Consommation de gaz en Belgique - Baisse des températures - Impact - Différence avec les Pays-Bas
consommation d'énergie
gaz naturel
Pays-Bas
intempérie
| 18/10/2022 | Envoi question (Fin du délai de réponse: 17/11/2022) |
| 7/9/2023 | Rappel |
| 23/11/2023 | Réponse |
Justification du caractère transversal de la question écrite : la problématique de l'énergie constitue un défi commun à l'autorité fédérale et aux Régions.
La Commission européenne a pour ambition de réduire, entre le 1er août 2022 et le 31 mars 2023, la consommation de gaz en Europe de 15 % par rapport aux chiffres des années 2017-2021 sur la même période. La Belgique et les pays voisins semblaient initialement bien partis pour atteindre cet objectif.
La baisse des températures au cours de la deuxième moitié du mois de septembre 2022 a toutefois inversé cette tendance. Durant cette période, tant la Belgique que l'Allemagne et la France ont consommé plus que la moyenne des cinq dernières années. Les Pays-Bas sont toutefois parvenus à maintenir le rythme de réduction en diminuant leur consommation de gaz de 25 % en septembre, comme le révèle une analyse publiée dans le journal De Tijd du 4 octobre 2022.
Je souhaiterais dès lors vous poser les questions suivantes :
1) Comment expliquer la différence entre les Pays-Bas et la Belgique en ce qui concerne la consommation de gaz au cours de la deuxième moitié du mois de septembre 2022 ?
2) Dans quelle mesure la politique et l'engagement des Pays-Bas diffèrent-ils de ceux de la Belgique ?
3) Quels enseignements peut-on tirer des pratiques aux Pays-Bas lors des premiers froids ?
1) La différence observée en septembre 2022 s’explique en grande partie par les volumes de gaz consommés pour la production d’électricité. Le marché belge de l’électricité fait partie du marché européen interconnecté de l’électricité. Au cours des deux derniers hivers, la Belgique a exporté beaucoup plus d’électricité que les années précédentes, notamment en raison de la situation de l’électricité en France. La disponibilité du parc nucléaire français s’est détériorée en raison d’un plan de révision incertain et de la découverte de problèmes de corrosion. Depuis le 21 décembre 2021, la France est en état d’alerte précoce («early warning») en raison de la faible disponibilité historique de son parc de production nucléaire. Elle importe par conséquent beaucoup d’électricité, notamment de la Belgique. La disponibilité du nucléaire français devrait être faible durant pendant l’hiver prochain.
Une réduction de la consommation d’électricité en Belgique ne contribue à une réduction de la demande en gaz naturel chez nous qu’à condition qu’elle ne soit pas remplacée par une demande étrangère accrue. Le graphique ci-dessous montre l’évolution des flux nets d’importation d’électricité de juin 2021 à septembre 2023.

Le
5 août 2022, le règlement européen ((UE)
2022/1369) a été adopté pour réduire
volontairement la demande de gaz naturel de 15% sur la période
d’août 2022 à mars 2023 par rapport à la
consommation moyenne des cinq dernières années sur la
même période. Cet objectif se traduit pour la Belgique
en une consommation maximale d’environ 124 TWh au cours de
cette période en tenant compte des exemptions prévues
par le règlement et dont la Belgique peut bénéficier.
La Belgique a atteint son objectif avec une consommation d’environ
123 TWh de gaz naturel.

Le 30 mars 2023, l’objectif de réduction de la demande a été prolongé d’un an. Pour la période d’avril 2023 à août 2023 inclus, la Belgique a atteint une réduction de la demande de 15,4% par rapport à la moyenne 2017-2022: Suivi des objectifs européens concernant la consommation et le stockage de gaz naturel – service public fédéral (SPF) Économie (https://economie.fgov.be/fr/themes/energie/suivi-des-objectifs-europeens/suivi-des-objectifs-europeens-0).
Les graphiques ci-dessous comparent la consommation en gaz naturel par niveau de distribution (réseau de distribution, production d’électricité, autre industrie sur le réseau de transport) sur les deux périodes de réduction par rapport à leurs périodes de référence respectives sur base des données récoltées par Fluxys. Les données de Fluxys sont ici employées car la direction générale (DG) Énergie ne dispose pas de cette répartition par niveau de consommation. La consommation hors réseau (raccordements directs, gaz naturel liquéfié – GNL, etc.) est exclue de ces données Fluxys ce qui explique que ces données diffèrent légèrement de celles publiées par le SPF Économie sur son site internet.
Pour la première période de réduction de la demande (du 1er août 2022 au 31 mars 2023), par rapport à la moyenne de la même période du 1er août 2017 au 31 mars 2022, on observe ce qui suit:
– l’industrie sur le réseau de transport: -21% de consommation ;
– production d’électricité: -9% de consommation ;
– réseau de distribution: -17% de consommation.
Pour la deuxième période de réduction de la demande (du 1er avril 2023 au 30 septembre 2023), par rapport à la moyenne de la même période du 1er avril 2017 au 31 mars 2022, on observe ce qui suit:
– l’industrie sur le réseau de transport: -17% de consommation ;
– production d’électricité: -27% de consommation ;
– réseau de distribution: -9% de consommation.


Il convient de noter que les réseaux de distribution comprennent les secteurs résidentiel et tertiaire. Une part importante de la consommation dans ces secteurs est destinée au chauffage. Il est donc normal que la consommation ait moins baissé entre le 1er avril et le 30 septembre 2023.
Ces résultats montrent que notre demande en gaz naturel est dans une certaine mesure élastique. Cette réduction a notamment été menée par des prix élevés. Alors qu’une consommation de base doit être protégée, notamment par des mesures sociales pour permettre aux ménages de se chauffer, des campagnes de communication efficaces sont essentielles pour impliquer les citoyens et les entreprises.
2) Les autorités néerlandaise et belge ont pris des mesures similaires pour sensibiliser leurs entreprises et leurs ménages:
– https://www.jaiunimpact.be/ ;
– https://www.energywatchers.be/fr ;
– hps://zetookdeknopom.nl/ ;
– https://www.rijksoverheid.nl/onderwerpen/gas.
3) L’effet prix a également joué un rôle important. Les Pays-Bas ont probablement pu bénéficier d’un plus grand nombre de possibilités de «fuel switch» («fuel switch» avec les centrales au charbon) (voir: «Na Duitsland laat ook Nederland kolencentrales harder draaien om eventuele gastekorten op te vangen», VRT NWS: nieuws, https://www.vrt.be/vrtnws/nl/2022/06/20/nederland-steenkool/). Les Pays-Bas et la Belgique ont tous les deux atteint leurs objectifs de réduction.