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SÉANCES DU JEUDI 11 JUIN 1998 |
VERGADERINGEN VAN DONDERDAG 11 JUNI 1998 |
M. le président. L'ordre du jour appelle la demande d'explications de M. Philippe Charlier.
La parole est à M. Philippe Charlier.
M. Ph. Charlier (PSC). Monsieur le président, je m'abstiendrai de refaire l'histoire du Burundi, ce petit pays d'Afrique centrale. Néanmoins, je crois qu'il est utile de situer ma demande d'explications dans le contexte difficile de ce pays bien connu du ministre.
On s'est longuement interrogé afin de savoir si la paix sera un jour possible étant donné les divisions opposant la minorité tutsie et la majorité hutue, représentant respectivement 14 et 85% de la population.
Ceux qui en 1987, après l'arrivée du major Buyoya au pouvoir, ont considéré avec septicisme la politique de détente, ont eu raison puisque, dès août 1988, de graves troubles se produisaient à la frontière du Rwanda. Mais le processus de transition a tenu jusqu'à l'élection présidentielle de 1993, qui fut remportée par Melchior Ndadaye, un homme probablement trop idéaliste, qui a maintenu en place des militaires tutsis qui cherchaient leur revanche mais qui avait, dans sa propre équipe ministérielle, des extrémistes hutus. Il fut rapidement assassiné lors d'un putsch de militaires tutsis, dont le contrecoup fut une vague de massacres orchestrés par des hommes du Palipehutu visant des militants de l'Uprona, évidemment suivie des contre-massacres.
Son successeur fut, lui aussi, assassiné le 6 avril 1994 dans l'attentat qui coûta la vie au président rwandais Habyarimana, et le Burundi connut ainsi trois présidents en une année. Lourd record qui laissait à Sylvestre Ntibantunganya un héritage bien difficile à gérer et qui ne laissait à cet homme que la possibilité d'être un président de transition dans un contexte qui interdisait les élections.
La seule issue était de réinstaller l'armée, ce que fit le 25 juillet 1996 le major Buyoya en invoquant une vacance de facto du pouvoir. Pierre Buyoya retrouvait ainsi, par la force, un poste qu'il avait perdu lors des élections de juin 1993. Près de deux après la prise de pouvoir du major, toutes les questions restent pendantes! La meilleure manière de tenter d'y répondre avec un minimum d'objectivité était de se rendre sur place. J'ai donc participé à la mission organisée en février dernier par les instances internationales de la francophonie.
L'Assemblée internationale des parlementaires de langue française entretient des contacts réguliers avec l'Afrique centrale en général et le Burundi en particulier. Il s'agit en effet d'une zone où la francophonie reste bien implantée. Dès lors, il paraissait effectivement opportun de se rendre sur place, afin de mieux appréhender la situation.
Sur la base de cette visite, je souhaiterais vous poser cinq questions, monsieur le ministre.
La première porte sur la diplomatie belge au Burundi. Son excellence Renier Nijskens est en poste au Kenya depuis 1994. Je l'ai rencontré à deux reprises : d'abord en juillet 1996 et, ensuite, lors de ma visite au Burundi. Il est l'envoyé spécial belge pour la région des Grands Lacs; il a eu des contacts étroits avec divers acteurs et avec de nombreux dirigeants africains. Il est également en contact régulier avec les principaux partenaires, le médiateur, les envoyés spéciaux de l'Union européenne et des États-Unis, de même qu'avec le représentant spécial du secrétaire général des Nations unies. Il s'agit là d'un représentant qui a une vision importante sur cette région selon moi, vous l'avez voulu ainsi, monsieur le ministre; il a d'ailleurs remplacé M. Yves Haesendonck et il remplit parfaitement sa mission, me semble-t-il.
M. Renier Nijskens a été reçu par le président Museveni le 9 juillet 1997; il s'est rendu à Bujumbura du 14 au 17 juillet 1997, et il participait, le 29 juillet 1997, à la réunion des envoyés spéciaux chez M. Nyerere.
Lors de ma première visite, il m'avait déjà fait part des nombreux problèmes à résoudre dans la région des Grands Lacs. Sa perception de la situation est d'autant plus intéressante qu'il est ou plutôt était l'ambassadeur de Belgique accrédité auprès de l'Ouganda puisque mais je souhaiterais que vous confirmiez cette information, monsieur le ministre vous auriez nommé, début juin, un nouvel ambassadeur à Kampala, région importante de la région des Grands Lacs. Selon moi, l'accréditation dont a bénéficié M. Nijskens lui a permis de fréquentes rencontres avec le président Museveni dont on sait l'influence, directe ou indirecte, dans cette région.
Lors de ma seconde visite, avant de me rendre au Burundi, M. Nijskens m'a permis de faire d'intéressantes rencontres, par exemple avec l'ambassadeur de France, dont l'influence est aussi considérable dans la région, avec le chargé d'affaires canadien pour la sous-région et avec John Katunga Murhula, responsable de Naïrobi Peace Initiative, une association soutenue par de nombreux pays et dont le rôle, souvent discret, est de faciliter les contacts entre les acteurs des conflits. Son action dans la région des Grands Lacs est largement appréciée : elle contribue à rapprocher les points de vue sans passer obligatoirement par des structures officielles qui, parfois, sclérosent le dialogue, voire l'empêchent carrément.
Avant cette mission, vous m'avez aimablement communiqué la position de votre département, monsieur le ministre. Pouvez-vous m'indiquer quel rôle joue actuellement la Belgique pour faire cesser la violence et favoriser la négociation ?
Dans le domaine de ses relations bilatérales, la Belgique semble considérer que les conditions politiques créées par le coup d'État du 25 juillet 1996 ne permettent pas encore d'envoyer un ambassadeur à Bujumbura. Pour cela, elle souhaite des progrès concrets dans les négociations et dans le démantèlement des camps de regroupement.
Pouvez-vous préciser la position actuelle de la Belgique à cet égard, monsieur le ministre ?
Ma seconde question porte sur l'escale de la Sabena.
Les vols de la Sabena sur Bujumbura sont attendus par tous les Belges qui se trouvent encore dans ce pays. La réouverture d'une escale n'est envisageable que lorsque l'embargo sur les liaisons aériennes décrété par les pays limitrophes, aura été levé. La Belgique estime que la Sabena ne fait que subir les conséquences de cet embargo. Selon moi, tel n'est pas l'avis du représentant de la Sabena sur place.
Cependant, monsieur le ministre, je souhaiterais savoir si votre position a évolué depuis lors.
Ma troisième question est relative à l'embargo. Celui-ci suscite de nombreux commentaires.
Quelques jours après la prise de pouvoir par le major Buyoya, les pays de la sous-région, à savoir le Kenya, la Tanzanie, le Rwanda, l'Éthiopie, l'Ouganda, décidaient d'imposer des sanctions économiques au Burundi.
Malgré la volonté internationale constatée à diverses reprises de moduler ces sanctions, les pays « frères » du Burundi décidaient un embargo total et brutal.
On peut s'interroger sur la dureté de cette décision qui, à ma connaissance, est une première en Afrique. En fait, M. Nyerere voulait « punir » le major Buyoya qui avait osé provoquer le Malawi en perpétrant un coup d'État au moment où il commençait une négociation dans la sous-région et en était le moteur. De plus, les chefs d'État de la sous-région perçoivent mal ce petit pays, francophone du reste, alors que le rêve de Nyerere est de devenir le chef d'une sous-région anglophone, rêve partagé par Museveni qui se voit très bien succéder au Malawi qu'est Nyerere.
Que pensez-vous aujourd'hui de ces sanctions, monsieur le ministre ?
Les avis sont effectivement partagés. Ainsi, la France est contre, l'Allemagne est pour car elle estime que le gouvernement est en difficulté et que, sans cette pression, l'Assemblée nationale ne serait pas présente dans les négociations.
La Belgique, quant à elle, n'était pas favorable à un embargo; dès le début, elle a plaidé pour que les sanctions tiennent compte du droit humanitaire international et pour que, politiquement, elles soient modulées de telle sorte que les deux parties conservent un incitant à la négociation. Elle souhaite aujourd'hui que ces sanctions soient réexaminées.
L'influence de la Belgique fut positive en ce qui concerne le principe de l'allégement en faveur des populations, puisque les décisions d'Arusha III et IV sont allées dans ce sens.
Il est vrai que l'embargo est contourné, il suffit de passer une soirée à proximité de l'aéroport pour constater que des avions y atterrissent et en décollent. C'est ainsi que le café et le thé ont pu être exportés, mais à des prix beaucoup plus élevés, vu le coût du transport. L'essence arrive actuellement de Tanzanie, tout simplement parce que la compagnie de camions qui transportent ce produit appartient au ministre des Affaires étrangères de Tanzanie, celui qui se montre le plus dur sur l'embargo.
Autre exemple, le ciment vient de Zambie : les responsables sont allés se plaindre auprès de M. Nyerere en disant que leur seul débouché pour le ciment était le Burundi. Conclusions : M. Nyerere et ses amis ferment les yeux!
Par ailleurs, les exceptions humanitaires ne sont pas suivies d'effets car, vu l'enclavement du Burundi, le coût du transport est très élevé. L'embargo pénalise alors les plus faibles, puisque l'inflation est de 26%, et renforce les plus riches : il suffit de voir les nouvelles villas construites sur les collines et qui sont d'ailleurs appelées « les villas sanctions »! La Belgique va-t-elle réexaminer cet embargo ?
Pour leur part, les Nations unies dont j'ai rencontré les représentants réclament un mandat clair pour intervenir dans ce pays. Quelle est la position de la Belgique à ce sujet ?
Il reste au Burundi 100 à 120 familles belges, soit environ 350 personnes. Il faut se rappeler qu'avant 1990, elles étaient plus de 2 000 et, début des années 90, environ 1 200.
Les Belges sont essentiellement des gens d'affaires qui vivent dans ce pays depuis de nombreuses années. Il reste aussi une dizaine de personnes dans des ONG et une quinzaine d'enseignants dans des écoles autonomes. Leur constat est net : « Avant Buyoya c'était l'insécurité totale. Aujourd'hui, la sécurité existe dans pratiquement tout le pays. »
Ils estiment qu'il faut établir une distinction entre, d'une part, la rébellion qui maintient encore l'insécurité dans quelques endroits et, d'autre part, le banditisme qui, à leurs yeux, est le résultat de la situation économique due, en grande partie, à l'embargo.
Les expatriés disent rester pour des raisons économiques et sociales. Ils s'interrogent sur ce qui subsisterait après leur départ mais ils demandent avec insistance des gestes clairs de la part de la Belgique. À cet égard, ils formulent des demandes précises. Tout d'abord, ils estiment que la Belgique doit avoir une attitude claire dans la région, au Burundi en particulier. Ils citent le ministre belge des Affaires étrangères qui a déclaré, en 1996, qu'il soutenait Buyoya et qu'il fallait lui donner sa chance. Ils estiment que, dans les faits, la Belgique participe à l'embargo en le tolérant ou en le facilitant; ce faisant notre pays pénalise la population, c'est-à-dire les plus faibles. Ils pensent que la Belgique doit donner le titre d'ambassadeur à son chargé d'affaires afin de clarifier la situation car, dans l'état actuel des choses, il ne lui est pas possible de rencontrer les plus hauts responsables du pays.
Partagez-vous ce point de vue, monsieur le ministre ?
Enfin, aux yeux des expatriés, la Belgique apparaît comme un pays qui, non seulement, abrite des extrémistes burundais mais qui, en outre, leur donne une tribune pour s'exprimer. À ce sujet, lors de la rencontre que nous avons eue avec le ministre des Relations extérieures du Burundi, celui-ci a clairement indiqué que la Belgique abritait des militants actifs du CNDD, dont M. Jérôme Ndiho. Est-ce exact ?
J'en viens à présent aux négociations. Les envoyés spéciaux pour la région des Grands Lacs, M. Agelo Italien pour l'Union européenne, M. Wolpe pour les USA, M. Bugolde pour le Canada, M. Nyskens pour la Belgique et M. Dinka Éthiopien pour l'ONU et l'OUA ont demandé à M. Nyerere trois choses : premièrement, alléger les sanctions; deuxièmement, envoyer un émissaire un homme de confiance à Bujumbura pour être informés de l'intérieur et, troisièmement, assouplir les conditions pour reprendre les négociations, c'est-à-dire moduler leurs applications.
Jusque fin 1997, Nyerere a refusé catégoriquement ces trois conditions.
De son côté, le président Buyoya a annoncé un débat national interne alors que Nyerere n'envisageait que des solutions externes. Cette manoeuvre, ou manipulation, change les données du problème.
À cela il faut ajouter deux éléments majeurs.
Face aux refus de Nyerere, les envoyés spéciaux sont allés voir Museveni, fin 1997, qui s'est montré beaucoup plus réceptif, ce qui a permis une réunion de travail mi-janvier 1998 et l'envoi d'un émissaire à Bujumbura.
Fin décembre, les actions de la rébellion, constituée des deux rivaux que sont le Palipehutu et le CNDD, ont entraîné la mort de beaucoup de Hutus. L'attaque de l'aéroport a fait trembler le gouvernement burundais qui annonçait depuis plusieurs mois que les rebelles étaient maîtrisés.
Ces deux éléments ont changé le décor et le président Buyoya annonçait mi-janvier qu'il souhaitait un vrai dialogue sur la base de scénarios contenant les problématiques et les interrogations réelles. On pensait effectivement que le dialogue interne annoncé au début deviendrait vite un débat stalinien aux idées imposées.
Ce retournement rend crédible un débat national réunissant un large cercle de gens représentant la société civile, les USA sont alors intéressés et Buyoya marque des points en isolant Nyerere que l'obstination a enfermé dans un processus cloisonné d'autant plus que Nyerere a mis fin aux efforts déployés à Rome par la communauté religieuse Sin't Edigio estimant que c'était à Arusha que les choses se passaient mais Arusha semble bien voué à l'échec. Qu'en pensez-vous ? Quel cadre, quelles lignes directrices avez-vous fixé à notre diplomatie sur place ?
M. le président. La parole est à M. Derycke, ministre.
M. Derycke, ministre des Affaires étrangères. Monsieur le président, je félicite notre collègue pour son excellente analyse de la situation. Actuellement, le Burundi focalise très peu d'attention. Le Parlement belge, lui-même, s'y intéresse peu. Je vais essayer de vous exposer en quelques pages notre analyse et notre action actuelle. La situation est loin d'être limpide mais de bonnes avancées ont été effectuées. Le point le plus important est la position de la Belgique et les efforts de notre diplomatie dans les négociations.
Notre diplomatie en Afrique centrale s'inscrit dans le cadre général de notre politique africaine dont les objectifs ont été définis en 1995.
L'instabilité politique et militaire dans la région des Grands Lacs nous amène à mener une action de diplomatie préventive de maintien de la paix et de construction d'une capacité africaine en cette matière.
La Belgique rejette une solution militaire et pense que seule une solution politique peut conduire à une stabilisation, une pacification, une démocratisation et un développement durable à moyen et long terme. Le passé récent a prouvé que les solutions militaires sont inadéquates, que ce soit au Burundi, au Rwanda ou au Congo démocratique.
Notre action diplomatique en Afrique centrale et au Burundi en particulier part de la constatation que la gestion des conflits dans cette région est de plus en plus prise en main par les Africains et en particulier les chefs d'États régionaux. Vous avez fait allusion à l'importance des prises de position de Museveni et d'autres.
Notre rôle dès lors doit être essentiellement un rôle de facilitation des médiations en cours et de soutien aux initiatives en faveur d'une pacification. Le temps où la Belgique pouvait imposer une solution est définitivement révolu; mais c'est également le cas pour les Américains et les Français.
Nous nous sommes donc efforcés d'être en contact étroit avec les principaux acteurs africains de la crise burundaise en particulier. C'est ainsi que notre ambassadeur a plusieurs fois rencontré le président Museveni et d'autres chefs d'États de la région. Le 7 mai, il a encore rencontré le président Museveni.
Je vous confirme que j'ai nommé un autre ambassadeur. M. Nijskens a rendu de bons services. C'est un autre spécialiste de l'Afrique, M. Labouverie, qui sera nommé en Ouganda. On verra ensuite quel ambassadeur sera chargé de la coordination des affaires centrafricaines.
À cet égard, l'importance de l'Ouganda et de son chef d'État en particulier est prépondérante dans les multiples aspects de la crise de la région des Grands Lacs. Compte tenu de la stabilité politique du pays, des perspectives de développement économique et de coopération bilatérale et de son rôle diplomatique grandissant dans la région, un renforcement de nos liens bilatéraux avec l'Ouganda nous a paru utile et justifier l'ouverture d'une ambassade à Kampala. Le nouvel ambassadeur sera je le répète, M. Pierre Labouverie, qui a déjà une bonne expérience dans divers pays d'Afrique.
Au niveau européen, depuis le début de l'année, j'ai à deux reprises attiré l'attention de mes collègues de l'Union européenne sur la question des Grands Lacs et du Burundi en particulier. Seule la Belgique attire l'attention sur ces questions. J'ai plaidé pour une cohérence entre le dialogue interne, qui progresse effectivement, et le dialogue externe sans lequel tout dialogue interne est voué à l'échec.
J'ai insisté auprès de mes collègues de l'Union pour que, par l'entremise de la troïka ministérielle qui s'est rendue dans la région début juin et de son envoyé spécial, l'Union et les États membres continuent à soutenir parallèlement le processus interne et le processus externe. M. Ajello devrait poursuivre son rôle stimulateur dans ce contexte et, une fois les all party talks lancées, y apporter l'expertise de négociation de l'Union européenne, en appui à Nyerere, qui désormais n'est plus seul.
La Belgique soutient la proposition d'un appui européen au bureau de Nyerere à Bujumbura et une assistance en expertise de négociation au facilitateur, dans un esprit de partenariat. Ainsi, on n'a pas repoussé Nyerere mais on l'a entouré de spécialistes.
À l'initiative de la Belgique, l'Union européenne a décidé le principe d'un soutien à l'Assemblée nationale, seule institution légitime du pays. Bilatéralement, le gouvernement belge a apporté un appui logistique à la semaine parlementaire consacrée au projet d'accord institutionnel et de partenariat qui s'est tenue en mai dernier.
Ces deux démarches nous semblent primordiales.
En ce qui concerne les négociations, l'on constate un réel progrès dans la réalisation des promesses de Buyoya concernant la liberté de mouvement des trois présidents et dans la concrétisation du dialogue interne, par l'adoption par l'Assemblée nationale des textes sur la transition. Le président partira incessamment en Allemagne avec quatre parlementaires. Il viendra ensuite en Belgique et je le recevrai.
Le texte constitutionnel et celui du programme de partenariat entre le gouvernement et l'assemblée sont essentiels. Ils ont été adoptés hier et c'est un progrès. Toutefois, ce ne sera pas suffisant pour une pacification durable.
Il faut également poursuivre le processus externe de négociations entre toutes les parties prenantes au conflit sur les questions de fond outre la levée des sanctions et le cessez-le-feu à savoir envisager le partage du pouvoir dans l'armée, la justice et l'instruction publique notamment.
Malgré l'opposition des extrémistes des deux camps, et les divergences d'interprétation sur les accords, il existe cependant aujourd'hui ce que les Anglais ont coutume d'appeler a window of opportunity en raison de l'existence même d'un accord interne et de la volonté affirmée par les principaux protagonistes de se rendre à Arusha. Dans la région, les esprits ont également évolué et les négociations devraient reprendre le 15 juin prochain. La Belgique soutient pleinement cette évolution positive et je proposerai au gouvernement de verser une contribution d'un million de francs belges pour le financement de la réunion d'Arusha. Une contribution de l'Union européenne est également à l'examen par les instances compétentes.
Sur le plan de la sécurité régionale, j'ai plaidé pour que la présence d'armes dans la région soit traitée au niveau international. Je suis heureux de l'application de la résolution 1161 du Conseil de sécurité réactivant la commission d'enquête sur la circulation des armes dans la région. Le gouvernement examine une possibilité de contribution financière. De même, on envisage favorablement une contribution au projet de l'UNHCR, d'assistance technique au maintien du caractère civil des camps de réfugiés en Tanzanie. Le problème du retour des réfugiés est en effet réellement important.
En ce qui concerne nos relations bilatérales avec le Burundi, si le processus d'Arusha reprenait avec, de la part de toutes les parties, et notamment du gouvernement, une réelle volonté de dialogue et de négociation, la Belgique serait disposée à répondre positivement et progressivement en termes de coopération. Cela fut dit clairement au major Buyoya lui-même lors d'un entretien avec mon chef de cabinet. En ce qui concerne le niveau de notre représentation diplomatique à Bujumbura, celle-ci pourrait évoluer de manière analogue.
En ce qui concerne l'embargo commercial régional contre le Burundi, la Belgique a toujours plaidé pour que celui-ci, destiné à faire pression sur le régime burundais, soit modulé en fonction des besoins humanitaires de la population qui ne devrait pas être la cible des sanctions, et en fonction des ouvertures réelles du régime en réponse aux conditions posées. Bien que l'on ne puisse pas être aveugle sur les détournements de l'embargo qui ne profitent pas à la population burundaise , il est évident que dans le cadre de ce que j'appelle « African ownership » , il incombe aux chefs d'État de la région d'évaluer sans a priori l'opportunité politique de la levée des sanctions et cela, comme je viens de le dire, en fonction des ouvertures du régime.
À cet égard, le démarrage effectif des négociations devrait engager les chefs d'État de la région à statuer sur un allégement ou une levée des sanctions.
En ce qui concerne les Nations unies, celles-ci sont impliquées dans la mesure où le secrétaire général a délégué un représentant spécial pour la crise burundaise, l'ambassadeur éthiopien Dinkha. La question des sanctions a été évoquée au Conseil de sécurité, mais il n'y a pas eu de débat sur un mandat d'intervention.
En ce qui concerne l'escale Sabena, c'est en raison de l'interdiction de survol de l'espace aérien des pays limitrophes du Burundi ayant décrété un embargo sur le Burundi que la Sabena n'a plus accès à Bujumbura faute de pouvoir faire les escales nécessaires. En cas de levée de l'embargo et des interdictions de survol subséquentes, la Sabena devrait pouvoir réouvrir l'escale de Bujumbura, dans la mesure où les conditions de sécurité le permettent.
J'en viens au problème des Belges sur place et à l'insécurité. On constate effectivement que l'insécurité régnante dans le pays est due en partie à des actes de banditisme. On constate également une augmentation d'actions terroristes, qui sont menées dans un but politique. Pour le moment, la situation semble s'être calmée sur le plan militaire et l'opposition armée semble peu active, peut-être en raison de l'évolution politique interne. Celle-ci, bien que positive, reste fragile, à cause de l'existence de mouvements extrémistes qui s'opposent aux accords. Quant à l'opposition armée, celle-ci semble toujours présente sur le territoire burundais et pourrait relancer la violence à tout moment.
Dès lors, même si la situation est calme pour l'heure, les conseils de prudence et les consignes de sécurité donnés maintes fois à nos compatriotes restent d'actualité.
En ce qui concerne la présence de Jérôme Ndiho en Belgique, celui-ci a introduit de façon régulière une demande d'asile politique qui est à l'examen. Il s'agit d'une procédure judiciaire sur laquelle le gouvernement n'a pas de prise. Ce statut lui permet une liberté d'expression, dans la mesure où il ne nuit pas à l'ordre public belge ni aux intérêts de la Belgique et de ses ressortissants à l'étranger.
M. le président. La parole est à M. Philippe Charlier.
M. Ph. Charlier (PSC). Monsieur le président, je remercie le ministre de sa réponse, non seulement pour les précisions qu'elle apporte mais aussi pour ses aspects encourageants, particulièrement l'annonce de la signature du texte. En effet, l'échéance pour le parlement ayant été fixée au mois de juin 1998, c'est-à-dire le mois en cours, il devenait urgent de savoir si les élections devaient ou non être organisées ou éventuellement reportées, sans oublier que la constitution était suspendue. La signature d'un texte vient donc bien à son heure.
Je me réjouis également des précisions apportées concernant la possibilité de voir Nyerere encadré par des spécialistes, car c'était manifestement l'un des gros problèmes de relations entre le gouvernement burundais et les pays limitrophes. Si, effectivement, les négociations tant internes qu'externes peuvent progresser, on pourra arriver à une stabilité interne plus rapidement qu'espéré. J'ai eu le sentiment que l'objet du major était d'organiser le plus tôt possible des élections de manière à voir sa position légitimée ou, le cas échéant, de prendre la décision de se retirer. Il m'a en effet affirmé qu'il était prêt à se retirer si les élections, comme la dernière fois, ne lui donnaient pas la majorité.
Je pense qu'il existe un sentiment interne assez positif, et la signature de ce texte le démontrerait. Si les pays limitrophes partagent ce même esprit de collaboration et s'ils veulent vraiment que le Burundi apparaisse comme un partenaire et non comme un territoire qu'il faut enfermer dans un système, le résultat en sera positif pour la région des Grands Lacs.
Enfin, monsieur le ministre, je vous remercie d'avoir désigné un ambassadeur à Kampala. Compte tenu de la réelle importance de l'Ouganda dans la région des Grands Lacs et dans la sous-région, cela y renforcera la position de la Belgique. Même si notre pays n'a pas la possibilité d'y agir directement, elle exerce toujours une influence considérable dans cette région. Il ne faut donc pas négliger cette influence, même si aujourd'hui elle s'exerce de manière indirecte. La désignation d'un ambassadeur belge à Kampala me paraît tout à fait opportune.
M. le président. L'incident est clos.
Het incident is gesloten.