VIH - Programmes américains de lutte - Arrêt des financements - Impact sanitaire et humanitaire - Programmes soutenus par la Belgique - Contribution - Renforcement - Financement d'urgence - Mécanisme européen ou mondial - Mise en place éventuelle
sida
prévention des maladies
Institut national d'assurance maladie-invalidité
sensibilisation du public
| 22/12/2025 | Envoi question (Fin du délai de réponse: 22/1/2026) |
| 23/1/2026 | Réponse |
L'arrêt du financement par l'administration américaine du président Donald Trump des programmes internationaux de lutte contre le VIH (virus de l'immunodéficience humaine) – notamment USAID (United States Agency for International Development, Agence des États-Unis pour le développement international) et PEPFAR (President's Emergency Plan for AIDS Relief) – fait craindre une recrudescence majeure de l'épidémie à l'échelle mondiale.
Selon le Programme commun des Nations unies sur le VIH/sida (ONUSIDA), cette interruption pourrait entraîner plus de 6 millions de nouvelles infections et 4,2 millions de décès en seulement quatre ans, ramenant la pandémie à des niveaux comparables au début des années 2000.
Les conséquences sont déjà visibles, particulièrement en Afrique de l'Est: en Ouganda, une clinique a détecté le VIH chez un quart des nouveau-nés, alors que la transmission mère-enfant avait presque disparu. À l'échelle du pays, la transmission périnatale a augmenté de 6,1 % à 8,4 % en six mois, illustrant l'impact direct du retrait des financements.
En Belgique, la situation est préoccupante: le nombre de nouveaux diagnostics positifs de VIH ne diminue plus depuis quatre ans, avec plus de 660 nouveaux cas l'an dernier, dont 50 % chez des personnes hétérosexuelles. Environ 20 000 personnes vivent actuellement avec le VIH dans le pays. Les autorités sanitaires (Sciensano) et les associations constatent un recul de l'utilisation du préservatif, une persistance des préjugés, un manque d'information et un insuffisant recours au dépistage, tous ces éléments affaiblissant la prévention.
La question que je souhaite soumettre s'inscrit donc dans une perspective transversale mobilisant à la fois les Affaires étrangères, la Coopération au développement, la Santé publique et, le cas échéant, nos représentations auprès des organisations internationales concernées (ONU, Organisation mondiale de la santé - OMS, Fonds mondial). Elle vise à obtenir des éclaircissements sur la position de la Belgique, les démarches engagées et la coordination éventuelle avec nos partenaires face à ces évolutions.
Et c'est donc dans cette optique que je souhaite interroger l'honorable ministre:
1) L'arrêt des financements américains (USAID et PEPFAR) risque d'entraîner une explosion mondiale des contaminations au VIH, notamment en Afrique. Le gouvernement belge envisage-t-il de renforcer sa contribution à la coopération internationale en matière de lutte contre le VIH afin de compenser partiellement ce retrait?
2) Avez-vous évalué l'impact sanitaire et humanitaire que cette réduction d'aides pourrait avoir sur les programmes soutenus ou cofinancés par la Belgique, en particulier dans les pays partenaires?
3) La Belgique compte-t-elle plaider au niveau européen ou onusien pour la mise en place d'un mécanisme de financement d'urgence destiné aux pays les plus touchés par la réduction des programmes américains?
Les conséquences de l’arrêt du financement de l’USAID (United States Agency for International Development, Agence des États-Unis pour le développement international) pour la réponse mondiale et locale au VIH (virus de l’immunodéficience humaine) ne doivent pas être sous-estimées, comme vous le soulignez. La coopération internationale belge a une longue histoire de soutien financier et politique à la réponse au VIH/SIDA – et à la santé mondiale en général. Malgré une réduction de 25 % des ressources opérationnelles de notre coopération au développement, en 2025 la Belgique a renouvelé son financement pluriannuel pour le Programme commun des Nations unies sur le VIH/sida (ONUSIDA), l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, tous les trois en première ligne impliqués dans la réponse mondiale au VIH. De plus, la Belgique a renouvelé sa contribution aux agences de l’Organisation des Nations unies (ONU) telles que le Fonds des Nations unies pour la population (FNUAP), le Fonds des Nations unies pour l’enfance (United Nations Children’s Emergency Fund – UNICEF), etc., qui jouent un rôle particulier dans la réduction des risques de transmission du VIH de mère à l’enfant. D’autres acteurs belges sont également actifs dans la riposte au VIH sur le terrain et en Belgique, parmi eux l’Institut de médecine tropicale.
Nous suivons de près les conséquences des coupes américaines sur les programmes internationaux, notamment via nos partenaires multilatéraux. En 2025, les coupes budgétaires américaines ont provoqué la plus forte contraction jamais enregistrée de l’aide humanitaire internationale. Cette réduction massive ne se limite pas à un problème de financement: elle s’accompagne d’un changement de narratif, privilégiant une approche centrée sur des interventions «vitales» et des critères politiques, au détriment d’une réponse fondée sur les besoins et les droits. Ce double impact – financier et normatif – fragilise les systèmes humanitaires, accroît la dépendance des crises prolongées à l’aide d’urgence et menace des secteurs essentiels comme la santé, la prévention et les services de soin du VIH.
Les analyses actuelles indiquent que les réductions de financement affectent surtout les mécanismes globaux et les pays en crise prolongée, avec un risque accru pour les services de prévention et de traitement du VIH.
La Belgique a engagé un dialogue avec ses partenaires pour identifier les impacts sur les programmes cofinancés, en particulier dans nos pays partenaires. Nous travaillons à maintenir nos engagements et à renforcer la flexibilité des financements existants, notamment via des instruments comme les fonds communs par pays (Country-Based Pooled Funds – CBPF) et le Fonds central d’intervention d’urgence (Central Emergency Response Fund, CERF), afin de garantir la continuité des services essentiels.
En ce qui concerne votre troisième question, la Belgique, en tant que donateur flexible et principiel, soutient activement les discussions en cours dans le cadre du «humanitarian reset» et du «Grand Bargain», qui visent à renforcer les mécanismes collectifs de financement, notamment par une augmentation des ressources des fonds communs et du CERF. Nous plaidons, avec des partenaires européens et «like-minded», pour des solutions rapides et coordonnées, incluant des financements flexibles et anticipatoires, afin de répondre aux besoins les plus urgents. Le soutien financier apporté aux fonds communs est par ailleurs l’un des points d’action identifiés au niveau UE où, dans une optique «Team Europe», la Belgique et d’autres États membres «like-minded» peuvent faire la différence. La Belgique défend également une approche centrée sur les acteurs locaux et la protection des populations, conformément aux priorités définies par l’«Inter Agency Standing Committee».