Drogues - Nouvelles substances psychoactives - Dangers pour la santé publique - Campagnes de prévention - Contenu et calendrier - Ressources - Système européen d'alerte et d'évaluation des menaces - Mise en place - Cathinones synthétiques - Lutte
stupéfiant
sensibilisation du public
trafic de stupéfiants
santé publique
| 30/6/2025 | Envoi question (Fin du délai de réponse: 31/7/2025) |
| 22/8/2025 | Réponse |
L'Agence de l'Union européenne sur les drogues (EUDA), inaugurée le 2 juillet 2024 en remplacement de l'Observatoire européen des drogues et des toxicomanies (OEDT), est basée à Lisbonne. Elle fournit des informations fiables et des alertes sur les drogues, évalue les risques, et soutient les politiques publiques de l'Union européenne (UE) en matière de drogues. Son travail repose sur quatre axes: anticiper, notifier, réagir et apprendre.
Selon le «European Drug Report 2025» publié le jeudi 5 juin 2025 par l'EUDA, la consommation de drogues en Europe connaît une évolution inquiétante, avec une forte augmentation des saisies et de la production de substances illicites, notamment les cathinones synthétiques et la cocaïne.
La cocaïne demeure l'une des drogues les plus utilisées dans la région, avec des records de saisies pour la septième année consécutive. En 2023, 419 tonnes ont été saisies dans vingt-neuf pays (les vingt-sept États membres de l'UE, la Norvège et la Turquie), contre 323 tonnes en 2022. La Belgique occupe la première place avec 123 tonnes interceptées, suivie par l'Espagne (118 tonnes) et les Pays-Bas (59 tonnes). Cette augmentation s'accompagne d'une plus grande disponibilité, notamment observée dans l'analyse des eaux usées, qui montre une hausse des résidus de cocaïne dans la moitié des villes européennes étudiées en 2023 et 2024. L'EUDA s'inquiète de l'anticipation nécessaire face à une demande potentiellement en hausse, étant donné que le délai moyen entre la première consommation et la recherche de traitement est d'environ treize ans.
Par ailleurs, l'utilisation de cathinones synthétiques, des stimulants similaires au khat, connaît une explosion. En deux ans, les saisies sont passées de 4,5 tonnes en 2021 à 37 tonnes en 2023. La croissance est également marquée par l'identification de 7 nouvelles substances de ce type par les systèmes européens d'information et d'alerte précoce (EWS), portant à 178 le nombre de cathinones synthétiques suivies. En 2023, 53 sites de production de cathinones ont été démantelés, principalement en Pologne. La production globale de drogues en Europe augmente, avec 250 sites de méthamphétamines, 93 d'amphétamines, 36 de MDMA (3,4-méthylènedioxy-N-méthylamphétamine) et 34 de cocaïne démantelés cette année-là.
Les autres tendances alarmantes incluent la prolifération des nouveaux opioïdes de synthèse, avec 88 apparaissant depuis 2009, souvent très puissants et présentant un risque accru d'intoxication et de décès. En 2023, 7 500 décès liés à l'usage de drogues ont été recensés en Europe, en légère hausse par rapport à 7 100 en 2022. La majorité de ces décès concerne des opioïdes combinés à d'autres substances, ce qui complique la prise en charge des victimes. La consommation simultanée de plusieurs drogues reste une source de préoccupation majeure pour la santé publique et la sécurité.
L'EUDA alerte également sur le risque de produits frelatés, comme des cannabinoïdes de synthèse vendus comme du cannabis, qui peuvent entraîner des intoxications graves. En juin 2024, par exemple, une trentaine de personnes en Hongrie ont été gravement intoxiquées après avoir ingéré des bonbons gélifiés contenant ces substances. La rapidité d'évolution du marché européen des drogues, influencée par la mondialisation, les avancées technologiques et l'instabilité géopolitique, complexifie la prévention et la lutte.
Pour faire face à ces enjeux, l'EUDA prévoit la mise en place d'un système européen d'alerte, d'un système d'évaluation des menaces pour la santé et la sécurité, ainsi qu'un réseau de laboratoires spécialisés. L'ancien directeur de l'EUDA, Alexis Goosdeel, insiste sur la nécessité de renforcer la surveillance, la prévention, le traitement et la réduction des risques, en adaptant les réponses aux réalités actuelles.
Face à ces tendances, l'Agence appelle à une action coordonnée au niveau européen pour maîtriser l'évolution de la production et de la consommation des drogues, afin de réduire les risques sanitaires et sécuritaires, et d'anticiper la demande croissante dans les années à venir.
La présente question écrite a un caractère transversal. Les drogues sont une matière communautaire transversale. L'autorité fédérale est compétente en matière de santé publique et les Communautés en matière de prévention. Le contrôle du trafic des produits illégaux est plutôt une matière fédérale.
Dans ce cadre, je souhaiterais poser les questions suivantes:
1) L'honorable ministre peut-il indiquer ce qu'il pense de l'«European Drug Report 2025» publié par l'EUDA?
2) Quelles initiatives prévoit-il de mettre en place, notamment en collaboration avec les Communautés, pour sensibiliser le public, en particulier les jeunes, aux risques liés à la consommation de nouvelles substances psychoactives telles que les opioïdes de synthèse, les cannabinoïdes de synthèse ou les cathinones synthétiques? Quelles campagnes de prévention ou autres mesures envisage-t-il d'adopter pour attirer l'attention des utilisateurs sur les dangers pour la santé publique? Peut-il fournir des précisions en ce qui concerne le contenu et le calendrier?
3) Quelles ressources supplémentaires sont mobilisées pour renforcer la prévention, la réduction des risques et le traitement des personnes dépendantes?
4) Quelles sont les actions concrètes du gouvernement pour soutenir la mise en place du système européen d'alerte et d'évaluation des menaces, tel que proposé par l'EUDA?
5) Se concerte-t-il régulièrement avec les Communautés sur la lutte conjointe contre les cathinones synthétiques? Peut-il nous communiquer les résultats de ces concertations?
1) Le rapport européen sur les drogues est un document important qui décrit les dernières informations sur la situation des drogues en Europe. La création de ce rapport est le résultat d’efforts considérables de la part de l’EUDA (European Union Drugs Agency) et de nombreux partenaires avec lesquels l’EUDA coopère. Notre pays a également grandement contribué à la production de ces connaissances au niveau européen par l’intermédiaire du point focal national belge. Ce rôle de point focal est assuré par l’unité Drogues, au sein du service d’Information sanitaire de Sciensano. L’unité Drogues joue également un rôle important au niveau national en collectant et en interprétant toutes les informations disponibles sur l’offre et la demande de drogues en Belgique. Ces informations sont précieuses pour le développement de la politique belge en matière de drogues. Je souscris donc au message du rapport européen sur la drogue, qui préconise de renforcer la surveillance, la prévention, le traitement et la réduction des risques en adaptant les réponses aux réalités actuelles. Ceci est une responsabilité interfédérale. La répression à l’égard des personnes qui consomment des drogues doit rester l’ultimum remedium, comme le préconise la stratégie interfédérale en matière de drogues 2024-2025. Compte tenu de l’importance du monitoring, j’ai inclus dans la déclaration de politique générale que l’accès et le partage des données pseudonymisées par les organismes compétents en matière de protection sociale, de santé publique, de justice, de police et de finances doivent être garantis à Sciensano afin d’assurer l’efficacité des politiques en matière de drogues. Pour bien comprendre les tendances en matière de production et d’utilisation de drogues dans le but de réduire les risques pour la santé et la sécurité, il est essentiel de mener des actions coordonnées en coopération avec tous les acteurs concernés au niveau national et européen.
2) Comme vous le soulignez, la prévention ne relève pas de mes compétences. Je ne peux donc m’associer aux campagnes de prévention élaborées par les entités fédérées. En revanche, la cellule générale de Politique drogues (CGPD), qui rassemble les représentants des ministres compétents pour les différents aspects de la politique en matière de drogues, est chargée de mettre à jour la stratégie interfédérale en matière de politique des drogues et de rédiger un plan d’action. Les drogues de synthèse, y compris les cathinones, feront l’objet d’une attention particulière. Il faut veiller à ne pas isoler une drogue illicite en particulier vu que le marché est en perpétuelle évolution. Bien évidemment, nous devons réagir aux alertes lancées par nos partenaires internationaux et se tenir prêts à y répondre mais nous ne devons pas non plus négliger toutes les nouvelles tendances émergentes.
3) En ce qui concerne les ressources, dès 2023, j’ai alloué des moyens supplémentaires à l’ensemble des réseaux «adultes» issus de la réforme de la santé mentale, afin de renforcer, de créer et de faciliter les trajectoires de soins pour les personnes présentant des problématiques psychiques et consommatrices de substances illicites. La finalité du projet est de réduire le traitement insuffisant (treatment gap) et d’augmenter l’offre de soins (capacité) pour les personnes ayant un diagnostic principal de trouble(s) mental(aux) grave(s) et/ou chronique(s) directement lié(s) à leur consommation de drogues illégales, en assurant une fonction de liaison et en renforçant le personnel des lits A. D’autres projets liés à cette réforme sont également en cours, tels que les soins psychologiques de première ligne ou les initiatives renforçant la collaboration entre les équipes mobiles de soins et les forces de police. Le service public fédéral (SPF) Santé publique a également proposé des formations sur les drogues illicites à destination des équipes mobile des réseaux santé mentale.
4) En Belgique, un système d’alerte sur les drogues existe déjà (le système d’alerte précoce en matière de drogues, BEWSD) et fait partie de l’unité Drogues au sein du service d’Information sanitaire de Sciensano. Le BEWSD collecte des analyses de laboratoire sur les nouvelles substances psychoactives, les drogues classiques et les médicaments découverts lors de saisies ou de collectes ou issus d’échantillons biologiques. L’extension vers un système d’alerte européen (European Drug Alert System, EDAS) qui ne prend pas uniquement en compte les substances psychoactives en circulation mais également les menaces et les incidents liés aux drogues est une conséquence logique de réflexions qui ont eu lieu également au sein du BEWSD. Ce système d’alerte pourrait être mis en place grâce à une triangulation des données du BEWSD avec d’autres données disponibles au sein de Sciensano. Étant donné que toutes les données disponibles sur les drogues en Belgique sont centralisées chez Sciensano, Sciensano est également en contact étroit avec l’EUDA pour permettre l’identification des menaces possibles en Belgique. L’élaboration de la méthodologie d’évaluation des menaces est en cours au sein de l’EUDA. Sciensano continue de suivre cela dans le cadre de son mandat comme point focal national belge.
5) L’unité Drogues du service d’Information sanitaire de Sciensano travaille en étroite collaboration avec les sous-points focaux, Eurotox et VAD (Vlaams Expertisecentrum alcohol en andere drugs), dans le cadre du mandat du point focal national belge. Cette coopération avec les différents acteurs compétents et les sous-points focaux est définie plus en détail dans le protocole d’accord Reitox. Plus spécifiquement, le système d’alerte précoce en matière de drogue organise des réunions de concertation mensuelles avec les sous-points focaux dans le but de suivre au plus près la situation en matière de drogue et les tendances émergentes et de renforcer la coopération. En cas de besoin, le ministre de la Santé en est informé. Par exemple, en 2022, une tendance croissante d’abus de flakka (une puissante cathinone synthétique) en Flandre a été examinée par Sciensano. En collaboration avec VAD, une session en ligne a été mise en place pour informer les personnes sur le terrain et fournir des outils pour la réduction des risques et le traitement. La question des e-cigarettes contenant des substances psychoactives a également été abordée à plusieurs reprises ces derniers temps, les sous-points focaux se sont tournés vers Sciensano pour mieux comprendre le phénomène et l’inclure dans leurs campagnes de prévention. Depuis l’année dernière, Sciensano, en collaboration avec VAD et Eurotox, organise également un webinaire destiné à faire le point sur la situation des drogues en Belgique pour toute personne concernée par la question des drogues.
Au cours de cette législature, les substances illicites seront abordées de manière approfondie, notamment dans le cadre des travaux de plusieurs groupes de la cellule générale de Politique drogues. Ces groupes traiteront, entre autres, de l’approche interfédérale de la politique des drogues dans les festivals, ainsi que de la coordination globale de la chaîne de consommation et de trafic de drogues illicites. Une politique efficace en matière de drogues nécessite en effet une approche résolument interfédérale.