Cancer du poumon - Nombre de femmes atteintes - Chiffres - Évolution - Recrudescence chez les non-fumeurs - Causes - Identification - Campagnes de sensibilisation et de prévention - Perspective genrée - Dépistage ciblé - Mesures
sensibilisation du public
tabagisme
cancer
femme
statistique officielle
politique de la santé
pollution atmosphérique
| 10/7/2025 | Envoi question (Fin du délai de réponse: 14/8/2025) |
| 1/12/2025 | Réponse |
Il ressort des chiffres récents du registre belge du cancer («Belgian Cancer Registry», BCR), cités le mardi 8 juillet 2025 dans le quotidien «Het Laatste Nieuws», que de plus en plus de femmes sont atteintes du cancer des poumons, alors que le nombre de diagnostics recule pour les hommes.
Les chiffres montrent en effet que le risque de cancer du poumon (qui est l'un des cancers dont les chances de survie sont les moins favorables) a augmenté significativement chez les femmes au cours des dernières décennies. Ce cancer reste une maladie qui touche principalement les hommes, mais les écarts entre les deux groupes se réduisent.
L'idée que le cancer du poumon est exclusivement causé par le tabagisme est désormais dépassée. Comme l'explique le professeur et chirurgien pulmonaire Paul De Leyn (Universitair ziekenhuis (UZ) Leuven): «de plus en plus de gens qui n'ont jamais fumé de leur vie développent un cancer des poumons. (…) Il s'agit désormais de presque un patient sur cinq, et ce sont des de plus en plus souvent des femmes.»
D'autres facteurs, tels que la pollution atmosphérique ou encore les hormones, jouent très probablement aussi un rôle, même s'il n'existe pas encore de preuves tangibles à ce sujet.
Les médecins belges plaident pour un plan clair pour dépister les cancers du poumon plus tôt, comme c'est le cas pour le cancer du côlon.
Dans une optique de santé publique inclusive et équitable, il est essentiel de mieux comprendre les causes de la recrudescence du cancer du poumon (notamment chez les non-fumeurs), d'en analyser les particularités selon le genre des patients, et d'ajuster en conséquence les politiques sanitaires de prévention, de dépistage et de recherche.
Dans ce cadre:
1) Disposez-vous de données actualisées concernant l'évolution des cas de cancer du poumon en Belgique, notamment chez les non-fumeurs, avec une ventilation selon le genre et selon les Régions du pays?
2) Quels sont les mesures actuellement déployées à l'échelle nationale pour identifier les causes spécifiques de ces cancers chez les non-fumeurs, et en particulier chez les femmes?
3) Envisagez-vous de renforcer – avec les entités fédérées – les campagnes de sensibilisation et de prévention, notamment sur les risques liés à la pollution intérieure et extérieure, en intégrant une perspective genrée?
4) Enfin, quelles initiatives sont prévues pour mieux intégrer cette problématique dans les politiques de recherche en santé, et assurer un dépistage plus ciblé pour les groupes à risque, au-delà du critère du tabagisme?
La transversalité de cette thématique est évidente: la question relève de la compétence du Sénat. En effet, les entités fédérées sont responsables en matière de promotion de la santé et de prévention, tandis que la santé publique relève des compétences du niveau fédéral.
1) La Fondation registre du cancer (BCR) collecte des informations sur tous les nouveaux diagnostics de cancer en Belgique et dispose actuellement de chiffres au niveau national pour la période 2004-2023. Nous ne pouvons toutefois pas faire de distinction entre les fumeurs et les non-fumeurs car nous ne disposons pas de l’information sur le statut tabagique des personnes.
Au total, 9 487 nouveaux diagnostics de cancer du poumon ont été enregistrés en Belgique en 2023, dont 5 714 chez les hommes et 3 773 chez les femmes. Pour comparer les Régions, il est important de prendre en compte la taille de la population ainsi que la répartition par âge de la population. Cette dernière est très importante car le risque de cancer du poumon augmente fortement avec l’âge, ce qui peut être pris en compte en utilisant le taux d’incidence standardisés pour l’âge (ESR), comme le montre le tableau ci-dessous. Au cours de la période 2019-2023, le risque de diagnostic de cancer du poumon est le plus élevé en Région wallonne, tant chez les hommes (121/100 000 personnes-années) que chez les femmes (67/100 000 personnes-années). En Région de Bruxelles-Capitale et en Région flamande, il est de 101/100 000 chez les hommes. Pour les femmes, il est de 52/100 000 en Région de Bruxelles-Capitale et de 54/100 000 en Région flamande.
L’évolution de l’incidence du cancer du poumon est illustrée dans le graphique ci-dessous. Au cours des vingt dernières années, le risque de cancer du poumon a diminué en moyenne de -1,3 % par an chez les hommes. Cette diminution se produit dans les trois Régions et est légèrement plus prononcée en Flandre avec -1,6 % par an qu’en Wallonie (-0,9 % par an) et en Région de Bruxelles-Capitale (-0,8 % par an).
Chez les femmes, cependant, on observe une augmentation marquée du risque de cancer du poumon en Belgique, de 3,7 % par an en moyenne. Cette augmentation a été la plus prononcée au cours de la période 2004-2010 (5,4 % par an), mais elle s’est poursuivie au cours de la période 2010-2023 (3,2 % par an). L’augmentation de l’incidence du cancer du poumon chez les femmes au cours de cette période de vingt ans est présente à la fois en Région flamande (3,9 % par an), en Région wallonne (3,8 % par an) et – dans une moindre mesure – en Région de Bruxelles-Capitale (1,7 % par an).
Cancer du poumon: Nombre absolus et taux d’incidence standardisés selon l’âge en Belgique et par Région, 2019-2023
|
|
Hommes et femmes |
Hommes |
Femmes |
||||||
|
N |
ESR |
ESR IC95 % |
N |
ESR |
ESR IC95 % |
N |
ESR |
ESR IC95 % |
|
|
Belgique |
45 974 |
80,0 |
[79,2;80,7] |
28 336 |
107,4 |
[106,1;108,6] |
17 638 |
58,1 |
[57,3;59,0] |
|
Région flamande |
26 403 |
75,1 |
[74,1;76,0] |
16 568 |
100,9 |
[99,4;102,5] |
9 835 |
53,9 |
[52,8;54,9] |
|
Région wallonne |
16 372 |
90,6 |
[89,2;92,0] |
9 827 |
120,6 |
[118,2;123,0] |
6 545 |
67,4 |
[65,8;69,0] |
|
Région de Bruxelles-Capitale |
3 199 |
73,5 |
[70,9;76,0] |
1 941 |
101,3 |
[96,7;105,9] |
1 258 |
52,4 |
[49,5;55,3] |
ESR: taux d’incidence standardisés pour l’âge sur la population standard européenne en 2013 (N/100 000 personnes-années).

2) Le cancer du poumon est l’un des cancers les plus fréquents en Belgique et demeure la principale cause de mortalité liée au cancer. Dans l’écrasante majorité des cas, cette maladie est causée par la fumée de tabac. Selon les données du rapport no 379As du Centre fédéral d’expertise des soins de santé (KCE) intitulé «Dépistage du cancer du poumon chez les personnes à haut risque» (2023), le tabagisme est responsable d’environ 90 % des cas de cancer du poumon chez les hommes et de plus de 80 % chez les femmes, à l’échelle mondiale.
Cependant, le cancer du poumon peut également toucher des personnes qui n’ont jamais fumé. Ces formes de la maladie sont plus complexes et résulteraient probablement d’une combinaison de facteurs génétiques et environnementaux. Le rapport du KCE identifie plusieurs facteurs de risque chez les non-fumeurs, notamment: l’exposition à la pollution de l’air, à l’amiante, au radon, aux rayonnements, aux métaux lourds, aux maladies pulmonaires chroniques telles que la broncho-pneumopathie chronique obstructive (BPCO) ou la tuberculose, ainsi que les antécédents familiaux.
L’approche nationale actuelle met principalement l’accent sur la prévention du tabagisme et sur l’élaboration d’une stratégie de dépistage du cancer du poumon chez les personnes à risque accru, à savoir les (ex-)fumeurs. À ce jour, la Belgique ne dispose pas encore d’un programme de dépistage organisé de la population pour le cancer du poumon. Conformément à la recommandation du Conseil de l’Union européenne du 9 décembre 2022, une réflexion est en cours sur la manière dont un tel programme pourrait être mis en œuvre à l’avenir, avec une attention particulière pour la rentabilité, la stratification des risques et l’intégration du sevrage tabagique. Dans ce cadre, plusieurs projets pilotes sont en cours dans les différentes Régions du pays afin d’en évaluer la faisabilité.
Concernant plus spécifiquement l’identification des cas de cancer du poumon chez les non-fumeurs, et en particulier chez les femmes, il n’existe pour le moment aucun programme ou mandat de recherche spécifique à l’échelle nationale. Néanmoins, on observe une prise de conscience croissante de l’importance d’intégrer les différences de sexe et de profil de risque dans les futures initiatives de dépistage et de prévention du cancer. Le gouvernement fédéral soutient à cet égard les initiatives de Sciensano et du Registre belge du cancer, qui recueillent, analysent et diffusent des données épidémiologiques, notamment selon l’âge, le sexe et la répartition géographique. Ces données constituent une base essentielle pour l’élaboration de politiques futures.
Enfin, dans le cadre de l’amélioration de la lutte contre le cancer, un nouveau Plan Cancer 2026–2030 est en cours d’élaboration au niveau fédéral, et fait l’objet de discussions avec les entités fédérées. Ce plan vise à harmoniser les efforts de tous les acteurs dans la lutte contre le cancer en Belgique.
3) Il s’agit de compétences des entités fédérées qui sont plus à mêmes de répondre à cette question. Si la majorité des cas sont encore attribuables au tabagisme actif ou passif, la contribution non négligeable d’autres facteurs tels que la pollution environnementale suscite une attention croissante, en particulier chez les non-fumeurs et de plus en plus aussi chez les femmes. Dans ce contexte, une extension de l’approche préventive actuelle s’impose, allant au-delà de la prévention du tabagisme en intégrant les facteurs environnementaux et un regard différencié selon le genre.
Politique anti-tabac et exposition passive
Le Plan fédéral anti-tabac comprend un large éventail de mesures destinées à protéger tant les fumeurs que les non-fumeurs. Parmi celles-ci: l’exécution de la stratégie interfédérale contre le tabac, la hausse progressive des accises sur les produits du tabac, l’interdiction des fumoirs publics, l’élargissement de l’interdiction de fumer aux terrasses, l’interdiction des arômes dans les produits de vapotage, l’élargissement de l’usage des emballages neutres, ainsi que le soutien à l’arrêt du tabac.
Ces mesures ne ciblent pas uniquement les fumeurs. Elles contribuent également à la protection des non-fumeurs. L’exposition à la fumée secondaire est un facteur de risque reconnu pour le cancer du poumon, avec un impact disproportionné sur les femmes et les enfants.
Influences environnementales: pollution intérieure et extérieure
L’exposition à des polluants atmosphériques tels que les particules fines (PM2,5), les oxydes d’azote (NO₂), les composés organiques volatils ou encore des gaz naturels comme le radon est de plus en plus reconnue comme facteur de risque du cancer du poumon, en particulier chez les personnes n’ayant jamais fumé.
À ce jour, aucune campagne de sensibilisation d’envergure n’a été menée, que ce soit au niveau fédéral ou au niveau des entités fédérées, faisant explicitement le lien entre la pollution atmosphérique et la santé pulmonaire, et encore moins visant spécifiquement les femmes ou les non-fumeurs. Il existe toutefois divers plans d’action tant au niveau fédéral que régional visant à réduire les émissions de ou l’exposition à certaines de ces substances, mais principalement dans une perspective plus large de protection de l’environnement ou de santé publique.
4) Politique de dépistage du cancer du poumon en Belgique
À l’heure actuelle, la Belgique dispose de programmes de dépistage organisés pour trois types de cancer: le cancer du sein, du col de l’utérus et du côlon. Ces dépistages relèvent de la compétence des entités fédérées. Concernant le dépistage du le cancer du poumon, plusieurs projets pilotes sont en cours, principalement ciblés sur les personnes à haut risque en raison de leur tabagisme passé. Ces projets utilisent la tomodensitométrie à faible dose (low-dose CT), une technologie permettant de détecter le cancer du poumon à un stade précoce.
D’après les études du Centre fédéral d’expertise des soins de santé (KCE), un dépistage par tomodensitométrie à faible dose des groupes à haut risque permettrait de réduire la mortalité liée au cancer du poumon de 21 % en moyenne. Le KCE met toutefois en garde contre des effets indésirables potentiels, tels que le surdiagnostic, l’exposition aux radiations, et les conséquences psychologiques ou médicales d’interventions inutiles. C’est pourquoi le KCE recommande de limiter strictement le dépistage aux personnes présentant un risque accru clair, principalement des (ex-)fumeurs d’âge moyen ou avancé.
Dépistage au-delà du critère tabagique
Les stratégies de dépistage sont une compétence des entités fédérées.
Le ministre Vandenbroucke a souligné à plusieurs reprises dans ses interventions parlementaires et lors de réunions de commissions que le dépistage n’est justifié que si le risque individuel est suffisamment élevé. Le risque de surdiagnostic dans la population générale, et particulièrement chez les non-fumeurs, est actuellement considéré comme trop important pour justifier un dépistage élargi au-delà des groupes à risque classiques.
Des outils d’aide à la décision sont toutefois en cours de développement pour les médecins généralistes, afin d’estimer quels patients pourraient bénéficier d’un dépistage du cancer du poumon en fonction de leur profil de risque individuel. Ces outils visent avant tout les fumeurs et ex-fumeurs.