(Fr.): Question posée en français - (N.): Question posée en néerlandais
Ce 25 octobre 2006, la presse a relaté les résultats de l'étude réalisée par le Centre de recherches et d'informations des organisations de consommateurs (CRIOC) et la Fondation Rodin sur la consommation de cannabis chez les jeunes. Pour réaliser cette étude, 2 305 jeunes âgés entre 10 à 17 ans ont été interrogés. Il s'agit donc d'un panel important.
Certains résultats m'ont interpellée.
D'une part, si le pourcentage de jeunes consommateurs de cannabis n'a pas augmenté en 2006 — et je m'en réjouis ! —, la fréquence des « fumettes » a quasi doublé chez ceux qui fument du cannabis. Or, comme le relève l'étude, ce doublement ne s'opère pas le week-end (2,1 fois en moyenne en 2005 à 2,3 fois en 2006) mais la semaine, où la consommation passe de 2,8 fois en moyenne en 2005 à 5 fois en 2006. Aujourd'hui, le jeune consommateur de cannabis fume tous les jours. Ce n'est plus une activité ponctuelle liée à la détente au week-end mais bien un acte quotidien. Banal. D'ailleurs, un adolescent sur trois estime qu'il peut contrôler le danger lié aux drogues dites douces en faisant preuve de prudence.
D'autre part, seulement 39 % des jeunes interrogés savent que la détention de cannabis par des mineurs est une infraction au Code pénal.
Enfin, 21 % des jeunes consommateurs de cannabis reconnaissent avoir utilisé leur vélo ou leur mobylette dans le trafic après avoir fumé des « pétard ».
Le fléau de la drogue, je le vis au quotidien dans ma ville de Liège. J'estime que le meilleur antidote à ce fléau est l'information (effets néfastes sur la santé, assuétudes possibles, risques d'utiliser des drogues plus nocives par la suite, sanctions possibles, etc.), et ce dès le plus jeune âge.
Or, je constate avec effarement que la consommation de cannabis se banalise chez nos jeunes, que la majorité des jeunes ne connaissent pas la législation actuelle relative au cannabis et qu'un certain nombre d'entre eux minimisent dangereusement le risque de rouler en deux roues sous l'influence de la drogue.
1. Que pensez-vous des conclusions de cette étude ?
2. Sous cette législature, quelles actions ont été entreprises afin de faire connaître aux jeunes les dangers de la consommation de cannabis ? Pensez-vous que cela était suffisant ?
3. Un message clair, univoque, quant au caractère répréhensible de la détention de cannabis par les mineurs ne doit-il pas, à votre sens, être lancé ? Des moyens, pour cette fin de législature, seront-ils mis en œuvre pour contrer de manière efficace ce fléau par, par exemple, une large campagne nationale d'information et de prévention en concertation avec les communautés ?
Réponse : J'ai l'honneur de donner la réponse suivante à la question de l'honorable membre.
1. Je suis inquiet face au phénomène de la normalisation de la consommation de cannabis des jeunes mise en évidence dans cette étude. Surtout le cas de consommateurs mineurs requiert la plus grande attention par les autorités compétentes.
Il est évident que certains effets produits par l'absorption de cannabis (tels que somnolence, diminution de l'attention et des réflexes) peuvent s'avérer dangereux ou improductifs.
Cela étant dit, les études épidémiologiques montrent que les émotions négatives (dépression, solitude, ...) ne sont pas les raisons principales qui incitent les jeunes à consommer. La consommation des jeunes relève plutôt d'une phase expérimentale, typique pour ce groupe d'âge. La recherche de plaisir, le fait de rester en groupe avec ses amis, la remise en question de certaines règles, ..., font partie de cette phase. Ces facteurs étant liés à l'âge, la plupart des consommateurs réduisent rapidement leur consommation à partir de 25 ans.
La consommation de cannabis ne mène pas automatiquement à la consommation d'autres drogues et les conséquences néfastes de la consommation sont réversibles.
2. La prévention concernant l'usage de cannabis est sous la compétence des ministres de la santé des communautés et régions de notre pays. Je vous invite à prendre contact avec eux.
3. La consommation ou la détention de cannabis est interdite pour les mineurs et il est important de le rappeler.
Mais répéter ce message ne suffit pas. Je pense qu'il est indispensable de continuer à appliquer des stratégies de promotion de la santé. On le sait, les messages du type répressif n'impressionnent pas nécessairement les jeunes. Il est préférable de mettre à leur disposition les outils qui les aideront à se construire.
Dans ce cadre, je libère depuis cette année 3 000 000 d'euros annuellement pour un Fonds de lutte contre les assuétudes. Ce Fonds peut financer différentes initiatives destinées à la lutte contre les assuétudes, parmi lesquelles la diffusion d'informations à propos des possibles conséquences délétères suite à l'usage de cannabis. Un comité d'accompagnement, parmi lequel notamment différents experts des assuétudes seront intégrés, veillera à la qualité des projets.
Les fédérations d'institutions de Flandre, Bruxelles et Wallonie proposent de mettre au point une campagne d'information concernant les substances psychoactives. L'objectif primaire de cette campagne est de briser le tabou des drogues ainsi que de rendre le thème discutable d'une manière objective et correcte. Cette campagne, si elle recueille un avis favorable de la part du comité d'accompagnement, débuterait au printemps 2007.
J'espère de cette manière pouvoir contribuer à la diminution de dommages à la santé causés par la consommation de tels produits.