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Question écrite n° 8-186

de Anne Lambelin (PS) du 16 mai 2025

au vice-premier ministre et ministre des Affaires étrangères, des Affaires européennes et de la Coopération au développement

États-Unis - Recherche scientifique - Pressions idéologiques - Liberté académique et scientifique - Rôle de la Belgique - Données cruciales hébergées aux États-Unis - Accès

université
États-Unis
recherche scientifique
personnel de la recherche
exode des compétences

Chronologie

16/5/2025Envoi question (Fin du délai de réponse: 19/6/2025)
11/6/2025Réponse

Question n° 8-186 du 16 mai 2025 : (Question posée en français)

L'élection de Donald Trump a engendré une série de pressions idéologiques sur la recherche scientifique, qui ne se limite pas aux États-Unis mais touche également des institutions universitaires en Europe, et en particulier en Belgique. Les universités belges, comme l'Université libre de Bruxelles (ULB) et l'Université catholique de Louvain (UCLouvain), font face à des réductions budgétaires et à la censure de sujets de recherche liés à l'environnement, à la santé publique et aux inégalités.

Les restrictions imposées par l'administration Trump affectent l'accès aux données cruciales hébergées aux États-Unis, ce qui pourrait compromettre des projets de recherche à l'UCLouvain et d'autres institutions. Les chercheurs européens craignent de devoir s'adapter à ces nouvelles exigences pour maintenir leurs collaborations, ce qui pourrait entraîner une forme de censure dans la recherche européenne.

Des tentatives d'influence directe sur les universités européennes, comme l'envoi d'un questionnaire intrusif par l'«United States Agency for International Development» (USAID, Agence des États-Unis pour le développement international), soulèvent des préoccupations éthiques. L'UCLouvain a réagi en dénonçant ces pratiques.

Face à la situation, les universités européennes, telles que la VUB et l'ULB, commencent à accueillir des chercheurs américains fuyant le climat hostile aux États-Unis. Ce phénomène inverse la tendance historique où des scientifiques quittaient l'Europe pour l'Amérique. Des postes postdoctoraux sont disponibles pour ces chercheurs, ce qui représente une opportunité pour les universités européennes.

Des voix, comme celle du professeur Peter Libby (est l'un des cardiologues les plus influents au monde. Professeur de médecine à la «Harvard Medical School», il a réalisé une brillante carrière de chercheur), appellent l'Europe à investir dans la science pour compenser les lacunes créées par les choix de l'administration Trump. Les avantages de l'investissement dans la recherche sont soulignés, allant au-delà de la santé publique à des bénéfices économiques.

Les compétences en matière de recherche scientifique, de prévention des maladies et de promotion de la santé sont morcelées entre le niveau fédéral et les entités fédérées. Les Communautés sont autonomes en matière d'enseignement, mais les exigences minimales pour la délivrance des diplômes restent une compétence de l'autorité fédérale. Les Communautés sont compétentes pour les matières personnalisables comme les soins de santé et de bien-être. La question porte donc sur une matière transversale dont la compétence est partagée avec les Communautés.

Voici mes questions:

1) Quel rôle la Belgique entend-elle jouer au niveau international pour défendre la liberté académique et scientifique face aux menaces de censure provenant des États-Unis?

2) Quelles mesures sont envisagées pour atténuer l'impact des politiques de l'administration Trump sur la recherche scientifique en Belgique et en Europe?

3) Que compte faire le gouvernement belge pour garantir l'accès aux données de recherche cruciales hébergées aux États-Unis, afin de ne pas compromettre les projets de recherche de nos institutions?

4) Comment prévoyez-vous de renforcer la collaboration entre les chercheurs européens et américains, malgré les restrictions imposées par l'administration Trump?

5) Quelle est votre position concernant un dialogue au sein de l'Union européenne sur les défis posés par les politiques américaines sur la recherche et l'innovation?

Réponse reçue le 11 juin 2025 :

Le désengagement des États-Unis du domaine de la recherche et de la coopération académique en Europe est une réalité que, tout comme vous, je ne peux que regretter.

Cette situation préoccupante a déjà fait l’objet d’échanges entre mes services et les communautés, en l’espèce Wallonie-Bruxelles International (WBI) et le Flanders Department of Foreign Affairs (FDFA) / Departement Kanselarij en Buitenlandse Zaken (DKBUZA), pour envisager des moyens d’y remédier voire, si possible et comme vous le mentionnez, d’en tirer profit.

Nos postes à l’étranger travaillent en effet régulièrement avec ces services pour y promouvoir l’excellence belge et attirer dans notre pays des étudiants, chercheurs et professeurs étrangers.

Étant donné qu’il s’agit d’un phénomène affectant l’ensemble de l’Union européenne (UE), un travail a aussi été engagé dans ce cadre, sous la houlette de la direction générale (DG) Recherche et innovation (RTD) de la Commission européenne.

Soyez assurée que, tant dans le cadre multilatéral que dans nos contacts bilatéraux, mes services et moi continuerons à plaider pour un respect des libertés académiques.

Pour ce qui est de vos autres questions cependant, elles relèvent toutes des compétences de service public fédéral de programmation Politique scientifique (SPP BELSPO) et des Communautés, et je ne saurais dès lors que renvoyer vers ces instances et leurs ministres responsables pour ce qui est d’y répondre.