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Question écrite n° 8-317

de Hasan Koyuncu (PS) du 18 septembre 2025

au vice-premier ministre et ministre des Affaires sociales et de la Santé publique, chargé de la Lutte contre la pauvreté

Coqueluche - Recrudescence - Lutte - Stratégies - Taux de vaccination - Chiffres - Enfants issus de l'immigration - Schéma vaccinal - Recul de la vaccination en Belgique - Raisons - Collaboration avec les entités fédérées

maladie des voies respiratoires
Unicef
Organisation mondiale de la santé
vaccination
sensibilisation du public
prévention des maladies
statistique officielle

Chronologie

18/9/2025Envoi question (Fin du délai de réponse: 23/10/2025)
1/12/2025Réponse

Question n° 8-317 du 18 septembre 2025 : (Question posée en français)

Le Fonds des Nations unies pour l'enfance (UNICEF) et l'Organisation mondiale de la santé (OMS) expriment une vive inquiétude concernant la baisse des taux de vaccination chez les enfants en Europe et en Asie centrale, notamment contre des maladies évitables comme la coqueluche. Selon les deux organisations, les taux de couverture vaccinale stagnent, voire diminuent dans les cinquante-trois pays de la région européenne de l'OMS, exposant ainsi un nombre croissant d'enfants à des maladies graves.

Entre 2019 et 2024, la couverture vaccinale pour la troisième dose du vaccin contre la diphtérie, le tétanos et la coqueluche (DTC) est passée de 95 % à 93 %. Cette baisse, bien que modeste en apparence, compromet l'immunité collective, qui nécessite au moins 95 % de couverture vaccinale pour prévenir les épidémies. Les conséquences sont déjà visibles. En 2024, près de trois cent mille cas de coqueluche ont été enregistrés dans la région européenne, soit plus de trois fois plus qu'en 2023. Un rebond inquiétant pour une maladie que la vaccination permet pourtant largement de contenir.

La Belgique n'échappe pas à cette tendance inquiétante. Le pays affiche également une baisse de la couverture vaccinale pour plusieurs vaccins infantiles, dont celui contre la coqueluche. Les chiffres du vaccin ROR (rougeole, oreillons, rubéole), qui partage les mêmes problématiques d'accès et d'adhésion, sont révélateurs: seulement 82 % des enfants en Belgique ont reçu la deuxième dose du vaccin ROR, loin des 95 % requis.

Selon le pédiatre David Tuerlinckx (Centre hospitalier universitaire de l'Université catholique de Louvain (CHU UCL) Namur), deux raisons principales expliquent cette baisse de couverture: la désinformation persistante et les perturbations liées à la pandémie de COVID-19.La désinformation reste un obstacle majeur, y compris les fausses croyances associant certains vaccins à des effets indésirables graves.

Dans les grandes villes comme Bruxelles, où la promiscuité est forte et où certains enfants issus de l'immigration n'ont pas reçu un schéma vaccinal complet avant leur arrivée, les risques de propagation sont accrus, notamment pour des maladies comme la coqueluche, très contagieuse chez les nourrissons.

Pour l'OMS aussi, cette flambée aurait pu être évitée. Le recul de la vaccination s'explique notamment par l'hésitation vaccinale amplifiée par la pandémie, les difficultés d'accès aux soins durant les confinements, et la circulation persistante de fausses informations.

«La vaccination est victime de son propre succès», estime Regina De Dominicis, directrice régionale de l'UNICEF pour l'Europe et l'Asie centrale. Le fait que les générations actuelles n'aient pas été confrontées directement aux conséquences graves de maladies comme la coqueluche alimente une certaine complaisance, laissant le champ libre à la désinformation.

Les deux organisations appellent donc les États – y compris la Belgique – à renforcer les systèmes de vaccination, à améliorer l'accès à l'information et à agir rapidement pour éviter une crise sanitaire évitable.

La transversalité de ce dossier est évidente: cette question relève de la compétence du Sénat. En effet, les entités fédérées sont responsables en matière de promotion de la santé et de prévention, tandis que la santé publique relève des compétences du niveau fédéral.

1) Au vu de cette hausse de cas, quelles sont les stratégies envisagées, notamment les pistes de prévention contre l'évolution de cette maladie auprès des adultes? Quels sont les objectifs de la Belgique en matière de couverture vaccinale contre la coqueluche d'ici 2026?

2) Pouvez-vous communiquer le taux de vaccination contre la coqueluche en Belgique ces cinq dernières années? Pouvez-vous également fournir une ventilation des chiffres par Région? Serait-il possible d'obtenir une ventilation des chiffres par âge et par sexe?

3) Existe-t-il un plan ciblé pour les enfants récemment arrivés sur le territoire belge n'ayant pas reçu de schéma vaccinal complet?

4) Disposez vous d'une analyse précise des causes du recul de la vaccination contre la coqueluche en Belgique?

5) Des contacts ont-ils été pris par votre département avec vos collègues des entités fédérées, notamment via la Conférence interministérielle de santé publique? Dans l'affirmative, quelles sont les pistes de réflexion qui ont été avancées dans ce cadre?

Réponse reçue le 1 décembre 2025 :

1) En 2023-2024, la Belgique a connu une épidémie de coqueluche, comme plusieurs autres pays européens (plus d’informations à ce sujet dans le Rapport annuel sur la surveillance de la coqueluche (https://www.sciensano.be/sites/default/files/kinkhoest-epidemiologie-jaarrapport-2024-fr.pdf) et le Rapport épidémique de la coqueluche 2024: janvier à juin 2024 (https://www.sciensano.be/sites/default/files/rapport_epidemique_de_la_coqueluche_janvier_a_juin_2024.pdf)). Cette forte augmentation peut probablement s’expliquer par la survenance cyclique de la coqueluche en raison d’une immunité en baisse dans la population ayant fait suite au contexte de la pandémie de COVID-19. Cette immunité en baisse est la conséquence des règles d’hygiène strictes appliquées durant la pandémie de la COVID-19, résultant aussi en une circulation faible de la coqueluche. Dès lors, le nombre de personnes vulnérables (immunité en baisse) est devenu beaucoup plus grand et donc aussi, le nombre de cas (voir ce rapport de l’European Centre for Disease Prevention and ControlECDC (https://www.ecdc.europa.eu/en/publications-data/increase-pertussis-cases-eueea) et l’article sur le Danemark «Pertussis epidemic in Denmark, August 2023 to February 2024», https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC11004589/). Depuis 2025, le nombre de cas a de nouveau diminué.

En Belgique, le schéma de vaccination de base consiste en un vaccin contre la coqueluche à l’âge de 8-12-16 semaines, de 15 mois et de 6 et 14 ans. Le Conseil supérieur de la santé recommande ensuite un rappel unique pour les adultes. Étant donné que pour la vaccination des adultes, seul un vaccin diphtérie-tétanos-coqueluche combiné est disponible et que l’avis du Conseil supérieur de la santé est de revacciner les adultes tous les dix ans contre le tétanos, cela revient dans la pratique à une dose de rappel tous les dix ans pour la coqueluche. De plus, la vaccination contre la coqueluche est recommandée lors de chaque grossesse depuis 2013, afin de protéger le nourrisson via les anticorps de la mère transmis via le placenta.

La coqueluche est une maladie très contagieuse et les jeunes nourrissons constituent le groupe le plus important risquant de développer une forme grave de la maladie après infection. De nombreuses infections chez les adolescents et les adultes se déroulent toutefois de façon bénigne ou peu symptomatique.

La vaccination contre la coqueluche a principalement pour but de protéger les jeunes nourrissons d’une maladie grave. Ce but est poursuivi en optimalisant la vaccination maternelle contre la coqueluche (couverture vaccinale en 2019: 64 % avec de grandes différences régionales – Flandre: 85 %, Wallonie: 39 %, Bruxelles: 31 %) et une couverture vaccinale restant élevée pour les vaccinations de base (couverture vaccinale en 2020 pour la troisième dose du vaccin DTP (diphtérie-tétanos-coqueluche-poliomyélite) – 97,5 %).

2) La couverture vaccinale est calculée sur la base d’échantillonnages périodiques réalisés par les différentes entités fédérées. La méthodologie et le calendrier sont différents d’une entité à l’autre. Plus d’informations à ce sujet dans le rapport sur la couverture vaccinale (https://www.sciensano.be/sites/default/files/vaccine_coverage_2020-21_fr_final.pdf). Sur la base des chiffres, une moyenne pondérée est calculée pour la Belgique.

Tableau 1: Couverture vaccinale (moyenne pondérée) en Belgique chez les enfants âgés de 18 à 24 mois pour la troisième et la quatrième dose du vaccin contre la coqueluche, basée sur les études régionales de couverture vaccinale réalisées entre 2012 et 2021.


2012

2015

2016

2019

2020

2021

Études sur les taux de vaccination régionaux

VL 2012

WL 2012

BL 2012

VL 2012

WL 2015

BL 2012

VL 2016

WL 2015

BL 2012

VL 2016

WL 2019

BL 2019

VL 2020

WL 2019

BL 2019

VL 2020

WL 2019

BL 2019

Vaccin et dose







DTP 3

98,9%

98,8%

97,8%

97,3%

97,5%

97,5%

DTP 4

91,9%

92,7%

92,7%

93,3%

93,9%

93,9%

Tableau 2: Couverture vaccinale à l’âge de 18 à 24 mois pour la troisième et la quatrième dose du vaccin contre la coqueluche et par Région de Belgique, basée sur les études régionales de couverture vaccinale réalisées entre 2012 et 2021

Vaccin et dose

Bruxelles 2012

Bruxelles 2019

Flandre 2012

Flandre 2016

Flandre 2020

Wallonie 2012

Wallonie 2015

Wallonie 2019

DTP 3

98,7%

97,4%

98,7%

97,0%

97,4%

99,2%

98,9%

97,7%

DTP 4

91,1%

92,6%

93,0%

93,0%

94,2%

90,4%

92,9%

94,0%

Les différentes entités fédérées planifient un nouvel échantillonnage en 2025 pour l’étude sur la couverture vaccinale.

3) Les entités fédérées, responsables de la vaccination, prévoient un schéma pour la vaccination de rattrapage. Selon l’âge de l’enfant, la vaccination de rattrapage sera effectuée via le médecin ou Kind&Gezin / centra voor leerlingenbegeleiding (CLB) (en Flandre) ou l’Office de la naissance et de l’enfance (ONE) / les centres psycho-médico-sociaux (CPMS) / les services de promotion de la santé à l’école (PSE) (en Wallonie).

4) Comme décrit au point 2, la couverture vaccinale en Belgique est basée sur des échantillonnages périodiques réalisés par les entités fédérées. Il est prévu de réaliser un nouvel échantillonnage en 2025, qui fournira des données récentes.

5) Le gouvernement fédéral reste en concertation avec les entités fédérées concernant les programmes de vaccination.