Cancer du sein - Dépistage - Personnes de plus de septante ans - Inclusion - Mesures - Budget - Remboursement du dépistage - Campagnes de sensibilisation éventuelles
cancer
prévention des maladies
Centre fédéral d'expertise des soins de santé
sensibilisation du public
| 10/10/2025 | Envoi question (Fin du délai de réponse: 13/11/2025) |
| 30/1/2026 | Réponse |
En Belgique, le programme organisé dans le cadre du dépistage du cancer du sein invite toutes les femmes de cinquante à soixante neuf ans à effectuer une mammographie tous les deux ans, gratuitement et dans des unités agréées.
Au delà de cet âge, le dépistage n'est plus systématique, bien que les femmes puissent continuer à bénéficier d'un suivi individuel.
Les experts soulignent que les femmes de plus de septante ans représentent une part significative des nouveaux cas de cancer du sein et que le dépistage précoce peut améliorer les chances de guérison. Il est donc essentiel de reconsidérer les critères d'âge pour le dépistage et d'assurer un accès équitable à toutes les femmes, indépendamment de leur âge.
Le cancer du sein n'est en effet pas anecdotique chez les femmes plus âgées. Ainsi, en 2021, 11 319 cas de cancer du sein ont été diagnostiqués en Belgique, dont plus d'un tiers au delà de septante ans (3 939 cas). L'émergence de la maladie est donc loin d'être négligeable après septante ans.
Pour les femmes de plus de septante ans, le dépistage reste accessible mais il n'est pas automatique, il se fait plus rare. Tous les médecins ne l'encouragent plus d'emblée et les femmes ne bénéficient plus de la gratuité complète (les visites médicales et l'imagerie médicale restent partiellement remboursées). Et c'est là que le bât blesse. Absence d'incitants et de rappels systématiques, moins de remboursements, voilà deux éléments qui font chuter le dépistage au sein de la population concernée. À cela s'ajoutent des visites moins fréquentes chez le gynécologue. Et il faut aussi considérer la situation très particulière des femmes en maisons de retraite, où le personnel soignant est rarement formé à cette problématique (et a trop rarement le temps de s'en préoccuper).
Alors que la campagne «Octobre rose» bat son plein et que des auditions sur le cancer du sein vont débuter très prochainement au Sénat, je souhaitais poser les questions suivantes:
1) Quelles mesures concrètes le gouvernement fédéral compte t il prendre pour inclure les femmes de septante ans et plus dans le programme de dépistage du cancer du sein? Le cas échéant, quel budget va être consacré à cette extension du programme de dépistage? Quels remboursements supplémentaires sont prévus?
2) Quelles mesures de prévention et de sensibilisation le gouvernement fédéral, de concert avec les entités fédérées, entend il mettre en œuvre pour encourager le dépistage du cancer du sein chez les femmes de septante ans et plus, afin d'assurer une détection précoce et une prise en charge optimale? Des mesures ciblées sont-elles envisages à destination des maisons de repos?
La transversalité de cette thématique est évidente: la question relève de la compétence du Sénat. En effet, les entités fédérées sont responsables en matière de promotion de la santé et de prévention, tandis que la santé publique relève des compétences du niveau fédéral.
1) Pour le cancer du sein, les femmes âgées de cinquante à soixante-neuf ans sont invitées tous les deux ans à réaliser gratuitement une mammographie. Ce dépistage de masse du cancer du sein est organisé par les entités fédérées, et financé par l’Institut national d’assurance maladie-invalidité (INAMI), afin de détecter à un stade précoce d’éventuelles anomalies mammaires.
Les femmes de plus de septante ans ne sont pas systématiquement invitées dans le cadre du dépistage de population. Cette décision repose sur des considérations scientifiques et de santé économique. À partir de septante ans, les inconvénients potentiels du dépistage, tels que le surdiagnostic et le surtraitement, l’emportent souvent sur les avantages. Il existe en outre un manque de données scientifiques solides pour ce groupe d’âge, la plupart des études cliniques se concentrant sur les femmes de moins de septante ans. Le choix de cibler le dépistage de population sur la tranche d’âge de cinquante à soixante-neuf ans est conforme aux recommandations européennes. Les femmes de plus de septante ans peuvent toutefois toujours bénéficier d’une mammographie sur prescription de leur médecin, qui en évaluera la pertinence en fonction de leur état de santé individuel et de leurs facteurs de risque.
La mammographie réalisée dans le cadre d’un programme de dépistage organisé par les pouvoirs publics n’est imputable à l’assurance obligatoire soins de santé que pour les femmes âgées de cinquante à soixante-neuf ans (article 17, § 1er, 1°bis, de la nomenclature des soins de santé). Pour le reste de la population, l’exposition aux rayonnements est évitée, sauf en cas de justification médicale. Dans ces situations, la règle générale de la nomenclature s’applique, à savoir:
– article 17, § 1er, 1°: 450096–450100 – Mammographie par sein, y compris les éventuels clichés axillaires (quel que soit le nombre de clichés) – N 45;
– article 17bis, § 1er, A., 1.: 460132–460143 – Échographie uni- ou bilatérale des seins, y compris l’aisselle – N 30;
– article 17, § 1er, 11°bis: 459476–459480 – Examen NMR d’un ou des deux seins, au moins trois séquences, avec ou sans contraste, avec enregistrement sur support optique ou électromagnétique – N 300.
Lors de la détermination du groupe cible pour le dépistage, les avantages et inconvénients sont soigneusement évalués, les lignes directrices fondées sur les preuves consultées, et un choix politique opéré. Le dépistage de masse comporte en effet des risques importants. Les rayonnements liés à la mammographie peuvent eux-mêmes induire d’autres cancers. Les examens de dépistage génèrent en outre des résultats faussement positifs – entraînant des coûts inutiles et de l’anxiété pour la personne – ainsi que des résultats faussement négatifs, susceptibles d’entraîner un retard dans la prise en charge. De plus, le risque de cancer du sein n’est pas réparti de manière homogène au sein de la population.
La compétence visant à définir réglementairement les critères de détermination du groupe cible du dépistage relève des Communautés. En effet, la prévention fait partie de leurs compétences conformément à l’article 5, § 1er, I, 8°, de la loi spéciale du 8 août 1980 de réformes institutionnelles. Les lignes directrices européennes actuelles indiquent qu’une poursuite du dépistage dans le groupe d’âge septante à septante-quatre ans peut être envisagée, mais qu’elle doit être justifiée au regard de l’espérance de vie. Elles précisent également qu’une évaluation supplémentaire est nécessaire pour déterminer les avantages potentiels et les risques d’un élargissement de la tranche d’âge, ainsi qu’une analyse de la rentabilité. Ces dernières années, plusieurs mises à jour internationales recommandent d’étendre le dépistage à des groupes plus jeunes ou plus âgés, l’argument principal étant que cela permettrait de détecter davantage de cancers du sein à un stade précoce, améliorant ainsi le pronostic et réduisant le recours à des traitements lourds. Les risques associés – tels que les faux positifs et le surdiagnostic – ne doivent toutefois pas être sous-estimés.
Le Centre fédéral d’expertise des soins de santé (KCE) a, à ce titre, formulé plusieurs questions de recherche concernant les limites d’âge pour le dépistage organisé dans le cadre d’une étude «Health Technology Assessment». Cette étude en cours (Étude 2024-11 (HTA)) évalue l’efficacité clinique et le rapport coût-efficacité du dépistage actuel et d’une éventuelle extension. Le remboursement actuel des prestations de la nomenclature liées au dépistage du cancer du sein est aligné sur le protocole de dépistage existant. Aucun budget n’est actuellement prévu pour un élargissement de la catégorie d’âge.
La prochaine étape consiste à examiner les résultats de l’étude du KCE, afin de pouvoir prendre les décisions appropriées sur la base de preuves solides. Il est également essentiel de suivre les informations émergentes au niveau européen. L’étude clinique en cours «AgeX» au Royaume-Uni analyse l’élargissement de la tranche d’âge pour le dépistage, mais les premiers résultats concernant la mortalité par cancer du sein ne sont attendus qu’en 2026. D’autres études, telles que «WISDOM» et «MyPeBS» – auxquelles participent également des centres en Belgique – se concentrent sur des stratégies de dépistage basées sur le risque individuel.
Enfin, il convient de souligner que cette politique est suivie de près à la lumière des nouvelles données scientifiques. Si, à l’avenir, il apparaît que les bénéfices d’un dépistage systématique chez les femmes de plus de septante ans dépassent les risques, cette limite d’âge sera réévaluée et les lignes directrices adaptées en conséquence.
2) La prévention et le dépistage du cancer du sein en Belgique relèvent principalement des compétences des entités fédérées. Celles-ci sont responsables de l’organisation de la promotion de la santé, des campagnes de sensibilisation, du dépistage et de la collaboration avec les soins de première ligne. Le gouvernement fédéral joue un rôle complémentaire en fournissant le cadre général, la législation et les conditions structurelles permettant un mode de vie sain et une politique de prévention, notamment en matière d’alimentation, de tabac et d’alcool. Nous coordonnons et soutenons également des stratégies interfédérales, comme la stratégie interfédérale «Tobacco-Free Generation 2022-2028», qui vise à réduire de moitié le nombre de fumeurs quotidiens d’ici 2028, en vue d’une génération sans tabac en 2040.
La réduction des facteurs de risque tels que le tabagisme, la consommation excessive d’alcool et l’usage croissant des cigarettes électroniques et des vapes est essentielle. Une promotion structurelle de la santé, en particulier chez les jeunes et les groupes vulnérables, requiert également davantage d’attention.
En outre, le dépistage précoce demeure crucial. Bien que la Belgique dispose de programmes organisés de dépistage du cancer du sein, du col de l’utérus et du côlon, les taux de participation restent inférieurs aux objectifs européens. Il est nécessaire d’augmenter la participation à ces dépistages pour atteindre au minimum la moyenne européenne, afin de détecter davantage de cancers à un stade précoce et traitable. Ces questions ont fait l’objet de discussions dans le cadre du GTI Prévention et sont actuellement évoquées dans le cadre du Plan cancer à venir.
En effet, le nouveau Plan cancer, actuellement en préparation, constitue une occasion importante de rassembler et aligner ces efforts dans une stratégie tournée vers l’avenir. Ce plan mettra l’accent sur une meilleure prévention, un dépistage renforcé, un accès équitable aux traitements innovants et un soutien ciblé pour les personnes atteintes de cancer ou vivant après un cancer. Le cancer reste l’un des plus grands défis pour notre santé publique. Mais en continuant d’investir dans la prévention, le dépistage, l’innovation et les soins, la Belgique peut maintenir son rôle de pionnière en Europe – et surtout, faire une réelle différence dans la vie de dizaines de milliers de personnes.