections d'insuline mesurent régulièrement leur glycémie. L'autocontrôle permet au malade de réagir à un malaise avec rapidité et efficacité. Les dosages permettent une meilleure compréhension de l'impact de l'exercice physique, de l'alimentation, du stress et d'autres aléas de la vie quotidienne. Le diabétique peut adapter ses doses d'insuline en fonction de ses dosages de glycémie. L'autocontrôle permet au malade d'acquérir une meilleure maîtrise de sa glycémie.
Il est capital que les soins que les diabétiques s'autoadministrent restent financièrement accessibles et que ces patients soient encouragés dans cette autonomie. Ici aussi, les éducateurs en diabète ont un rôle clé à jouer. Ce sont eux qui inculquent la discipline au patient et qui le motivent et le responsabilisent, lui et son proche entourage (suivi intensif, rappels, éducation thérapeutique, éducation de groupe, etc.). C'est là une condition essentielle pour atteindre les résultats nécessaires.
Dans leur vie quotidienne, les diabétiques sont confrontés aux conséquences inconfortables de leur maladie. Ces discriminations doivent être supprimées à tout prix. Il convient de combattre toute forme de discrimination ayant pour effet d'exclure les diabétiques a priori ou de les reléguer au second plan.
C'est avant tout dans le domaine de l'emploi et des assurances qu'il faut prendre les mesures nécessaires. Il doit être clair que le diabète ne constitue pas le moins du monde un quelconque obstacle empêchant le diabétique de fournir un travail d'excellente qualité, mais la bienveillance de l'employeur est et reste un facteur d'incertitude. De même, dans le domaine des assurances, des décisions injustes sont parfois prises. Ainsi, dans le cas des assurances voyage, les « états pathologiques connus avant le départ » sont souvent exclus, ce qui veut dire que les complications engendrées par le diabète ne sont donc que rarement indemnisées et que des discussions sont possibles quant à la question de savoir si un accident ou une maladie résulte ou non du diabète, les couvertures éventuelles sont souvent très limitées, et des surprimes et assurances complémentaires sont souvent exigées. De même, les compagnies d'assurance-vie réclament souvent des surprimes qui ne sont pas toujours justifiées objectivement. Pour les patients diabétiques, la souscription d'une assurance hospitalisation n'est pas une mince affaire. Les assureurs sont récalcitrants parce qu'ils ne disposent pas de statistiques suffisantes sur les frais médicaux induits par le diabète. De plus, il s'agit d'une assurance de très longue échéance, si bien qu'il est à craindre que les frais ultérieurs éventuels, en cas d'apparition de certaines affections, n'augmentent substantiellement. Certaines compagnies acceptent malgré tout les diabétiques mais ne remboursent les frais d'hospitalisation liés au diabète qu'après un délai d'attente, ou seulement pendant les premières années suivant le diagnostic, ou n'interviennent parfois que lorsqu'il est question d'une aggravation de l'affection (9) .
| Wouter BEKE. Nahima LANJRI. Els SCHELFHOUT. Dirk CLAES. |
Le Sénat,
A. demande au gouvernement fédéral:
1. de ratifier formellement la résolution des Nations unies;
2. de développer un système efficace d'enregistrement du nombre de diabétiques. Des chiffres exacts sont nécessaires pour pouvoir s'attaquer à la problématique du diabète de manière structurelle et efficace. Il est indispensable de connaître les chiffres exacts et les indicateurs en matière d'incidence, de prévalence, d'implications, de mortalité, de coûts, etc. afin de lutter contre le diabète au niveau structurel et avec efficacité. Le registre belge du diabète détecte depuis plus de 15 ans les cas de diabète chez les moins de 40 ans et chez leurs parents du premier degré à risque; cette activité doit être soutenue de manière structurelle, car elle constitue un puissant instrument de diagnostic, de prévention et de traitement du diabète de type 1. L'expérience du RBD sera utile en vue de l'organisation d'un enregistrement des cas diagnostiqués après l'âge de 40 ans.
3. de poursuivre le développement du système du passeport du diabète, en tant qu'instrument de responsabilisation du patient et moyen de communication entre les prestataires de soins, ainsi que sa numérisation, et de prévoir un soutien financier. Le passeport du diabète est le moyen de communication par excellence entre les divers acteurs des soins pluridisciplinaires en matière de diabète. L'on se référera également à la recommandation du KCE.
4. de continuer à promouvoir des soins de première ligne organisés de manière efficace. Les carences de l'informatisation constituent un des principaux obstacles au développement d'une communication efficace en matière de soins aux patients diabétiques. La mise en œuvre d'un dispositif de surveillance de qualité est aussi un élément sur lequel on pourrait travailler. En Belgique, un contrôle de qualité organisé pour le traitement du diabète n'est prévu que dans le cadre de la convention diabète. Nous avons donc besoin d'un système analogue à l'IPQED (Initiative pour la promotion de la qualité et épidémiologie du diabète sucré), mais qui soit également accessible aux patients non visés par la convention. L'on pourra ainsi mettre au point des méthodes et des solutions plus efficaces, notamment par le biais de tests de performances, en vue d'améliorer la qualité. L'on se référera également à la recommandation du KCE.
5. d'accorder à la problématique du diabète l'attention qu'elle mérite dans la formation médicale, y compris dans la formation complémentaire en médecine générale. Les médecins généralistes seront de plus en plus souvent confrontés à des patients nécessitant la mise en œuvre d'un traitement à l'insuline. Il faut veiller à ce qu'ils y soient préparés par le biais de la formation.
6. de stimuler une gestion pluridisciplinaire de la problématique du diabète, ce qui nécessite un bon modèle de concertation entre les divers prestataires de soins. Des directives uniformes délimitant et définissant les différentes tâches et responsabilités peuvent contribuer à la réalisation de cet objectif. L'on se référera également à la recommandation du KCE.
7. de suivre avec l'attention requise les discriminations auxquelles les personnes diabétiques sont confrontées dans la vie de tous les jours, en particulier dans le secteur des assurances. Il faut veiller à garantir l'accès aux assurances pour les patients diabétiques et à prévoir des possibilités de recours transparentes en cas de refus.
8. de garantir l'accès au matériel de soins autonomes. Les soins autonomes sont la première clé d'accès au traitement et il convient donc de les soutenir. Cela signifie que ces dispositifs de soins doivent être mis à la disposition des patients par des canaux en nombre suffisant et qu'ils doivent aussi rester accessibles financièrement.
B. Demande au gouvernement fédéral de collaborer avec les gouvernements de Communauté pour:
1. reconnaître la formation d'éducateur en diabétologie. Les éducateurs en diabétologie jouent un rôle important dans la responsabilisation du patient et de son entourage et ils possèdent des connaissances axées sur la pratique qui peuvent être utilisées dans les soins de première et de deuxième ligne.
2. promouvoir le développement d'un plan de prévention du diabète clairement défini, en concertation avec tous les acteurs concernés, à l'instar de ce qui se fait dans d'autres États membres de l'Union européenne (10) .
3 août 2007.
| Wouter BEKE. Nahima LANJRI. Els SCHELFHOUT. Dirk CLAES. |
(1) Le diabète est une maladie chronique incurable, qui se caractérise par une production insuffisante d'insuline par l'organisme ou par une insensibilité à l'effet de l'insuline. De ce fait, les cellules ne parviennent pas à absorber suffisamment le sucre contenu dans les aliments pour l'utiliser comme source d'énergie. Cela provoque une augmentation de la glycémie (hyperglycémie), souvent associée à des problèmes de cholestérol et de tension artérielle.
(2) Dans le cas du diabète de type 1, la plupart des cellules productrices d'insuline sont détruites. Il s'agit de la forme la plus fréquente chez les moins de 40 ans et la période de maladie est plus longue que dans le cas du diabète de type 2. Il s'agit également d'une forme plus grave de diabète, qui a un impact plus grand sur l'apparition de complications chroniques. Dans le cas du diabète de type 2, bien qu'il y ait encore une production d'insuline initialement, son effet au niveau des cellules est insuffisant. Ce type de diabète affecte principalement les adultes de plus de 40 ans. On a toutefois assisté ces dernières années à une augmentation spectaculaire du nombre de diabètes de type 2, même à un âge plus précoce, dont les principales causes sont l'augmentation du surpoids et le manque d'activité physique. 90 % du groupe total des diabétiques souffrent du diabète de type 2. Généralement, l'évolution du diabète de type 2 est lente de sorte que des glycémies légèrement plus élevées peuvent déjà être présentes pendant plusieurs années et avoir un effet délétère sans que l'on se rende compte de rien. D'après les estimations, la moitié environ des diabétiques de type 2 ignorent qu'ils ont cette maladie.
(3) Dans le cas du diabète de type 1, la production d'insuline est insuffisante en raison d'un trouble au niveau des cellules productrices d'insuline (cellules bêta) du pancréas. Cette forme apparaît généralement à un âge plus précoce (avant 40 ans). Environ 10 % de l'ensemble des diabétiques souffrent de cette forme de diabète. Le diabète de type 1 se développe généralement sur une courte période. Les glycémies vont augmenter relativement vite et les symptômes apparaissent rapidement.
(4) Rapports KCE vol. 27B.
(5) Atlas du diabète, 3e édition, Fédération internationale du diabète, 2006.
(6) Atlas du diabète, 3ème édition, Fédération internationale du diabète, 2006.
(7) Rapports KCE vol. 27B.
(8) Chantal Mathieu, présidente de l'ASBL VDV.
(9) Vlaamse Diabetes Vereniging.
(10) Déclaration du Parlement européen sur le diabète, approuvée à la majorité en 2006.