Santé mentale - Soins - Accès - Médicalisation de la précarité - Soins psychologiques de 2e et 3e ligne - Remboursement - Psychiatres - Pénurie - Mesures - Politiques de prévention et de remboursement - Coordination - Thérapies non-médicamenteuses
| 26/3/2026 | Envoi question (Fin du délai de réponse: 1/5/2026) |
Une étude récente, réalisée par la Mutualité chrétienne (pour la période 2013-2023) révèle une tendance alarmante: si le nombre de nouveaux utilisateurs d'antidépresseurs tend à diminuer, la durée des traitements s'allonge de manière disproportionnée, et particulièrement chez les personnes socio-économiquement vulnérables.
Les chiffres sont sans appel: près de 14 % de la population adulte belge a reçu une prescription d'antidépresseurs en 2023.
Plus inquiétant encore, un tiers des utilisateurs s'inscrit dans un traitement de longue durée (quinze mois ou plus), dépassant largement les recommandations cliniques internationales qui préconisent un sevrage graduel après six à douze mois de médication.
Et, nous ne pouvons ignorer le «marqueur social» de cette consommation à long terme d'antidépresseurs.
L'étude démontre en effet que les bénéficiaires de l'intervention majorée (BIM), les personnes en incapacité de travail et les malades chroniques sont les premiers à se voir administrer ces traitements au long cours.
Elle indique aussi que le recours aux médicaments est plus long lorsque le suivi est assuré exclusivement par un médecin généraliste, faute d'accès à des soins spécialisés (psychologues, psychiatres, etc.).
L'étude souligne en outre que les femmes et les aînés sont proportionnellement plus touchés par cette prise chronique de psychotropes.
Ces quelques constats de l'étude pointent une réalité indéniable: la santé mentale des Belges socio-économiquement vulnérables va très mal.
Et cela ne risque guère de s'arranger avec les mesures du gouvernement Arizona qui risquent de transformer cette vulnérabilité en une véritable précarité structurelle (durcissement du contrôle des malades de longue durée, limitation des allocations de chômage dans le temps, réforme du statut BIM et des aides sociales, etc.).
Les constats de l'étude de la Mutualité chrétienne prouvent que la santé mentale reste trop souvent gérée pour «rendre le patient apte au travail rapidement» plutôt que pour traiter les causes profondes du mal-être.
Pour les personnes les plus précaires, l'antidépresseur devient un substitut par défaut à une psychothérapie trop coûteuse ou inaccessible par manque de spécialistes.
La «Convention psy de première ligne» (entrée en vigueur le 1er avril 2024) est certes une avancée, mais elle semble encore bien insuffisante pour briser le plafond de verre socio-économique.
Dans ce contexte, j'aimerais vous poser les questions suivantes:
1) Quelles mesures comptez-vous prendre pour renforcer le remboursement des soins psychologiques de deuxième et troisième ligne, afin que le statut BIM ne soit plus synonyme de traitement uniquement médicamenteux? Avez-vous eu des contacts à ce sujet avec l'Institut national d'assurance maladie-invalidité (INAMI) et les mutualités?
2) Comment le gouvernement fédéral compte-t-il répondre à la pénurie de psychiatres et au manque de temps des médecins généralistes, qui se retrouvent malgré eux «prescripteurs de dernier recours»?
3) Comment comptez-vous coordonner les politiques de prévention (relevant des compétences des Régions et Communautés) avec la politique de remboursement des médicaments (relevant du niveau fédéral) pour privilégier l'approche thérapeutique sur l'approche symptomatique?
4) Envisagez-vous de mettre en place des mesures spécifiques pour accompagner les travailleurs en syndrome d'épuisement professionnel («burn-out») ou incapacité de longue durée vers des thérapies non-médicamenteuses, évitant ainsi une dépendance aux psychotropes induite par la pression du retour à l'emploi?
5) Le service public fédéral (SPF) Santé publique dispose-t-il d'indicateurs spécifiques permettant de mesurer l'impact des déterminants sociaux (logement, revenus, emploi) sur la durée de prescription des antidépresseurs? Le cas échéant, disposez-vous de données ventilées selon les différentes Régions du pays?
Le caractère transversal de cette question est indéniable: si la santé publique et l'assurance maladie relèvent du niveau fédéral, la médecine préventive et l'aide sociale incombent aux entités fédérées.