Produits alimentaires à base de soja - Isoflavones - Effets - Études - Recommandations éventuelles aux citoyens - Campagnes d'information - Secteur agroalimentaire - Sensibilisation
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sensibilisation du public
| 17/4/2025 | Envoi question (Fin du délai de réponse: 22/5/2025) |
| 26/6/2025 | Réponse |
Les autorités sanitaires françaises ont récemment appelé à réduire les aliments à base de soja utilisés dans la restauration collective, sans pour autant vouloir diaboliser cet aliment. Sont concernés: les crèches, les écoles, les restaurants d'entreprises, les maisons de repos et de soins, les hôpitaux, etc., afin de cibler toutes les catégories d'âge et tous les groupes de population. Les autorités sanitaires ont aussi invité les acteurs de l'agroalimentaire à revoir les techniques de production et de transformation du soja, afin de réduire les teneurs en isoflavones de leurs produits.
En effet, l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (ANSES) a récemment mis en évidence les effets indésirables du soja en lien avec son utilisation alimentaire et de ses composants.
Les aliments à base de soja (desserts, yaourts, lait, steaks végétaux, tofu et surtout les biscuits apéritifs) contiennent en effet trop d'isoflavones, des substances végétales proches des hormones féminines aux effets potentiellement nocifs pour la santé.
Les isoflavones, contenus en grande quantité dans les produits à base de soja, sont des composés phytoœstrogènes qui peuvent avoir des effets similaires aux œstrogènes humains. Les autorités sanitaires françaises soulignent que des études ont examiné si une consommation excessive de soja pouvait perturber l'équilibre hormonal, notamment en lien avec la puberté, la fertilité ou les risques hormonodépendants (comme le cancer du sein).
Chez les enfants, l'ANSES indique qu'une consommation excessive de produits à base de soja, notamment le lait de soja, pourrait théoriquement perturber la fonction hormonale, bien que les données scientifiques ne soient pas toutes concluantes sur ce point.
Chez les femmes enceintes et allaitantes, la prudence est recommandée, bien qu'il n'y ait pas de consensus définitif sur des risques accrus avec la consommation modérée de soja.
Certaines recherches suggèrent en outre que les isoflavones du soja pourraient interférer avec la fonction thyroïdienne, en particulier chez les personnes ayant des antécédents de troubles de la thyroïde.
L'ANSES souligne que les effets sur la fonction thyroïdienne sont généralement peu significatifs avec une consommation modérée de soja, mais recommande aux personnes présentant des troubles thyroïdiens de consulter un professionnel de santé avant de consommer de grandes quantités de soja.
Par ailleurs, certaines études suggèrent que les isoflavones de soja peuvent interagir avec certains médicaments, notamment les anticoagulants ou les médicaments hormonaux. Les autorités sanitaires recommandent aux personnes sous traitement médicamenteux de consulter leur médecin avant de consommer régulièrement du soja.
Les aliments à base de soja sont de plus en plus populaires en Belgique, notamment dans le cadre d'une alimentation végétarienne ou végétalienne. Cependant, certaines préoccupations persistent concernant leurs effets sur la santé, en particulier en ce qui concerne les risques d'allergies, les effets hormonaux des isoflavones, leurs interactions avec la fonction thyroïdienne ou avec certains traitements médicamenteux.
1) Pouvez-vous nous éclairer sur la position du gouvernement fédéral concernant la sécurité de la consommation des produits à base de soja?
2) Le gouvernement fédéral a-t-il consulté des études et analyses sur le sujet? Le cas échéant, quelles sont les conclusions qui ont pu en être tirées?
3) Le gouvernement fédéral, de concert avec les entités fédérées, a-t-il eu des contacts avec les autorités sanitaires françaises pour un échange de bonnes pratiques en la matière?
4) Est-il envisagé de formuler des recommandations aux citoyens pour éviter d'éventuels effets indésirables, notamment chez les populations vulnérables comme les enfants, les femmes enceintes ou allaitantes, et les personnes présentant des troubles thyroïdiens?
5) Enfin, quelles actions sont entreprises pour informer le public sur les risques potentiels liés à une consommation excessive de soja, et quels sont les contrôles en place pour garantir la sécurité de ces produits sur le marché belge?
6) Est-il prévu de sensibiliser les acteurs belges de l'agroalimentaire à revoir leurs techniques de production et de transformation du soja, afin de réduire les teneurs en isoflavones des produits?
Ces questions revêtent un caractère transversal car la santé publique est une matière fédérale mais les aspects liés aux mesures de prévention relèvent notablement des compétences des entités fédérées.
1) Le service public fédéral Santé publique (SPF SP) établit la politique fédérale en matière de normes alimentaires. En ce qui concerne ce sujet, il se base notamment sur les dernières recommandations du Conseil supérieur de la santé (CSS): Avis du Conseil supérieur de la santé no 9445 – Alimentation végétarienne – Avril 2021. Dans son avis le soja est mentionné comme une source de protéines de qualité pour remplacer les protéines animales. L’avis souligne que les préparations à base de soja sont une source d’isoflavones, mais au moment de l’émission de l’avis, la littérature scientifique ne permettait pas de tirer des conclusions sans équivoque concernant l’effet de l’ingestion alimentaire de quantités importantes d’isoflavones sur la santé. Des effets positifs et négatifs sur la santé sont décrits. Selon le CSS, les végétariens et les végétaliens devraient être informés, par principe de précaution, qu’ils sont exposés à un apport plus élevé de phytoœstrogènes en raison de leurs choix alimentaires à base de soja. Le CSS recommande aux végétariens de demander l’avis d’un professionnel de la santé pour s’assurer que leurs habitudes alimentaires sont suffisamment nutritionnellement équilibrées. Ces recommandations s’appliquent en particulier aux femmes enceintes et allaitantes, aux nourrissons ou jeunes enfants de moins de trois ans et aux personnes âgées. Une nouvelle édition des recommandations nutritionnelles du CSS pour la population belge sera bientôt disponible. Elle contient des informations sur les isoflavones du soja qui ne modifient pas les recommandations de l’avis no 9445 précité.
2) Le suivi et l’analyse de cette opinion scientifique de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES) sur les valeurs toxicologiques de référence (VTR) pour les isoflavones, de même que des études scientifiques similaires sur ce sujet, font partie des missions du CSS. La publication de cette opinion de l’ANSES est trop récente (mars 2025) pour que le CSS ait déjà pu en tirer d’éventuelles conclusions.
Les valeurs toxicologiques de référence (VTR) établies par l’ANSES pour les isoflavones concerne également et en premier lieu l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) et les organes d’avis scientifiques compétents des États membres. Il serait en effet souhaitable que ces valeurs soient admises et reconnues par la communauté scientifique européenne et l’EFSA.
Une nouvelle édition des recommandations nutritionnelles du CSS pour la population belge sera bientôt disponible. Elle contient des informations sur les isoflavones du soja qui ne modifient pas les recommandations de l’avis no 9445 précité.
Le SPF SP a pris connaissance de cet avis de l’ANSES sur les isoflavones et il étudie les actions éventuelles à prendre sur le plan de la gestion des risques, de la recherche scientifique et de la communication, notamment vers le CSS pour les aspects scientifiques, les professionnels de la santé et les entités fédérées.
Les commentaires préliminaires du SPF Santé publique sont les suivants: les recommandations alimentaires récentes de l’ANSES, en ce qui concerne la consommation des produits végétaux contenant des isoflavones dans la restauration collective scolaire, sont fondées sur des estimations d’ingestion qui sont spécifiques à la France et qui sont comparées aux valeurs toxicologiques de référence (VTR) établies par l’ANSES. Il ne serait pas approprié de transposer purement et simplement ces recommandations au niveau belge – il n’existe actuellement aucune information objective permettant de démontrer que l’apport en isoflavones de la population française est comparable à celui de la population belge.
Dans l’hypothèse où le CSS considérerait que l’exposition alimentaire aux isoflavones serait problématique pour la santé de la population belge, ou pour certaines catégories de cette population – ce qui n’est actuellement pas le cas –, une étude d’ingestion devrait être menée en utilisant les données de l’enquête belge de consommation de 2022-2023 qui a été réalisée par Sciensano. Les données de consommation alimentaire de cette enquête seront disponibles pour la fin de l’année. De plus, il serait utile de confirmer les VTR de l’ANSES au niveau européen.
3) Des échanges de bonnes pratiques ont eu lieu en 2023 entre le SPF SP et les autorités sanitaires françaises concernant les recommandations et pratiques mises en place en France pour les enfants en bas âge et les femmes enceintes et allaitantes. En général, le SPF SP suit de près la politique alimentaire menée par les autres États membres via les réseaux et groupes de travail européens.
En 2023, le SPF SP a également consulté les autres États membres de l’Union européenne (UE) concernant spécifiquement des mesures visant les nourrissons et les jeunes enfants telles que: un âge minimum pour consommer des boissons à base de soja et/ou d’autres produits à base de soja, des recommandations spécifiques à l’attention des parents concernant les boissons à base de soja destinées aux jeunes enfants, des recommandations concernant l’étiquetage, une mise en garde concernant les isoflavones, des données sur l’exposition aux isoflavones dans le cadre de la recherche, sur la présence d’isoflavones dans les produits disponibles sur le marché, des données sur les sous-groupes de population qui consomment le plus fréquemment ces produits, des connaissances de moyens technologiques permettant de réduire la teneur en isoflavone des produits à base de soja (destinés aux jeunes enfants). Plusieurs États membres, où de tels produits sont commercialisés ont indiqué qu’ils ne disposaient pas de données spécifiques concernant l’exposition de isoflavones. En dehors de la France, à notre connaissance, aucun autre État membre n’impose de restrictions pour des groupes cibles spécifiques ou pour l’ensemble de la population, ni d’exigences en matière d’étiquetage.
4) Les consommateurs qui consomment des produits à base de soja en grande quantité devraient être sensibilisés au fait que leurs choix alimentaires les exposent à une quantité accrue d’isoflavones. Cependant, une communication à ce sujet devrait être suffisamment nuancée et précautionneuse de manière à éviter que les consommateurs ne se détournent de ces produits et se privent par conséquent de leurs bénéfices pour la santé. Lorsque les nouvelles recommandations nutritionnelles du CSS, concernant la population belge, seront disponibles, une communication adaptée pourra être envisagée.
En 2023, des échanges ont eu lieu entre le SPF SP et l’Office de la naissance et de l’enfance (ONE) et Kind & Gezin (K&G) pour discuter du risque potentiel de la consommation de produits à base de soja, notamment les laits de croissances à base de soja chez les enfants de moins de trois ans et les femmes enceintes ou allaitantes. K&G avait indiqué qu’elle n’avait pas de raison de décourager l’utilisation des produits à base de soja dans le régime alimentaire des jeunes enfants (au-dessus d’un an). L’ONE, consciente des incertitudes sanitaires liées à la consommation de soja en grande quantité avait indiqué, dans son guide de référence en matière d’alimentation destiné aux milieux d’accueil de la petite enfance, ne pas proposer de produits à base de soja dans les milieux d’accueil.
5) Comme dit précédemment, le SPF Santé publique étudie les actions éventuelles à prendre, y compris en matière de communication. Il pourrait envisager de faire une communication lorsque les nouvelles recommandations nutritionnelles du CSS seront disponibles.
Rappelons que les entités fédérées sont compétentes en matière de promotion de la santé par des habitudes alimentaires saines vis-à-vis des groupes cibles mentionnés (enfants, femmes enceintes, etc).
6) En 2023, le SPF Santé publique a consulté et sensibilisé, par principe de précaution, certains producteurs de produits à base de soja, sur la présence potentielle d’isoflavones, particulièrement dans des boissons pour enfants en bas âge, et sur les possibilités technologiques de réduction des isoflavones dans les boissons à base de soja pour jeunes enfants.
Il n’y a pas de solution simple car la teneur en isoflavones est liée à la teneur en protéines. Si la teneur en protéines est réduite, la quantité d’isoflavones est proportionnellement réduite. Des effets de réduction seraient obtenus pendant le processus naturel de trempage, de broyage et de filtration.
Pour les produits destinés à la population générale, le CSS n’indique pas la nécessité de réduire la teneur en isoflavones car les aliments à base de soja peuvent être consommés en toute sécurité dans le cadre d’une alimentation équilibrée. Pour les gros consommateurs de soja, tels que les adeptes du végétarisme, des mesures d’information et la consultation d’un professionnel de la santé peuvent suffire.