Tarifs douaniers - Hausse - Guerre commerciale - Conséquences - Marchés d'exportation - Prévisions économiques - Marché de l'emploi
États-Unis
inflation
différend commercial
tarif douanier
pouvoir d'achat
| 16/5/2025 | Envoi question (Fin du délai de réponse: 19/6/2025) |
| 25/6/2025 | Réponse |
Aussi posée à : question écrite 8-188
Le 2 avril 2025, le président américain Donald Trump a annoncé une augmentation significative des droits de douane, qualifiée de «Jour de la libération». Cette décision a suscité des inquiétudes tant aux États-Unis qu'en Europe, notamment en Belgique, où les conséquences pourraient être sévères. La hausse des droits de douane pourrait entraîner une baisse de la production de richesses en Belgique de 1 à 2 %, affectant des secteurs clés comme la pharma, la chimie et les métaux, ainsi que le marché du travail avec des milliers de pertes d'emplois.
Les réactions à cette annonce incluent une chute des marchés boursiers, une inflation relancée et des manifestations. Les entreprises et les économistes craignent que la hausse des tarifs douaniers, allant jusqu'à 20 % pour l'Union européenne (UE) et 34 % pour la Chine, entraîne une guerre commerciale, nuisant à l'économie mondiale.
La Belgique pourrait voir ses exportations vers les États-Unis, un marché crucial, diminuer. Les économistes estiment que la hausse des droits de douane pourrait impacter les prévisions économiques, réduisant la croissance et augmentant les tensions sur le marché de l'emploi
Les secteurs les plus touchés incluent le secteur pharmaceutique, qui représente environ deux tiers des exportations belges vers les États-Unis, ainsi que l'industrie automobile et chimique.
L'honorable ministre de l'Économie a évoqué un impact économique entre 5 et 6 milliards d'euros par an. Tandis que le Voka (la fédération patronale flamande) estime quant à elle que cela pourrait atteindre 12 milliards, soit 2 % du produit intérieur brut (PIB).
L'Union européenne, représentée par sa présidente, Mme von der Leyen, a déclaré qu'elle mettra en œuvre les actions nécessaires pour sauvegarder les intérêts économiques, ainsi que ceux des travailleurs, des entreprises et des consommateurs.
En ce qui concerne le caractère transversal de la question écrite: l'économie et l'exportation sont des domaines dont la compétence est partagée entre le niveau fédéral et celui des entités fédérées. Les questions qui suivent ont donc un caractère transversal.
Voici mes questions:
1) Quelles conséquences prévoyez-vous face à cette augmentation des barrières douanières?
2) Quelles sont vos prévisions concernant l'impact sur le pouvoir d'achat des Belges et sur l'inflation à court et moyen terme?
3) Existe-t-il des plans pour diversifier les marchés d'exportation afin de réduire la dépendance vis-à-vis des États-Unis?
4) Quelles actions concrètes l'Union européenne peut-elle entreprendre pour soutenir son économie, tout en protégeant également l'économie belge?
5) Comment le gouvernement compte-t-il soutenir les entreprises belges dans un contexte de guerre commerciale croissante?
6) Avez-vous échangé avec vos homologues belges et internationaux pour aborder les impacts de cette situation?
1) En ce qui concerne les annonces récentes et l’évolution des relations entre l’Union européenne (UE) et les États-Unis, la situation est si volatile qu’il est difficile de l’évaluer.
S’agissant des droits de douane actuellement appliqués par les États-Unis, sur la base des analyses réalisées par mon administration, les mesures américaines entraîneraient une forte augmentation des droits de douane payés par nos entreprises. Sur la base des données commerciales pour 2024, ceux-ci devraient passer de 258 millions d’euros à 1 676 millions d’euros. Les mesures américaines touchent en effet 9,9 milliards d’euros de nos exportations vers les États-Unis, soit plus d’un tiers (36,2 %). Ces analyses servent de base à la prise de décision au niveau belge.
2) Les droits de douane imposés par le gouvernement américain rendent les produits importés plus chers et pourraient ainsi alimenter l’inflation aux États-Unis. Leur impact sur l’inflation belge est toutefois difficile à évaluer. Beaucoup dépendra de l’évolution du conflit commercial. Si celui-ci venait à s’intensifier et que l’Europe prenait des mesures d’ampleur similaire, cela aurait un impact sur les prix des produits importés et pourrait se répercuter sur l’inflation. À l’heure actuelle, il est toutefois difficile de prédire son évolution.
L’impact de ces droits à l’importation sur le pouvoir d’achat belge est difficile à évaluer. La situation actuelle est déjà source de grande incertitude, ce qui n’est évidemment pas favorable au climat des affaires et à la confiance des consommateurs.
3) Au niveau international, la diversification de nos chaînes d’approvisionnement et de nos marchés d’exportation est en effet essentielle. En misant sur la diversification, nous réduisons les dépendances stratégiques risquées et renforçons notre autonomie stratégique ouverte. Cela dépend de partenariats efficaces. Le réseau d’accords de libre-échange de l’UE comprend actuellement septante-six pays et représente près de la moitié du commerce de l’UE. Afin de diversifier davantage nos marchés d’exportation et de renforcer nos chaînes d’approvisionnement, la Commission européenne propose une nouvelle série de partenariats et négocie de nouveaux accords commerciaux. Nous soutenons cette approche au niveau belge.
4) Au niveau de l’UE, il est important de supprimer les obstacles au commerce dans le marché intérieur afin de renforcer la compétitivité de l’UE. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, s’entretient également avec les présidents-directeurs généraux (PDG) d’entreprises qui sont touchées en première ligne par les droits de douane américains, notamment dans les secteurs de l’acier et de l’automobile ou pour lesquelles une enquête est en cours aux États-Unis comme l’industrie pharmaceutique. En outre, je suis de très près la politique européenne et partage le même objectif de renforcement de la compétitivité de l’industrie européenne. Je continuerai de suivre avec intérêt les développements politiques européens, et en concertation avec les Régions, veillerai à défendre les intérêts économiques de notre pays dans les nouvelles mesures proposées par la Commission européenne.
5) Dans un contexte de guerre commerciale croissante, le gouvernement belge soutient les entreprises via deux axes principaux. D’une part, il agit au niveau européen en appuyant les instruments de défense commerciale (droits antidumping, mesures de rééquilibrage) afin de protéger les secteurs belges exposés à une concurrence déloyale. D’autre part, à l’échelle nationale, avec le premier ministre, nous déployons la stratégie «MAKE» 2025-2030, en concertation avec les Régions et les fédérations sectorielles. Ce plan vise à développer des mesures concrètes afin de renforcer durablement notre industrie et notre compétitivité.
6) Je partage l’avis de la Commission européenne selon lequel l’imposition de droits de douane et une éventuelle guerre commerciale ne profiteront ni à l’UE ni aux États-Unis. Je soutiens la stratégie de la Commission européenne visant à poursuivre le dialogue avec les États-Unis à tous les niveaux afin, d’une part, de tenter de convaincre le gouvernement américain de l’impact négatif des droits de douane et, d’autre part, de parvenir à un ensemble positif de mesures et de sujets sur lesquels l’UE et les États-Unis peuvent coopérer de manière constructive.
La Belgique ne peut pas changer les tarifs. Nous soutenons la Commission européenne dans la prise de mesures assertives, proportionnées et rapides visant à désamorcer la situation à moyen et long terme et à revenir rapidement à une normalisation des relations commerciales avec les États-Unis. En tant qu’État membre, nous avons demandé à la Commission européenne de retirer de la liste des contre-mesures de l’UE les produits pour lesquels les droits de douane majorés auraient un impact disproportionné sur la Belgique. La Commission européenne a donné suite à nos arguments économiques en faveur du retrait de ces produits de la liste.