Questions et Réponses

Sénat de Belgique

SESSION DE 1995-1996


Bulletin 1-10

13 FÉVRIER 1996

Questions posées par les Sénateurs et réponses données par les Ministres

(Fr.): Question posée en français - (N.): Question posée en néerlandais


Ministre des Affaires étrangères

Question nº 22 de M. Anciaux du 30 novembre 1995 (N.) :
Définition du point de vue adopté par le gouvernement belge au cours de la conférence de l'UEO qui s'est tenue le 14 novembre 1995 à Madrid.

Le 14 novembre 1995 a été signé, lors de la conférence des ministres des Affaires étrangères de l'UEO qui s'est tenue à Madrid, un document qui soulignait la nécessité et l'importance de la puissance nucléaire de la France et de la Grande-Bretagne dans le cadre de la future défense commune de l'Europe. L'honorable ministre a, lui aussi, signé ce document au nom du gouvernement belge. Deux jours plus tard, la Belgique soutenait, à l'ONU, une résolution qui condamnait les essais nucléaires français.

L'honorable ministre peut-il confirmer que le point de vue du gouvernement belge implique que la défense européenne doit nécessairement utiliser le parapluie nucléaire français et britannique ? Comment ce point de vue est-il conciliable avec la lutte contre les essais nucléaires français ? Les choses sont-elles actuellement ainsi que des options de politique étrangère aussi importantes sont définies exclusivement au sein du gouvernement belge ? Ce point de vue n'est-il pas contraire aux propos antérieurs de l'honorable ministre ?


Réponse : La France et la Grande-Bretagne, États membres de l'OTAN, de l'Union européenne et de l'Union de l'Europe occidentale, disposent d'armes nucléaires dans le cadre du Traité de non-prolifération et en conformité avec le Concept stratégique de l'OTAN et de la Plate-forme de La Haye.

Le Concept stratégique souligne que le rôle fondamental des armes nucléaires consiste en la dissuasion et qu'il est donc de nature politique. La Plate-forme de La Haye y ajoute que la stratégie de dissuasion et la défense doivent fonder leur efficacité et leur crédibilité sur une juste combinaison d'armements nucléaire et conventionnel.

La validité de ces principes a encore été confirmée dans les conclusions préliminaires sur la formulation d'une politique commune européenne de défense, lors du Conseil ministériel de l'UEO à Noordwijk, le 14 novembre 1994.

Le Conseil ministériel de l'UEO a approuvé le 14 novembre 1995 à Madrid le Concept commun des conditions de sécurité en Europe, un document général qui a été élaboré à l'UEO, en concertation avec les partenaires associés de l'Europe centrale et orientale. Ce document contient, avec l'approbation de tous les membres de plein droit de l'UEO, donc aussi la Belgique, un passage qui rappelle le rôle de dissuasion de la force nucléaire, sur la base de références au Concept stratégique, à la Plate-forme de La Haye et aux conclusions préliminaires de Noordwijk.

La position de la Belgique en ce qui concerne les essais nucléaires français n'est nullement contradictoire avec ce qui précède.

Car l'objet du débat n'est pas la situation de la France en tant que force nucléaire dans le cadre du Traité de non-prolifération, du Concept stratégique et de la Plate-forme, mais la question de savoir si les essais nucléaires souterrains que la france a effectués récemment sont politiquement opportun, vu les conclusions de la Conférence de reconduction du Traité de non-prolifération d'avril 1995.

Or, le gouvernement belge conteste, tout comme de nombreux États membres de l'Union européenne et de l'Alliance atlantique, l'opportunité de ces essais. C'est ainsi que le gouverment belge justifie sa position aux Nations unies.

Cependant, le gouvernement belge prend note de l'engagement de la France de se joindre à l'option zéro dans le courant de l'année 1996, dans le cadre de la conclusion d'un traité interdisant tous les essais nucléaires.