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Sénat de Belgique

Annales

VENDREDI 11 OCTOBRE 2002 - SÉANCE DU MATIN

(Suite)

Déclaration du gouvernement sur sa politique générale

Suite de la discussion

Mevrouw Jeannine Leduc (VLD). - Ook vervroegd met pensioen gaan zal niet meer bestraft worden als de betrokkene op dat ogenblik een volledige loopbaan heeft. Op deze belangrijke vooruitgang werd al lang aangedrongen.

De verdubbeling van de moederschapsuitkering en van de moederschapsrust voor zwangere zelfstandige vrouwen van 1 januari 2003 af is een volgende positieve maatregel. Voortaan zal een bedrag van 1.924,06 euro of 77.616 frank worden uitgekeerd en de rustperiode zal zes weken bedragen. Voor meerlingen wordt zelfs een extra week toegekend. Ik vermeld die maatregel om de kritiek weg te wuiven dat er in het beleid van de regering onvoldoende aandacht gaat naar het gezin.

Tot slot vermeld ik nog dat er gewerkt wordt aan de verhoging van de kinderbijslag voor ernstig zieke of gehandicapte kinderen. Er wordt een nieuw puntensysteem uitgewerkt, dat meer rekening houdt met de sociale gevolgen van de ziekte of de handicap.

Mag ik voorts nog opmerken dat niet alleen de sociale zekerheid veel meer middelen krijgt, maar dat ook het budget voor justitie fors stijgt en wel met 5%. Met die verhoging kunnen alle projecten in het kader van het veiligheidsplan worden gerealiseerd. Ook de akkoorden die de minister van Justitie met de gevangenisbeambten en met de magistraten van eerste aanleg heeft gesloten, kunnen nu worden uitgevoerd. Inmiddels bevestigen de dalende criminaliteitscijfers, waarover heel wat te doen is, dat de politiehervorming vruchten begint af te werpen.

Bepaalde gemeenten klagen weliswaar over de enorme kostprijs van de politiehervorming en gebruiken dit als een alibi om de gemeentebelastingen te verhogen.

De heer Hugo Vandenberghe (CD&V). - Kijk maar eens naar de samenstelling van de gemeentebesturen die niet tevreden zijn. Volgens mij zijn dat vooral socialistische besturen.

Mevrouw Jeannine Leduc (VLD). - Sommige gemeenten hebben echter jarenlang zuinig geleefd en hebben de gemeentebelastingen niet meer verhoogd. Wij zijn er fier op dat de personenbelasting eindelijk fors naar beneden gaat, maar dat heeft onvermijdelijk tot gevolg dat de gemeenten minder in kas krijgen. Ik heb die gemeenten er echter nooit horen over klagen dat ze meer belastingen konden innen toen de belastingen werden verhoogd. We moeten de bluts met de buil nemen.

Ik ben blij dat de politiehervorming eindelijk een feit is, dat de criminaliteitscijfers dalen en dat de burger zich opnieuw veiliger voelt.

Het verheugt me dat de politiemensen goed - volgens sommigen zelfs té goed - worden betaald. We moeten er dan ook op kunnen rekenen dat de politiediensten hun verantwoordelijkheid opnemen en dat ze al hun kleine geschillen en wrijvingen nu eindelijk opzijzetten om te doen wat de bevolking van hen verwacht, namelijk de veiligheid verzekeren.

Het groeiende gevoel van veiligheid is toe te juichen. Er moet uiteraard nog heel wat worden verbeterd. Enkele dagen geleden zei de heer Vandenberghe dat we met statistieken alles kunnen bewijzen. Ik kan de bal nu terugkaatsen en de statistieken die de CD&V aanhaalt om te bewijzen dat de gegevens van de eerste minister niet kloppen, in twijfel trekken. De toekomst zal uitwijzen welke statistieken uiteindelijk juist zijn.

Geen enkele begroting is een perfect werkstuk, maar we kunnen niet ontkennen dat deze begrotingsmaatregelen de koopkracht van de burger vergroten, het vertrouwen van het bedrijfsleven versterken en het algemeen welzijn van de bevolking verhogen, ondanks de lagere economische groei, die het gevolg is van de internationale situatie.

Het heeft geen zin te zeuren omdat het glas half leeg is. Het is immers ook half vol. Bovendien zijn er aan het glas heel wat slokken toegevoegd! Er zijn immers maatregelen genomen voor mensen die effectief in nood waren. Daarover moeten we ons verheugen! In plaats van met misprijzen te spreken over de dingen die nog niet zijn gerealiseerd, moeten we ons verheugen over de maatregelen die zijn aangekondigd. Wij zullen erop toezien dat ze ook worden uitgevoerd.

M. René Thissen (CDH). - Avant d'entrer dans le vif du sujet, je voudrais à mon tour stigmatiser l'attitude du premier ministre, lorsqu'il estime que tous ceux qui ne partageraient pas sa vision seraient des aigris, des gens de mauvaise humeur qui ne comprennent rien.

Nous, nous n'acceptons pas la pensée unique et je regrette que M. Monfils ait cru bon de relayer ces propos en traitant de grincheux tous ceux qui osent s'opposer à la situation magnifique qui nous est décrite aujourd'hui par la majorité.

M. Louis Michel, vice-premier ministre et ministre des Affaires étrangères. - Permettez-moi d'apporter une précision, monsieur Thissen. Les propos du premier ministre n'étaient nullement insultants, mais plutôt attristés. Quand on dit de quelqu'un qu'il est grincheux, on exprime de la pitié, pas de l'hostilité.

M. René Thissen (CDH). - Monsieur le vice-premier ministre, ni l'opposition flamande ni l'opposition francophone n'ont besoin de votre pitié. Par contre, nous méritons, comme tous les représentants de la nation, un minimum de respect.

M. Louis Michel, vice-premier ministre et ministre des Affaires étrangères. - Mais nous vous respectons, bien plus d'ailleurs que vous ne nous respectiez quand nous étions dans l'opposition.

M. René Thissen (CDH). - Pourtant, le respect n'a rien à voir avec la pitié.

Je reprendrai un des éléments fondamentaux choisis par M. Verhofstadt pour indiquer que tout va bien : la Belgique se situe à la quatrième place en ce qui concerne l'indice de développement humain dans le monde.

Tout d'abord, il faut savoir que les données du rapport 2002 des Nations unies portent sur l'année 2000. Apparemment, M. Verhofstadt ne l'a pas vu ou s'est bien gardé de le préciser. En l'an 2000, première année de la législature, je doute que la politique menée par la gouvernement de M. Verhofstadt ait eu un quelconque impact sur ces chiffres.

Ensuite, le fait que les experts des Nations unies attribuent à la Belgique un très honorable quatrième rang pour l'indice de développement humain n'a rien à voir avec la prospérité. L'indice de développement humain est un concept infiniment plus subtil et complexe, développé pour la première fois par les Nations unies en 1990, pour tenter d'objectiver les paramètres du développement humain. Cet indicateur composite mesure le niveau moyen atteint dans un pays donné pour trois critères essentiels : la longévité, l'instruction et le niveau de vie. Ces trois aspects sont exprimés respectivement par l'espérance de vie, par le niveau d'instruction qui est le taux d'alphabétisation des adultes et le taux combiné de scolarisation dans l'enseignement primaire, secondaire et supérieur et par le revenu par habitant corrigé et exprimé en parité de pouvoir d'achat. Les Nations unies elles-mêmes admettent que cet indicateur est très imparfait, car un grand nombre des aspects essentiels à ce concept sont d'un chiffrage difficile voire irréalisable. Il reste malgré tout un outil efficace pour attirer l'attention sur certains points de développement humain et en constitue donc une mesure indicative très utile.

La prospérité dont se vante le premier ministre est plus finement mesurée par l'indicateur de pauvreté humaine, lui aussi développé par les Nations unies, dans leurs rapports annuels successifs. En effet, les formes de dénuement humain varient en fonction des conditions socio-économiques des groupes considérés. C'est pourquoi un indicateur spécifique a été mis au point pour mesurer la pauvreté humaine dans les pays de l'OCDE.

Cet indicateur intègre, outre les paramètres constitutifs de l'IDH, le pourcentage de personnes vivant en deçà du seuil de pauvreté, l'exclusion et le chômage de longue durée. Et là, patatras, la Belgique se retrouve dans les derniers de la classe, treizième sur dix-sept - pas de quoi pavoiser - et beaucoup plus proche, en tout cas, de l'image intuitive que donne notre pays à travers les graves maux qui le tourmentent : le chômage des jeunes, la pauvreté urbaine, le décrochage scolaire, etc. La situation est donc loin d'être aussi idyllique que nous la décrit le premier ministre.

Durant des semaines, le ministre du Budget d'abord, et celui des Finances, ensuite, nous ont répété gravement que l'élaboration du budget 2003 serait extrêmement difficile. Et puis à l'issue d'un week-end en conclave, la magie Verhofstadt a fonctionné : le budget est présenté en parfait équilibre, toutes les promesses seront honorées, des économies seront réalisées à concurrence de 1,5 milliard d'euros. De plus, il y a des petits cadeaux pour tout le monde : les pensionnés, les indépendants, l'horeca, les malades et leurs médecins, les navetteurs, les générations futures et le tiers monde. Qui a été oublié ?

Durant quelques heures, j'ai même eu l'impression que vous aviez réussi à hypnotiser la population, via les médias : on ne parlait que des nombreux lapins sortis du chapeau gouvernemental - M. Monfils a cité les titres des journaux - et pendant quelques heures, tout le monde s'est laissé prendre.

Vous l'avez compris, il y a un truc, un tour de passe-passe que je vais tenter de vous expliquer.

Plantons le décor. Donc, nous sommes en plein milieu de la plus mauvaise passe de notre histoire économique récente. Avec des taux de croissance de 0,8% en 2001 et à peine 0,7% en 2002, nous sommes quasiment en récession.

Fin de l'année dernière, au lendemain des attentats terroristes aux États-Unis, la plupart des instituts de conjoncture prévoyaient une vive reprise durant le deuxième semestre de l'année 2002. Aujourd'hui, ils conviennent qu'elle sera moins rapide et moins forte, au point qu'on n'en ressent pratiquement pas les effets cette année. Postposée de six mois au moins, elle est terriblement dépendante de la confiance des opérateurs, ébranlée par la profonde crise boursière et suspendue aux développements de la lutte contre le terrorisme en Orient.

Les incertitudes sont donc extrêmement nombreuses. Vous ne vous attendiez pas à un tel revers économique. Vous n'y pouvez pas grand-chose et nous non plus. Ce n'est pas une raison pour rester béat d'optimisme, comme notre premier ministre. Je suis convaincu que le fait de tabler aujourd'hui sur un taux de croissance supérieur à 2% en 2003, c'est abandonner la position de prudence que vous prétendiez adopter jusqu'à présent. Le hamster doré a vécu, il est mort et enterré.

Insensibles au changement de décor, les ministres et les présidents de parti n'ont cessé de prononcer des incantations durant les semaines précédant le grand conclave.

Nous organiserons la semaine des quatre jours sans réduction de salaire affirmait, Mme Onkelinx le 13 juin.

Nous augmenterons le nombre de trains et améliorerons le confort, déclarait Mme Durant le 13 juin.

Nous viendrons au secours des sans-abri, promettait M. Di Rupo le 21 juin.

Nous informatiserons les ministères, disait M. Reynders le 19 juillet.

Nous relèverons de 50 euros les pensions les plus basses, assurait M. Di Rupo le 27 août.

Considérant que la réforme fiscale est inachevée, nous rééquilibrerons les prélèvements sur le travail et sur le capital, ajoutait M. Di Rupo le 1er septembre.

Nous lierons toutes les allocations sociales au bien-être, promettait M. Defeyt le 3 septembre.

Nous prévoirons une mise de départ pour la constitution du fonds des créances alimentaires déclarait, Mme Durant le 3 septembre.

Nous prendrons en charge complètement le financement de la réforme des polices et nous améliorerons aussi l'efficacité et la rapidité de l'appareil judiciaire, proclamait M. Di Rupo le 10 septembre.

Nous assurerons l'indemnisation des erreurs médicales sans avoir à prouver la faute du médecin, affirmait M Picqué le 17 septembre.

Pour le secteur horeca, nous augmenterons la déduction fiscale des frais de restaurant promettait M. Ducarme le 2 octobre.

Nous accorderons des réductions d'impôts pour les particuliers et indépendants qui investissent dans les systèmes de sécurisation, déclaraient MM. Reynders et Ducarme.

Nous revaloriserons les honoraires des généralistes jusqu'à 30 euros pour une visite à domicile ajoutait M. Ducarme.

Cette liste n'est évidemment pas exhaustive : elle ne contient que des citations de ministres francophones et j'ai sans doute dû en laisser passer l'une ou l'autre. Ces promesses étaient la fumée indispensable pour réussir un grand tour d'illusion. À l'issue du conclave, aucune de ces annonces ne se concrétisera dans le budget.

Venons-en aux objectifs, si vous le voulez bien. Votre note de priorités économiques et sociales 2002-2003, présentée en grandes pompes en janvier dernier, contenait 21 points. Excusez du peu : 21 priorités à traduire en priorités budgétaires, en modifications législatives et en instructions administratives, tout cela en moins de dix-huit mois. Mon collègue Raymond Langendries a eu l'occasion, voici deux jours, de démontrer qu'à peine trois d'entre elles sont inscrites dans votre budget : la majoration de l'enveloppe des soins de santé, l'amorce d'une revalorisation des pensions et l'abaissement des charges personnelles sur les bas revenus, trois mesures excellentes.

M. Louis Michel, vice-premier ministre et ministre des Affaires étrangères. - Que faites-vous de l'augmentation des pensions pour indépendants, qui atteint 10% pour l'ensemble de la législature ?

M. René Thissen (CDH). - Il y a effectivement une augmentation, mais les efforts à accomplir restent importants.

M. Louis Michel, vice-premier ministre et ministre des Affaires étrangères. - Cela figurera dans notre programme électoral. Nous poursuivrons le rattrapage.

De heer Hugo Vandenberghe (CD&V). - Het verheugt ons natuurlijk dat de pensioenen van de zelfstandigen worden verhoogd. Voor de publieke opinie blijft er echter het probleem dat asielzoekers, die geen enkele bijdrage betalen, soms een maandelijkse vergoeding ontvangen die hoger is dan het verhoogde pensioen van zelfstandigen die dikwijls 45 jaar afdrachten hebben betaald. Het stoort de publieke opinie dat dat probleem niet wordt aangepakt.

De heer André Geens (VLD). - Als ik de heer Vandenberghe goed begrijp, moeten de asielzoekers geen bestaansmiddelen meer krijgen. Dat is een nieuwe politiek. Als CD&V daar voor pleit, moet ze dat duidelijk zeggen.

Beseft hij dan niet dat precies deze regering een degelijke asielpolitiek heeft gevoerd die het aantal asielzoekers heeft doen dalen? Het is juist dat sommige mensen het inkomen van een asielzoeker te hoog vinden in vergelijking met dat van een zelfstandige. Het is echter de plicht van politici om tegen sommige gangbare opinies in te gaan. De heer Vandenberghe die de geschiedenis goed kent, moet beseffen dat politici beter niet toegeven aan gevaarlijke vergelijkingen.

M. René Thissen (CDH). - M. Vandenberghe exprime son opinion sur le sujet. Je ne suis pas certain qu'il faille faire la comparaison, même si je comprends que cette réaction existe dans une partie de la population.

En revanche, il me semble indispensable d'avancer de manière volontariste sur le plan d'une égalisation ou en tout cas d'une équité dans le système des pensions. Il est inadmissible que des personnes ayant accompli une carrière complète, même si elles ont connu des périodes de chômage, disposent actuellement d'un revenu inférieur au revenu minimum vital. C'est un combat que nous sommes prêts à mener avec vous, monsieur le ministre.

M. Louis Michel, vice-premier ministre et ministre des Affaires étrangères. - Je partage entièrement votre point de vue, monsieur Thissen. C'est l'une des discriminations que nous sommes occupés à corriger. Cette discrimination existe depuis des décennies et personne, hormis le présent gouvernement, ne s'est jamais attaqué à cette injustice.

Je vous remercie de votre soutien. Il faut effectivement continuer à essayer de réaliser ce rééquilibrage et de rendre justice aux citoyens. Vous admettrez que c'est le gouvernement actuel qui s'attelle pour la première fois à la tâche.

M. René Thissen (CDH). - Ce gouvernement-ci a réalisé des choses qu'il n'était pas possible d'envisager antérieurement parce qu'il dispose de moyens budgétaires. Je n'ai jamais prétendu que le gouvernement n'avait rien fait depuis le début de la législature. Il faut rester de bonne foi. Mais il faut une politique plus volontariste dans le secteur des pensions.

Dix-huit autres engagements, par contre, sont au frigo, dont le premier n'est pas le moindre. Je cite ce que vous avez dit au conseil des ministres du 18 janvier 2002 : « ... présenter pour la troisième année consécutive un budget en équilibre ou avec un léger surplus (+ 0,1% en 2000, + 0,3% en 2001), conformément au Pacte de stabilité. Cela doit permettre, en 2003, de faire passer la dette publique sous la barre des 100% du PIB. »

Qu'en est-il ? Des tableaux qui accompagnaient votre déclaration gouvernementale de cette dernière rentrée parlementaire de « l'arc-en-ciel », nous avons retenu trois chiffres essentiels.

Premièrement, il n'y aura plus de léger surplus en 2002 ni en 2003 ; le solde de financement du pouvoir fédéral est négatif : moins 0,5% du PIB en 2002, moins 0,4% en 2003 ; et, dans l'hypothèse la plus optimiste, c'est-à-dire avec une croissance de 2,1% en 2003, l'équilibre n'est sauvé que par le léger excédent des communautés, des régions, des pouvoirs locaux et de la sécurité sociale.

Deuxièmement, la dette publique ne descendra pas sous le seuil des 100% du PIB sous cette législature. M. Verhofstadt, alchimiste des finances et maître prestidigitateur, nous l'avait pourtant répété quantité de fois. Si tout va bien - ou plus exactement si rien ne va plus mal -, la dette publique brute s'élèvera à 102,3% du PIB au 31 décembre 2003, soit à quelque six milliards d'euros de l'objectif. Malheureusement, ce ne sera pas vérifiable avant les prochaines élections législatives.

Pour la première fois depuis 1997, le surplus primaire sera inférieur à 6% du PIB. Hors charges d'intérêts, ce solde ne sera plus que de 5,5% : cela signifie qu'il n'y aura vraisemblablement plus de marge budgétaire disponible pour la prochaine législature. Tant pis pour les suivants, mille regrets pour les retraités de demain et désolé pour les générations futures !

Il est piquant d'observer qu'au total, sous « l'ère » Verhofstadt, le rythme d'assainissement se sera ralenti par rapport à la législature précédente : entre 1995 et 1999, l'endettement avait été réduit de 14,4 points - il est en effet passé de 129,3 à 114,9 - tandis que malgré des charges d'intérêts relativement moins pesantes puisque nous entrions selon certains dans un « cercle vertueux », le gouvernement « arc-en-ciel » ne l'aura diminué que de 12,6 points en quatre années, passant de 114,9 à 102,3. C'est dire combien ce gouvernement est habilité à se parer de toutes les plumes de la vertu budgétaire !

Le mythe est ébranlé, le moment est venu de tomber le rideau et de baisser le masque.

Vous allez opérer 1,5 milliard d'économies dites « indolores » sur le dos des départements ministériels sans écrêter les salaires des hauts fonctionnaires mais aussi sans informatiser les départements, sans donner aux agents la possibilité de lutter contre la fraude ou d'appliquer les nouvelles législations sociales. Comment fonctionnera l'armée avec des crédits rabotés de 3% ? Comment la sécurité de proximité sera-t-elle assurée alors qu'une majorité de zones de police locale sont sous-financées et présentent des budgets en déficit ? Notons en passant que le budget des centres d'asile ouverts sera « allégé » de 25 millions d'euros sous prétexte d'un « remaniement » des priorités. Comment justifier la diminution de la participation belge au programme spatial européen quand on connaît ses effets économiques multiplicateurs ?

Bien sûr, vous réaliserez intégralement la réforme fiscale : le « pôle des convergences de gauche » a beau faire le matamore, il ne vous en empêchera pas, tandis que les contribuables et les allocataires sociaux en paieront la facture après 2003.

Et puis, sans attendre, vous en aurez repris une partie, en anticipant dans le précompte professionnel le prélèvement des additionnels communaux à l'IPP, à concurrence de 6,7 au lieu de 6% ; pour tous les Belges, c'est un impôt supplémentaire de 260 millions d'euros en 2003 ! On donne d'une main et on reprend de l'autre. Il faudra bien que quelqu'un paie les 120 millions d'euros comptabilisés en raison d'une « meilleure perception de l'impôt ». Ce sera pour les contribuables.

Cela dit, je pense que cette meilleure perception de l'impôt, c'est un peu comme le monstre du Loch Ness : chaque fois qu'une majorité ne parvient pas à boucler ses comptes, elle fait une déclaration en disant qu'elle va améliorer la perception de l'impôt. À l'examen des chiffres, on constate aujourd'hui qu'il n'y a pas d'amélioration, même si le contentieux ne cesse de gonfler et finira peut-être par exploser comme une bulle boursière.

Vous promettez une réforme fiscale « budgétairement neutre » de l'impôt des sociétés. Non seulement vous en surestimez les effets « retour », à concurrence de la moitié du coût, soit environ 0,2% du PIB. Mais vous y ajoutez deux taxes. L'une va frapper aveuglément toutes les entreprises, petites et grandes : la contribution que toute société doit payer pour le dépôt de ses bilans à la centrale des bilans est majorée de 30 millions d'euros ; l'autre prévoit que tout employeur qui n'organise pas lui-même un outplacement pour son personnel devra verser 1.800 euros à l'ONEm. Le secteur horeca, quant à lui, est, comme le soulignent justement mes collègues libéraux, Gros-Jean comme devant, lui qui espérait une meilleure déductibilité des frais de restaurant. Quant à la création d'un fonds « Kyoto », nous ignorons comment il pourrait être financé, si ce n'est par un nouveau prélèvement obligatoire à charge des entreprises. À cet égard, je m'interroge sur la politique des partenaires Écolo de la majorité ; ceux-ci acceptent le financement d'un fonds Kyoto qui permettra d'acheter des droits de polluer davantage. C'est assez extraordinaire !

De heer Vincent Van Quickenborne (VU-ID). - Dat is onzin!

M. René Thissen (CDH). - Après avoir fermé la Sabena, vous venez au secours des entreprises publiques. C'est ainsi que vous pratiquez un hold-up sur Belgacom en prélevant 250 millions d'euros à l'occasion de la vente de l'opérateur mobile néerlandais Ben. Vous réduisez scandaleusement de 100 millions d'euros la dotation de La Poste, en contrepartie d'une recapitalisation qui lui est due depuis trois ans.

Concernant la SNCB, tout le monde sait que sa dotation de 2.100 millions d'euros en 2003 reste nettement insuffisante pour couvrir ses besoins d'investissements, que de ce fait la menace de régionalisation reste plus que jamais présente et qu'entre-temps, son endettement ne cesse de croître ; il sera de près de 5 milliards d'euros fin 2002 !

Quant à la reprise de sa dette par l'État, les conditions imposées tant par le gouvernement - lorsque la dette publique sera sous les 100% du PIB - que par la Commission européenne - sous « la limite admissible » de 3,750 millions d'euros - nous font croire que Mme la ministre Durant n'en verra sans doute pas la concrétisation. Elle aura donc été roulée dans la farine pendant une législature complète.

Contrairement à l'attente des entreprises et malgré des taux d'activité et d'emploi parmi les plus faibles d'Europe, le programme pluriannuel d'allégement des charges sociales, qui devrait rééquilibrer structurellement le coût du travail dans l'ensemble des coûts de production et favoriser des substitutions au bénéfice de l'emploi, est toujours en panne. Rien n'est véritablement prévu pour favoriser le relèvement du taux d'emploi ; pourtant, si la Belgique veut atteindre l'objectif formulé par les chefs de gouvernement européens lors du sommet extraordinaire de Lisbonne en mars 2000, le taux d'emploi total devra progresser de 10% environ : cela correspond à quelque 800.000 postes supplémentaires, dont plus de 300.000 devront être occupés par des femmes.

La sécurité sociale n'est pas non plus à l'abri des farces et attrapes. Bien qu'ils se soient engagés à l'obtenir, les camarades du « pôle des convergences de gauche » n'ont rien acquis concernant la liaison structurelle au bien-être des allocations sociales. Écolo a bien raison de se plaindre.

Le budget de la santé est significativement revalorisé. Il était plus que temps au vu des doléances des patients face au spectaculaire renchérissement des coûts d'hospitalisation, ainsi que des revendications de presque toutes les catégories de prestataires de soins. Cela a été évoqué tout à l'heure : 11% d'augmentation depuis le début de la législature, ce n'est pas rien. Toutefois, le personnel infirmier et les logopèdes ont été oubliés dans le partage, de même que les 190.000 invalides. Et les médecins généralistes qui attendaient une majoration de leurs honoraires disposeront d'un budget sept fois inférieur à celui qu'ils avaient espéré !

Du côté des pensions, le relèvement des minima, bien qu'inférieur à ce qui était annoncé, est évidemment à souligner. En contrepartie, le fonds de vieillissement n'est toujours pas alimenté durablement. Les recettes qui y sont affectées sont principalement non récurrentes - du one shot - : prélèvements sur Belgacom et la Banque nationale, à concurrence de 450 millions d'euros.

Et nous ne savons pas comment sera finalement comptabilisée la dotation des communautés et régions, à la suite de la contestation d'une correction statistique survenue au plus mauvais moment. Ces 332 millions - sur 28 milliards d'euros à transférer - manqueront cruellement à leur budget.

Un sage proverbe africain - peul - nous rappelle que « la tromperie, si elle fait dîner, ne nous fera pas souper ».

Alors, monsieur le premier ministre, de deux choses l'une :

Soit j'accorde crédit à votre déclaration gouvernementale et à sa note technique d'accompagnement dans laquelle je lis : « Fin juillet 2002, le budget prévoyait 360 millions d'euros en provisions pour de nouvelles initiatives. Une approche stricte fait en sorte que seuls 40 millions ont été attribués ». Et donc, sur neuf promesses, en moyenne une seule a été tenue, ce qui atténuait évidemment très fort le risque de dérapage budgétaire.

Soit je prends vos chiffres au sérieux tels qu'ils viennent d'être rapidement décortiqués. Et je me souviens précisément de chacune de vos manipulations, des hypothèses aux frontières de l'imprudence, des anticipations et surestimations de recettes, des ressources occasionnelles, des dépenses reportées ou volontairement sous-évaluées. Ces tromperies nous laissent sur notre faim. Demain, elles pèseront lourdement sur l'estomac de la population et, comme le disait M. Langendries à la Chambre, je suis vraiment très curieux de voir si ce gouvernement va oser faire les correctifs budgétaires au mois de mars.