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Belgische Senaat

Handelingen

DONDERDAG 29 JANUARI 2004 - NAMIDDAGVERGADERING

(Vervolg)

Mondelinge vragen

Mondelinge vraag van mevrouw Christiane Vienne aan de vice-eerste minister en minister van Justitie over «de bescherming van de gezinnen, betrokken bij het nakende assisenproces-Dutroux, tegen een overdreven mediabelangstelling» (nr. 3-168)

Mme Christiane Vienne (PS). - Madame la vice-première ministre, vous aurez certainement découvert comme moi que les médias ont publié des fac-similés des lettres que Sabine Dardenne avait rédigées à l'intention de ses parents lors de sa séquestration par Marc Dutroux. Vous conviendrez qu'une telle pratique est déplorable car elle satisfait la curiosité morbide et relève du sensationnalisme.

Pourtant, il est certain que de telles pratiques seront bientôt légion. Or, s'il est vrai que la presse a un devoir d'informer, celui-ci doit néanmoins être exercé en conformité avec les règles de déontologie qui régissent la profession, les règles judiciaires qui encadrent ce genre d'événements et, surtout, en restant à l'écoute des familles concernées. D'ailleurs, la plupart des conseils des familles des victimes ont déjà mis en garde les médias quant à d'éventuels dérapages. À l'aube du procès d'assises, quelles sont vos intentions face aux médias peu respectueux de l'intimité de la vie privée des victimes ?

Mme Laurette Onkelinx, vice-première ministre et ministre de la Justice. - Durant ces dernières semaines, j'ai lu, vu ou entendu dans certains médias des choses qui m'ont étonnées, voire indignées à double titre. En premier lieu, elles ont pu et peuvent encore causer du tort aux victimes et à leurs parents. En second lieu, certaines « informations » peuvent avoir des conséquences juridiques.

Vous savez comme moi que la presse est libre en Belgique. Notre pays ne peut que s'en honorer. Vous savez aussi que notre jurisprudence ne tient pas la presse pénalement responsable de la divulgation de tout ou partie d'un dossier judiciaire. Je ne peux donc que regretter que des personnes, qui ont eu accès au dossier, aient délibérément utilisé des documents à des fins inappropriées.

Bien entendu, en tant que ministre de la Justice, je n'entends bâillonner d'aucune manière la liberté de la presse. Mais cela ne m'empêche pas d'observer, de désapprouver voire de réagir. À la fin de la semaine dernière, j'ai adressé un courrier au président de l'Association des journalistes professionnels de Belgique pour lui faire part de l'étonnement et de l'indignation que je viens d'évoquer. Dans ce courrier, j'ai notamment souligné que la liberté qui nous est si chère est tout à la fois histoire de droits et de devoirs et que, tant humainement que professionnellement, je me devais de rappeler à chacun que des actes peuvent porter à conséquence. J'ai aussi demandé au président de l'Association des journalistes de relayer auprès de ses confrères ainsi qu'auprès des directions des rédactions de notre pays ce que j'ai qualifié « d'appel à la responsabilité et au civisme ».

J'ajouterai ici, aujourd'hui, que j'invite les journalistes à peser leurs actes à l'aune des conséquences qu'ils peuvent avoir pour les familles et les accusés, mais aussi à réfléchir aux arrière-pensées de celles et de ceux qui leur ont donné libre accès aux dossiers. Publier plusieurs extraits et pas d'autres donne une image tronquée d'un dossier puisqu'on ne le remet pas dans la perspective complète.

Comme vous et avec vous, je m'indigne donc. Des actes ont été posés pour entamer un dialogue avec la presse afin que l'on puisse mettre en oeuvre cet appel à la responsabilité.

Mme Christiane Vienne (PS). - Je vous remercie d'autant plus de votre intervention que les actes qui ont été commis ont en effet eu des conséquences dramatiques tout en ravivant les douleurs et les souffrances vécues par la victime, sa famille et ses amis.