Dépendance au tabac - Prise en charge - Renforcement - Aides à l'arrêt du tabac - Accès et remboursement - Professionnels de santé - Formations obligatoires - Coordination interdisciplinaire
tabagisme
politique de la santé
prévention des maladies
| 23/12/2025 | Envoi question (Fin du délai de réponse: 22/1/2026) |
| 12/5/2026 | Réponse |
Une enquête menée par la Fondation contre le cancer et le service public fédéral (SPF) Santé publique, qui a recueilli les réponses de plus de dix-huit mille professionnels de santé, met en évidence des lacunes importantes dans la prise en charge de la dépendance au tabac en Belgique.
Selon cette étude, la dépendance au tabac n'est pas suffisamment intégrée aux parcours de soins; un accompagnement structuré est pourtant essentiel pour réussir un sevrage.
En effet, seulement 21 % des professionnels interrogés déclarent jouer un rôle proactif pour inciter les patients à arrêter de fumer. Parmi eux, seuls 13 % donnent des conseils concrets, 12 % orientent vers des outils ou spécialistes, et seulement 4 % proposent des aides pharmacologiques ou un plan d'action structuré.
Malgré les efforts de prévention en cours, plus de neuf mille décès liés au tabac surviennent encore chaque année en Belgique, et la majorité des fumeurs commencent avant l'âge de vingt-et-un ans.
Dans ce contexte, et en lien avec les objectifs de la stratégie interfédérale visant une génération sans tabac, permettez-moi de vous poser les questions suivantes:
1) Quelles mesures concrètes le gouvernement fédéral entend-il mettre en œuvre pour renforcer systématiquement la prise en charge de la dépendance au tabac dans tous les parcours de soins, notamment chez les médecins généralistes, les infirmiers et autres soignants en première ligne?
2) Envisage-t-on d'améliorer l'accès et le remboursement des aides à l'arrêt du tabac (substituts nicotiniques, médicaments prescrits, interventions comportementales, programmes d'accompagnement, etc.), afin d'encourager un suivi structuré et non uniquement informatif?
3) Le gouvernement est-il prêt à déployer des formations obligatoires ou incitatives pour les professionnels de santé afin qu'ils intègrent systématiquement l'évaluation et la prise en charge de la dépendance tabagique dans leurs pratiques cliniques?
4) Enfin, quelles actions sont prévues pour renforcer la coordination interdisciplinaire (médecins, tabacologues, psychologues, mutualités) dans la prise en charge des personnes dépendantes au tabac, y compris en dehors des structures hospitalières?
Cette question écrite relève de la compétence du Sénat vu son caractère transversal. La santé publique est une matière fédérale et la politique de prévention relève des entités fédérées.
L’enquête qui a été menée conjointement par la Fondation contre le cancer et le service public fédéral (SPF) Santé publique met clairement en évidence la nécessité d’intégrer systématiquement la prise en charge du tabagisme et du vapotage dans l’ensemble des parcours de soins. La stratégie interfédérale 2022-2028 pour une génération sans tabac vise à la fois à réduire la prévalence du tabagisme chez les jeunes afin de parvenir à une génération sans tabac, et à réduire considérablement la prévalence du tabagisme au sein de la population en général. Elle prévoit des mesures pour limiter l’accès et la visibilité du tabac et des cigarettes électroniques, créer davantage d’espaces non-fumeurs et renforcer l’aide au sevrage tabagique dans les soins de santé. Au sein de la cellule générale de Politique drogues, un groupe de travail a été mis sur pied dans le but d’évaluer la stratégie interfédérale pour une génération sans tabac et de l’ajuster si nécessaire.
Un nouveau projet pilote «Programme d’accompagnement au sevrage tabagique en hôpital général» a été mis en place en décembre 2025. Il vise à intégrer de manière systématique la prise en charge du tabagisme – incluant l’usage de la cigarette électronique – dans les soins hospitaliers de routine. L’objectif est que chaque contact avec un patient fumeur hospitalisé devienne une opportunité d’aborder l’arrêt du tabac, de proposer une intervention brève, d’orienter vers un tabacologue si nécessaire et d’assurer la continuité du suivi après la sortie de l’hôpital. Plus concrètement, le projet poursuit trois objectifs principaux:
– former et sensibiliser le personnel de soins afin qu’il puisse identifier les patients fumeurs, mener des interventions brèves et connaître les aides au sevrage disponibles;
– structurer le parcours de soins en intégrant systématiquement la question de la consommation de tabac et de cigarettes électroniques dans l’anamnèse, en organisant un circuit de soins clair et structuré et en renforçant les collaborations internes et externes. Le projet renforce également la coordination entre les différents acteurs impliqués dans la prise en charge du tabagisme;
– renforcer les équipes hospitalières, notamment via le financement d’un coordinateur local et d’un soutien supplémentaire par des tabacologues, afin d’assurer une prise en charge cohérente et durable.
Pour la mise en œuvre de ce dispositif, douze hôpitaux ont été sélectionnés pour une période de trois ans. De plus, un coordinateur général est chargé d’harmoniser les actions menées dans l’ensemble des hôpitaux concernés. Il élaborera notamment une formation et une brochure communes, qui seront ensuite adaptées aux spécificités de chaque établissement. L’enveloppe totale allouée au projet s’élève à 2 280 000 euros (pour trois ans).
À ce jour, deux médicaments sont remboursés (sous conditions) en Belgique: la varénicline (Champix – après indisponibilité prolongée) et le bupropion (Zyban). Par ailleurs, il existe effectivement d’autres aides, telles que la TSN (traitements de substitution nicotinique), qui peuvent être utiles dans le cadre d’une tentative de sevrage, mais elles sont coûteuses par rapport au Champix et au bupropion. Afin de garantir une utilisation optimale des moyens limités et d’obtenir un maximum de bénéfices pour la santé, le Centre fédéral d’expertise des soins de santé (KCE) mène actuellement une étude de rentabilité. Je prendrai d’autres mesures en fonction des conclusions de cette étude.