Allergies saisonnières - Allergies polliniques - Personnes affectées - Évolution - Augmentation - Tranches d'âge touchées - Changement climatique - Effets potentiels
allergie
maladie des voies respiratoires
politique de la santé
statistique officielle
| 16/5/2025 | Envoi question (Fin du délai de réponse: 19/6/2025) |
| 19/6/2025 | Réponse |
Nicolas Bruffaerts, collaborateur scientifique au service de Mycologie et Aérobiologie de Sciensano a déclaré: «À l'avenir, nous nous attendons à ce que les allergies au pollen deviennent un problème de plus en plus important. (…) Les changements climatiques n'ont pas seulement des conséquences écologiques, ils posent également de nouveaux défis en matière de soins de santé.»
Ses travaux de recherche ont mis en évidence les effets du changement climatique sur l'augmentation de l'exposition aux pollens et sur l'évolution du calendrier des allergies saisonnières. Ces résultats découlent de l'analyse de plus de quarante ans de données de mesure des taux de pollen par le réseau «AirAllergy» de Sciensano.
Cette compétence est éminemment transversale: la santé relève en effet de plusieurs niveaux de pouvoir. Pour cette question qui touche l'ensemble de la population, plusieurs entités sont concernées. La Communauté française par exemple est compétente pour «les activités et services de médecine préventive destinés aux nourrissons, aux enfants, aux élèves et aux étudiants».
De manière plus générale, la Région wallonne ainsi que les trois Communautés sont compétentes en matière de médecine préventive pour les enfants et adolescents. Enfin, la santé publique demeure une compétence partagée distinctement entre les trois Régions. Le niveau fédéral dispose également d'un ministre en charge de la santé, notamment pour les matières qui touchent à la santé au travail.
Dès février 2025, le réseau national de surveillance aérobiologique «AirAllergy» de Sciensano a annoncé le début de la saison pollinique en Belgique, avec la libération des premiers pollens issus de l'aulne et du noisetier.
Le changement climatique entraîne un début de saison pollinique plus précoce, plus longue et plus intense, en augmentant la production de pollen par les arbres, ce qui aggrave les allergies. Les symptômes allergiques incluent des éternuements, des démangeaisons, des yeux rouges, un nez bouché, des difficultés respiratoires, et peuvent durer plusieurs semaines.
Voici mes questions:
1) Avez-vous observé une augmentation du nombre de personnes affectées par rapport aux années précédentes? Qu'en est-il des cas graves? Sont-ils en plus grand nombre?
2) Quelles sont les tranches d'âge les plus touchées par les allergies polliniques?
3) Quelles sont les principales différences observées dans la saison pollinique entre les années précédentes et cette année?
1) La prévalence des allergies au pollen est estimée entre 10 et 30 % de la population mondiale et entre 15 et 40 % de la population européenne. En Belgique, l’allergie serait devenue depuis peu la maladie chronique la plus fréquente. En particulier pour les pollens, on estime qu’au moins 15 % serait allergique aux pollens de graminées et au moins 10 % aux pollens des arbres tels que le bouleau, l’aulne et le noisetier.
Il est aujourd’hui largement admis que cette prévalence des allergies, y compris celles liées à des allergènes autres que les pollens, est en augmentation depuis plusieurs décennies, particulièrement dans les pays industrialisés et les zones urbaines. La Belgique n’échappe pas à cette tendance, bien que les indicateurs de santé sont souvent fragmentés entre régions, mutuelles, médecins généralistes et spécialistes. Ceci complique une collecte nationale cohérente, continue et centralisée des données pour permettre un suivi précis de la prévalence des maladies allergiques respiratoires pour tout type d’allergène. À cela s’ajoute le fait qu’une part importante des personnes atteintes, près de la moitié selon certaines études européennes, ne bénéficie d’aucun diagnostic formel permettant d’identifier le type d’allergène responsable des symptômes. L’absence d’un réseau dédié de médecins vigies spécialistes en allergologie constitue un frein à la surveillance épidémiologique fine de ces maladies, et la reconnaissance officielle de l’allergologie en tant que spécialité médicale fait toujours défaut en Belgique.
Néanmoins, les derniers résultats de l’Enquête nationale de santé menée par Sciensano, parus il y a quelques mois, montrent une augmentation progressive du nombre de personnes concernées par les allergies dans la cohorte de plus de quinze ans, en particulier sur cette dernière décennie. Cet indicateur, incluant la rhinite mais excluant l’asthme, est cohérent avec les résultats publiés en Europe et laisse à penser qu’une part importante de ces cas d’allergie pourrait être liée à l’exposition aux pollens.
Source: https://www.sciensano.be/fr/projets/enquete-de-sante
Concernant la gravité des cas, il est important de souligner que la rhinite allergique saisonnière, trop souvent considérée comme bénigne, peut évoluer vers des formes plus sérieuses comme l’asthme, notamment en l’absence de prise en charge précoce. En effet, selon la littérature scientifique, la plupart des patients asthmatiques souffrent de rhinite (allergique ou non allergique), alors que moins d’un tiers des patients souffrant de rhinite allergique ont un asthme associé à la rhinite. En Belgique, toujours selon le rapport de l’Enquête nationale de santé, la prévalence de l’asthme est passée de 5,8 % à 6,3 % entre 2018 et 2023-2024.
2) On peut développer une allergie à tout âge, cela dépend directement de l’exposition aux allergènes dans notre environnement. La sensibilisation se produit souvent dès le plus jeune âge, mais les symptômes peuvent n’apparaître que plus tard, notamment en cas d’exposition accrue à l’allergène concerné, et ils peuvent perdurer tout au long de la vie. Bien que le système immunitaire tende à devenir moins réactif avec l’âge, les personnes âgées peuvent tout de même développer des allergies, en particulier après un changement d’environnement les mettant en contact avec de nouveaux allergènes, tels que certains pollens.
En Belgique, l’impact des allergies en fonction de l’âge se manifeste notamment à travers divers indicateurs analysés par Sciensano:
Dans une étude mettant en relation l’exposition aux pollens et les entrées hospitalières pour asthme (source: https://doi.org/10.1186/s12940-018-0378-x). On y retrouve une association plus élevée pour les patients âgés de quinze à cinquante-neuf ans durant la saison pollinique des graminées, la plus importante en Belgique.
Dans une étude mettant en relation l’exposition aux pollens et la consommation de médicaments pour le traitement des allergies (source: https://doi.org/10.1007/s10393-016-1124-x). À nouveau, l’association la plus élevée a été observée pour les patients âgés de dix-neuf à soixante-quatre ans.
Dans la dernière Enquête nationale de santé 2023-2024 (source: https://www.sciensano.be/fr/projets/enquete-de-sante). On y rapporte qu’un quart de la population âgée de quinze ans et plus (25,3 %) souffre d’allergies. Chez les enfants et les adolescents jusqu’à quatorze ans, la prévalence est de 15,3 %. L’allergie au pollen est la plus courante, avec une prévalence de 5,9 % chez les enfants et les adolescents et de 14,0 % dans la population adulte.
3) La comparaison de la saison pollinique actuelle avec celles des années précédentes met en évidence plusieurs évolutions notables, à la fois sur le plan du calendrier pollinique et de l’intensité des émissions de pollen. Il est souvent avancé que le changement climatique serait la principale cause d’une saison des pollens plus longue, plus précoce et plus intense. Toutefois, la réalité scientifique est plus nuancée. De multiples facteurs influencent les saisons polliniques: les conditions climatiques bien sûr, mais aussi la pollution atmosphérique, l’urbanisation, les modifications de l’aménagement du territoire ou encore les îlots de chaleur urbains. Ces éléments n’affectent pas uniformément toutes les espèces végétales.
La saison 2025 a débuté dès janvier, avec la détection dans l’air du pollen de noisetier, rapidement suivi du pollen d’aulne. L’analyse des données sur les quatre dernières décennies montre que ces arbres ont tendance à émettre de plus en plus de pollen et à fleurir de plus en plus tôt, sans que la fin de floraison ne soit avancée pour autant. Il en résulte une période d’exposition plus longue aux pollens allergisants pour les personnes sensibles. Par ailleurs, la saison pollinique du bouleau, l’espèce d’arbre la plus allergisante, a elle aussi démarré plus précocement cette année par rapport à la moyenne des années précédentes. De plus, les périodes de floraison du noisetier, de l’aulne et du bouleau, qui appartiennent tous à la famille des bétulacées et provoquent fréquemment des réactions croisées, ont de plus en plus tendance à se chevaucher. Cette conjonction contribue à une saison pollinique quasiment continue entre janvier et le printemps, voire jusqu’en été en cas de polysensibilisation aux pollens de graminées.
Source: données 1982-2025, Sciensano (www.airallergy.be).
En ce qui concerne les graminées, la saison tend également à débuter plus tôt et à durer plus longtemps. Il s’agit d’ailleurs de la saison pollinique la plus longue en raison de la centaine d’espèces composant cette famille d’herbacées allergisantes. Toutefois, la production annuelle de pollen de graminées est restée relativement stable jusqu’à ces trois dernières années, où une inflexion à la hausse a été observée. Il reste néanmoins prématuré d’attribuer cette évolution uniquement au changement climatique. D’autres facteurs tels que les pratiques de gestion des bords de route, des prairies et des espaces verts (comme la campagne «Maai Mei Niet / En mai, tonte à l’arrêt»), pourraient aussi potentiellement jouer un rôle significatif. Des études complémentaires seraient nécessaires pour en déterminer les causes précises.
En conclusion, les données du réseau belge de surveillance aérobiologique (AirAllergy), analysées par Sciensano, confirment une tendance à un démarrage plus précoce et à une intensification de la production pollinique pour plusieurs espèces allergisantes.