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Belgische Senaat

Handelingen

DONDERDAG 26 MAART 2009 - NAMIDDAGVERGADERING

(Vervolg)

Mondelinge vraag van de heer Josy Dubié aan de eerste minister over «de verklaringen betreffende de versterking van onze militaire aanwezigheid in Afghanistan» (nr. 4-708)

De voorzitter. - De heer Etienne Schouppe, staatssecretaris voor Mobiliteit, toegevoegd aan de eerste minister, antwoordt.

M. Josy Dubié (Ecolo). - Le premier ministre a déclaré vendredi dernier, apparemment à la demande des États-Unis : « In Afghanistan I accept that new efforts are needed. I will try, before the NATO Summit on April 3 and 4, to decide on an additional contribution of a civilian military nature, on top of the efforts my country is already undertaking ». Qu'entend-on par effort complémentaire civilo-militaire ?

À nos yeux, cette décision est décevante et incompréhensible. En effet, elle représente une véritable fuite en avant au moment même où tous les experts militaires et le président Obama lui-même affirment qu'il n'y a pas de solution militaire à ce conflit et que la guerre ne peut pas être gagnée par les armes mais par la négociation.

La guerre sur place redouble de violence. Nous apprenons tous les jours que des soldats de la coalition occidentale sont tués. Les approvisionnements essentiels en vivres, munitions et équipements militaires à partir du Pakistan sont systématiquement attaqués par les insurgés menaçant nos troupes sur place d'asphyxie progressive. Les insurgés contrôlent, peu ou prou, près des deux tiers du territoire afghan. L'autorité du gouvernement Karzaï sur l'ensemble du pays est de plus en plus contestée et se réduit comme peau de chagrin.

Les sommes déboursées en dépenses militaires sont quatorze fois plus importantes que celles consacrées à la coopération au développement. En outre, cette coopération devient quasiment impossible à cause de la progression de l'insurrection qui exerce une menace mortelle sur tout projet de développement.

Dans le même temps, on ne voit se dessiner aucune stratégie de sortie de ce conflit qui dure depuis près de huit ans.

Monsieur le ministre, comment justifiez-vous votre décision d'envoyer une aide civilo-militaire ou des troupes supplémentaires sur ce théâtre d'opération ? Pourquoi avoir pris cette décision avant de la communiquer au parlement afin que nous puissions discuter de sa pertinence ? Quels seront le nombre, la mission et la localisation de ces nouveaux soldats éventuels ?

Quel est le coût actuel annuel et futur de ce rehaussement de notre engagement militaire ?

Quelle stratégie de sortie envisagez-vous, à court, moyen et long termes, pour mettre fin à ce conflit ?

M. Etienne Schouppe, secrétaire d'État à la Mobilité, adjoint au premier ministre. - Je vous lis la réponse du premier ministre.

La nature des propos qui me sont prêtés ne correspond pas vraiment à la réalité : il n'a pas été question d'un renforcement de notre contingent en Afghanistan ni d'ailleurs d'une quelconque décision à ce stade. Voici les propos exacts que j'ai tenus vendredi dernier au Brussels Forum : « Je vais essayer qu'une contribution complémentaire belge de nature civilo-militaire puisse être décidée avant le sommet de l'Otan prévu au début du mois d'avril. » La nature de cet effort était donc bien précisée : la connotation civile y figurait.

Sur le fond, je vais répéter ce que j'ai déclaré hier en commission à la Chambre. Il s'agit pour la Belgique de voir dans quelle mesure elle pourra participer à un effort supplémentaire de la communauté internationale. L'administration Obama appelle de ses voeux un effort collectif, sans pour autant vouloir dicter des actions précises à ses partenaires. Les États-Unis invitent à se mettre d'accord sur une approche commune. À chacun ensuite de participer aux efforts en fonction de ses possibilités propres.

La nouvelle approche se veut globale et intégrée : à côté des aspects de sécurité au sens propre, il faut aider l'Afghanistan à se prendre lui-même en charge en développant ses propres capacités. La priorité est à l'accompagnement du processus électoral en cours mais aussi à un mélange d'actions de nature civile et multisectorielle comprenant par exemple la formation des forces de police et de l'armée ou encore le développement d'infrastructures au bénéfice direct de la population. Le maître-mot est celui de l'afghanisation dans une perspective claire de stratégie de sortie à terme.

Un groupe de travail intercabinets se penche actuellement sur le dossier en préparation d'une discussion en conseil des ministres restreint.

M. Josy Dubié (Ecolo). - Dans sa réponse à une question posée à la Chambre, le premier ministre a dit : « Le maître-mot est celui de l'afghanisation dans une perspective claire de stratégie de sortie ».

Je rappelle au premier ministre le dicton attribué à Winston Churchill : ceux qui ne connaissent pas l'histoire sont condamnés à la revivre. L'afghanisation a en effet déjà eu lieu. En février 1989, j'étais sur place avec une équipe de la télévision belge comme correspondant de guerre. J'ai alors filmé le départ en bon ordre des forces soviétiques qui quittaient l'Afghanistan pour rentrer dans leur pays, en laissant sur place un régime communiste développé dans la stratégie de l'afghanisation. Les Afghans avaient effectivement une armée, une police et un régime stable, et Kaboul était calme.

Deux ou trois ans après le départ des Soviétiques, au moment où l'un des généraux communistes les plus cruels, le général Abdul Rachid Dostom, un Ouzbek, a changé de camp, le régime s'est effondré. Tout tabler sur l'afghanisation me semble dès lors extrêmement dangereux.

Je citerai un autre exemple historique, celui de la vietnamisation. Lorsque Nixon a voulu quitter le Vietnam, il a déversé des quantités considérables de matériel très sophistiqué sur le Sud-Vietnam en « vietnamisant » la guerre. J'étais également sur place en avril 1975. J'ai vu entrer des troupes, des va-nu-pieds, des hommes à vélo, des chars conduits par des soldats pieds nus qui ont écrasé l'armée la plus importante et la mieux équipée du monde. Ce n'est donc certainement pas une stratégie.

Le 8 mars, The New York Times a demandé à Obama si les États-Unis étaient en train de gagner la guerre en Afghanistan ; M. Obama a simplement répondu non. Il a précisé qu'il n'y avait pas de solution militaire en Afghanistan. Alors que faire ? Il faut négocier !

Ce matin, nous avons eu un débat très intéressant en commission avec l'ambassadeur de Belgique auprès de l'Otan, M. Van Daele. Il a admis que lorsqu'on considère la carte des incidents qui touchent à peu près 10% du pays, dans le sud et dans l'est, ces incidents correspondent exactement à la présence de l'ethnie pachtoune. Celle-ci représente 40% de la population et est aujourd'hui méprisée parce qu'elle n'est pas reconnue pour ce qu'elle est. Elle a toujours dirigé l'Afghanistan. Le président afghan Karzaï est un pachtoune mais il est considéré comme une marionnette, et tout le pouvoir se trouve aux mains des Tadjiks.

Le problème est donc fondamental. Il ne faut pas envoyer des soldats mais bien des diplomates, des ethnologues, des historiens, des interprètes. Il faut trouver une solution diplomatique à un problème qui ne se résoudra jamais par les armes.

Quelle que soit la contribution civilo-militaire que la Belgique envisage, c'est une erreur. Nous nous engageons dans la mauvaise voie. La seule piste est la discussion.

On dit que l'on se bat contre les talibans, mais c'est faux. On se bat contre des insurgés dont la plupart sont des pachtounes. Mais tous les pachtounes ne sont pas des talibans. Au contraire, de nombreux pachtounes n'acceptent pas d'être dominés par une autre ethnie. C'est avec ces gens qu'il faut discuter pour aboutir à un régime représentatif de l'ensemble des ethnies et des opinions dans ce pays.