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Mme Olga Zrihen (PS). - La Poste envisagerait de supprimer 500 à 600 bureaux considérés comme non rentables, soit près de la moitié de son réseau. Ces bureaux, qui seraient largement déficitaires, pourraient être remplacés par des « points poste » situés dans des superettes, des librairies, voire des stations-service. L'information figure dans le plan stratégique 2005-2009 de La Poste, dont les lignes de force ont été approuvées par le conseil d'administration. Cette épure pourrait cependant évoluer en fonction des négociations avec le futur partenaire que se cherche La Poste.
Selon certaines sources, sur les 1.300 bureaux de poste que compte le réseau, à peine un bureau sur quatre est bénéficiaire.
Sur quels critères se base-t-on pour déterminer le caractère rentable d'un bureau de poste ?
Est-il prévu de tenir compte de paramètres géographiques ou régionaux afin de garantir à chacun, entreprises et particuliers, un accès aisé à l'ensemble des services offerts par La Poste ?
Quels types de service ne pourront être assurés par ces « points poste » ?
Enfin, en termes d'emploi, quel sera l'impact de cette mesure, d'une part, sur le personnel des bureaux de poste concernés et, d'autre part, quant au statut et au nombre des travailleurs qui, au sein de cette nouvelle collaboration avec des partenaires privés, se verraient confier des tâches assurées jusqu'à présent par La Poste ?
De manière générale, comment cette collaboration avec des partenaires privés sera-t-elle encadrée ?
M. Johan Vande Lanotte, vice-premier ministre et ministre du Budget et des Entreprises publiques. - Notre pays compte actuellement 1.300 bureaux de poste, c'est-à-dire environ 400 de moins qu'il y a une dizaine d'années. La politique menée en la matière vise donc clairement, pour une question de rentabilité, à réduire le nombre de bureaux de poste d'année en année, afin de limiter les pertes. S'efforcer d'éviter le pire constitue à mon sens une politique beaucoup trop défensive. J'ai dès lors plaidé en faveur du maintien des 1.300 bureaux actuels, même si certains d'entre eux doivent être transformés en « magasins ».
Si l'on s'en tient à la rentabilité proprement dite, c'est-à-dire à la différence entre les montants entrants et sortants, par exemple entre les bénéfices et les frais de personnel, force est de constater qu'aucun bureau n'est rentable. Selon ce critère donc, 3% seulement des bureaux sont rentables. Si l'on exclut du calcul les frais généraux, environ 25% des bureaux sont rentables. Cela signifie que la somme gagnée par le facteur est dépensée pour le bureau. Lorsque le bénéfice de La Poste est de 40 millions d'euros, cela signifie que le facteur a fait un bénéfice de 240 millions d'euros et que les bureaux ont coûté 200 millions d'euros.
Face à cette situation, les responsables ont toujours réagi en diminuant le nombre de bureaux pour réduire les pertes, ce qui entraîne une baisse des ventes et des fermetures supplémentaires de bureaux.
Ma demande de maintien de 1.300 bureaux est assortie d'une panoplie de possibilités. Il peut s'agir de magasins modernisés, gérés entièrement par La Poste, ouverts toute la journée, voire la nuit, le samedi ou encore à mi-temps. Des magasins gérés par des partenaires privés constitueraient une deuxième possibilité ; une troisième option étant de faire appel à des partenaires publics ; je pense notamment à l'accord conclu avec la SNCB en province de Luxembourg.
Si le nombre de bureaux reste donc identique, le changement éventuel portera sur la gestion. Quels seront les résultats de l'opération ? Tout d'abord, le PostShop pourra peut-être contribuer à la bonne santé de La Poste, et non constituer un élément du déficit. Ensuite, le fait de maintenir les 1.300 bureaux permet de rester très proche du citoyen, aussi proche qu'à l'heure actuelle.
Le nombre pourrait même être légèrement supérieur, car les premiers résultats des tests semblent offrir cette possibilité et une demande semble se manifester.
Actuellement, il a été décidé de réaliser 50 tests, avec la possibilité d'aller, d'ici à la fin 2006, jusqu'à 100 à 120 magasins de La Poste, là où les bureaux classiques ne peuvent être maintenus, en raison, par exemple, de leur délabrement - certains bureaux sont et resteraient dans un état inacceptable, même au prix d'investissements majeurs - ou de leur implantation. Les bureaux de poste sont les seuls lieux de vente dont la localisation s'est opérée au mépris de la présence et du passage du public à cet endroit. Comment s'étonner alors de la stagnation des ventes ? Si nous voulons rendre un service, il faut le faire là où se trouvent les clients. À cet égard, nous avons reçu d'excellentes réactions.
Cette nécessaire évolution devra être observée, mais je suis convaincu que ce programme offrira à La Poste des possibilités de travailler dans des conditions acceptables. En effet, il ne serait pas tenable que la distribution, et notamment le facteur, doive générer, chaque année, des bénéfices énormes afin de maintenir le réseau existant. Les facteurs ont augmenté leur productivité de plus de 10%, ce qui considérable. Or, cet argent est affecté au réseau. Si la Loterie disposait de son propre réseau, elle serait depuis longtemps en faillite.
Je le répète, nous proposons à la fois des magasins gérés complètement par La Poste, des magasins gérés avec des partenaires privés et d'autres, avec des partenaires publics. Le premier programme prévoit environ 130 nouveaux magasins ainsi que des investissements dans les plus grands bureaux où un public important est actuellement accueilli dans des conditions qui ne sont pas toujours acceptables.
Telle est la philosophie de ce projet qui vise notamment à éviter la situation qui a prévalu ces trois dernières années à La Poste, avec des pertes énormes qui faisaient dire à d'aucuns qu'elle était finie. Quand j'ai pris mes fonctions, on m'a demandé pourquoi je voulais un projet pour La Poste puisqu'elle n'avait plus d'avenir ! Si l'on refuse le changement, il n'y a effectivement plus d'espoir pour La Poste, mais à l'inverse, il existe une possibilité.
Mme Olga Zrihen (PS). - Je suis très étonnée par vos propos, monsieur le vice-premier ministre. La réalité me semble différente. Ainsi, il vous intéressera peut-être de savoir que l'on démonte les boîtes aux lettres de La Poste, dans certains lieux, sans même prévenir les usagers qui, par ailleurs, ne voient nullement s'installer les magasins de La Poste. Il faudrait peut-être se demander si le citoyen qui est dans ce cas peut avoir une vision aussi prospective et optimiste que la vôtre.
M. Johan Vande Lanotte, vice-premier ministre et ministre du Budget et des Entreprises publiques. - C'est ce qui a été fait les dernières années. J'ai dit que le nombre de 1.300 était maintenu. Voici deux semaines, nous avons analysé les résultats des tests et avons constaté que les bureaux de poste n'ont pas disparu mais ont été remplacés par des systèmes aussi performants et plus proches des gens. Les citoyens ont maintenant un bureau de poste dans leur quartier.
Mme Olga Zrihen (PS). - En conclusion, monsieur le ministre, je pense que je vais vous proposer de rentrer avec moi ce soir pour que je puisse vous montrer un endroit où les choses ne se sont pas du tout passées de cette manière.
M. Johan Vande Lanotte, vice-premier ministre et ministre du Budget et des Entreprises publiques. - Certes, mais c'est parce que ces magasins de La Poste n'y ont pas encore été créés.