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Question écrite n° 8-411

de Anne Lambelin (PS) du 13 mars 2026

au vice-premier ministre et ministre des Affaires sociales et de la Santé publique, chargé de la Lutte contre la pauvreté

Officines pharmaceutiques - Nombre - Diminution en Belgique - Évolution - Répartition géographique - Implantation en «zones mal desservies» - Pérennisation - Mesures - Concertation avec les entités fédérées

Chronologie

13/3/2026Envoi question (Fin du délai de réponse: 16/4/2026)

Question n° 8-411 du 13 mars 2026 : (Question posée en français)

Le réseau officinal belge poursuit sa mutation, dans un contexte de contraintes réglementaires accrues, de pressions économiques persistantes et d'évolutions démographiques contrastées. Les données les plus récentes issues du «Livre blanc» de la société d'étude de marchés Sirius Insight consacré au secteur pharmaceutique confirment une tendance de fond: la diminution progressive du nombre de pharmacies, avec des écarts régionaux significatifs et une recomposition structurelle du maillage territorial.

En 2026, la Belgique compte 4 873 pharmacies, dont 4 581 accessibles au public – soit 77 de moins qu'en 2025 – et 292 temporairement fermées, un chiffre en légère baisse par rapport à l'année précédente. Le ratio national s'établit à environ 4 pharmacies pour 10 000 habitants. Selon Karolien Sottiaux, chief operating officer (COO, directeur d'exploitation) de Sirius Insight, l'accélération observée depuis 2024 serait notamment liée à l'entrée en vigueur de la nouvelle législation encadrant le transfert des officines.

Depuis 2020, 181 pharmacies ont définitivement cessé leurs activités. Plus de la moitié de ces fermetures (54 %) ont eu lieu en Wallonie, traduisant une vulnérabilité plus marquée de certains bassins de vie. Les disparités provinciales sont notables: 23 % des fermetures définitives sont concentrées dans la province de Liège, contre à peine 2 % dans le Limbourg. Après Liège (-41 officines), les provinces les plus touchées sont le Hainaut (-35) et Anvers (-26).

Parallèlement, 292 pharmacies sont actuellement temporairement fermées. Près d'une sur deux se situe en Wallonie (49 %), proportion en léger recul par rapport à 2025. Le Hainaut en recense 68, Bruxelles 55 et Liège 49. À elle seule, la province du Hainaut concentre 24 % des fermetures temporaires, contre seulement 1 % dans le Brabant wallon.

Les mouvements observés au sein du secteur traduisent une logique d'adaptation prudente. Depuis 2023, les demandes de fusion et de transfert ont diminué de 34 %. Parmi les dossiers introduits, 57 % concernent des transferts de proximité, 19 % des fusions, 14 % des transferts assortis de la fermeture d'une officine et 10 % des implantations dans des zones insuffisamment couvertes. Dans près de trois quarts des cas (73 %), les transferts s'opèrent dans un rayon inférieur à 100 mètres, illustrant la volonté des titulaires de sécuriser leur patientèle et de limiter les risques commerciaux.

En 2026, 6,2 % du territoire national reste soumis à un régime de zone de protection, restreignant les possibilités d'implantation. Ce pourcentage diminue légèrement, mais continue d'influencer l'organisation territoriale de l'offre pharmaceutique.

Au-delà des chiffres, ces évolutions interrogent la viabilité économique de certaines officines, en particulier dans les zones rurales ou à faible densité. Plusieurs régions présentent un potentiel de marché jugé insuffisant pour garantir à la fois la pérennité des structures et une couverture optimale de la population. Dans ce contexte, tant les pharmacies indépendantes que les groupements sont amenés à repenser leur positionnement stratégique et leur rôle dans l'écosystème des soins.

À l'international, on observe le développement de modèles davantage intégrés, favorisant la collaboration entre professionnels de santé au sein de pôles structurés. La Belgique amorce également une réflexion en ce sens, notamment dans une perspective de soins de première ligne renforcés, d'accessibilité accrue et de rationalisation des ressources.

Dans une approche transversale, cette problématique dépasse le seul cadre de la politique pharmaceutique. Elle touche à l'aménagement du territoire, à l'égalité d'accès aux soins, au maintien de services de proximité, à l'attractivité des professions de santé et à la cohésion sociale, en particulier dans les zones fragilisées. Elle interpelle à la fois les compétences fédérales en matière de santé publique, de réglementation des professions et de sécurité sociale, ainsi que les compétences régionales relatives au développement territorial et au soutien économique local.

Monsieur le Ministre, voici mes questions:

1) Pouvez-vous fournir, pour les dix dernières années, le nombre exact de pharmacies ouvertes au public, temporairement fermées et définitivement fermées, ventilé par Région et par province?

2) Pouvez-vous communiquer le nombre de communes ne disposant plus d'aucune pharmacie sur leur territoire, ainsi que le nombre de communes où une seule officine reste en activité? Des statistiques sont-elles disponibles quant à l'évolution de la distance moyenne parcourue par les patients pour accéder à une pharmacie, notamment dans les zones rurales?

3) Une évaluation différenciée par Région et par province a-t-elle été réalisée afin d'identifier les zones présentant un risque accru de désertification pharmaceutique?

4) Combien de demandes d'implantation en zones dites «mal desservies» ont été introduites, acceptées ou refusées depuis 2023?

5) Quelles mesures spécifiques sont envisagées pour soutenir la pérennité des pharmacies en zones rurales ou peu densément peuplées où la viabilité économique est remise en question? Comment les autorités entendent-elles garantir une accessibilité équitable aux soins pharmaceutiques dans les territoires où le potentiel économique ne permet plus d'assurer la viabilité des officines?

6) Une concertation structurelle est-elle envisagée entre l'État fédéral et les entités fédérées afin d'articuler politique de santé, aménagement du territoire et maintien des services de proximité?