1-203

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Sénat de Belgique

Belgische Senaat

Annales parlementaires

Parlementaire handelingen

SÉANCES DU JEUDI 2 JUILLET 1998

VERGADERINGEN VAN DONDERDAG 2 JULI 1998

(Vervolg-Suite)

QUESTION ORALE DE M. DESTEXHE AU VICE-PREMIER MINISTRE ET MINISTRE DE L'INTÉRIEUR SUR « L'HOOLIGANISME ET LES MATCHS DE FOOT »

MONDELINGE VRAAG VAN DE HEER DESTEXHE AAN DE VICE-EERSTE MINISTER EN MINISTER VAN BINNENLANDSE ZAKEN OVER « VOETBALWEDSTRIJDEN EN HOOLIGANS »

M. le président. ­ L'ordre du jour appelle la question orale de M. Destexhe.

La parole est à M. Destexhe.

M. Destexhe (PRL-FDF). ­ Monsieur le président, lors du match de football opposant la Tunisie à l'Angleterre, des actes de violence ont été commis par des hooligans. Certaines mesures avaient pourtant été prises : le préfet de région avait interdit la vente de boissons alcoolisées à partir de 16 heures 30 et demandé aux bars de fermer à 23 heures. Le comité organisateur de la Coupe du Monde avait demandé aux pays qualifiés de coopérer avec les Renseignements généraux et l'Angleterre avait notamment délégué ses propres policiers spécialisés qui n'ont pas le pouvoir d'intervention sur le territoire français, mais qui peuvent signaler tout problème aux policiers français.

Ces mesures n'ont apparemment pas été suffisantes et n'ont pas arrêté les hooligans qui ont, par exemple, pillé les supermarchés pour s'approvisionner en alcool. Il est en effet assez paradoxal d'interdire la vente d'alcool dans l'enceinte mais de l'autoriser dans les bars avoisinants ou dans les grandes surfaces.

Le ministre français de l'Intérieur a décidé de faire prendre des « mesures d'expulsion en urgence absolue » de supporters en cas de nouvelles violences.

Quelles sont les principales mesures que vous comptez prendre pour l'Euro 2000, monsieur le ministre ?

Qu'elles leçons tirez-vous de l'expérience française ?

Avez-vous déjà discuté de cette problématique avec le président de l'Union belge de football ?

M. le président. ­ La parole est à M. Tobback, vice-premier ministre.

M. Tobback, vice-premier ministre et ministre de l'Intérieur. ­ Monsieur le président, à l'heure actuelle il me paraît prématuré de tirer des leçons de l'expérience française. Mon département prendra contact avec les services français à l'issue de la compétition en vue de procéder, à tête reposée, à des debriefings communs et d'analyser les événements avec le recul nécessaire. Voici quinze jours, j'ai eu une entrevue avec M. Chevènement à Paris, à ce sujet entre autres.

Une première analyse superficielle révèle déjà plusieurs problèmes. Tout d'abord, une vente anarchique de billets entraîne des frustrations parmi les supporters et amène la présence sur les lieux de groupes potentiellement antagonistes à la recherche de billets disponibles sur le marché noir. Il s'agit là sans aucun doute d'une conséquence de la commercialisation à outrance de ce genre de compétition où, finalement, le sport ne compte plus.

Le deuxième problème est l'influence négative de la consommation exagérée d'alcool sur certains groupes de supporters.

Enfin, il y a la dispersion de supporters au comportement parfois provocateur, dans des zones urbaines où ils sont confrontés à des populations défavorisées éprouvant, entre autres, un certain sentiment d'exclusion.

Ces différents facteurs devront certainement être pris en compte dans l'organisation de l'Euro 2000.

Je compte aussi prendre différentes mesures en collaboration avec les autorités des Pays-Bas. À cet égard, j'ai déjà rencontré mon collègue, M. Dijkstal à Amsterdam. Les principales dispositions sont les suivantes. Il s'agit de l'imposition d'un système de billetterie impliquant une meilleure cohérence entre la demande et l'offre des billets; ceux-ci seront nominatifs et non transférables en vue de « désanonymiser » les spectateurs et de mieux les répartir dans le stade; la communication aux supporters des seuils de tolérance, notamment en ce qui concerne la consommation d'alcool et si nécessaire, l'utilisation des procédures d'arrestation administratives et d'expulsion des fauteurs de troubles; la surveillance des supporters par des policiers de leur pays d'origine; la mise en place d'une plate-forme informatisée et binationale d'information en vue de suivre les mouvements de supporters et de localiser les zones à risques : lieux de séjour, de transit, moyen de transport, etc.; le suivi des événements organisés en parallèle et susceptibles de drainer des groupes importants; la mise en oeuvre du projet de loi sur le football actuellement approuvé en commission de la Chambre, permettant des sanctions administratives rapides, voire immédiates; la sensibilisation en concertation avec mon collègue de la Justice, des parquets, en vue d'une réaction judiciaire ferme et rapide en cas d'infractions pénales; la spécification par arrêté royal des obligations essentielles des organisateurs en matière d'infrastructure, de stewarding, de billetterie, etc., dont le non-respect sera sanctionné sur le plan administratif.

L'Union belge de football a également été consultée par mon prédécesseur sur les projets en cours. Elle se verra d'ailleurs imposer par la loi des obligations de coordination et de soutien à l'égard des clubs. Pour ce qui est plus spécifiquement de l'organisation de l'Euro 2000, l'Union belge a tenté de transférer des responsabilités par la création d'une ASBL Belfoot 2000, elle-même représentée au sein de la fondation de droit néerlandais « Euro 2000 ». Il s'avère de ce fait que le rôle de l'Union belge dans la prise de décision est modeste. En réalité, les décisions sont préparées par la fondation Euro 2000 qui les soumet systématiquement à l'UEFA.

Lors de la réunion d'Amsterdam, j'ai fait savoir que j'étais opposé à une telle construction. Entre-temps, l'Union belge m'a transmis une déclaration selon laquelle elle prendrait à sa charge toutes les responsabilités en la matière.

En tout état de cause, des contacts mensuels ­ au moins ­ se tiennent entre les représentants des autorités et des forces de l'ordre des deux pays et les représentants de la fondation Euro 2000. Ces derniers participent aux groupes de travail sur la sécurité, susceptibles de les concerner, organisés au sein de la commission pour la sécurité de l'Euro 2000 de même qu'au sein du groupe de projet analogue créé aux Pays-Bas.

Je souhaite à présent formuler quelques commentaires personnels qui ne lient aucunement le gouvernement. Étant donné l'estimation de la France selon laquelle tout match nécessite la mobilisation de 5 000 policiers et étant donné que je me suis personnellement rendu à Amsterdam avec de hauts fonctionnaires, en 1998, afin de discuter de cette manifestation qui n'aura lieu qu'en 2000, je commence à me demander si ce jeu en vaut vraiment la chandelle, voire le candélabre, si l'on considère les proportions que prend cette affaire. Par ailleurs, je constate que le parlement des Pays-Bas vient d'adopter une motion par laquelle il serait préférable de limiter à quinze jours la durée de cette compétition. Le bourgmestre de Rotterdam avait d'ailleurs fait des déclarations dans le même sens.

Lors de la discussion relative à la billetterie qui était le seul point qui intéressait réellement le représentant de l'UEFA, ce dernier nous a demandé de faire imprimer la mention « non transférable » sur les billets tout en exigeant de pouvoir en vendre quatre par personne. Lorsque je lui ait dit que ce n'était pas possible, il a indiqué que c'était la Belgique qui avait posé sa candidature pour organiser cette compétition. Vous ne serez pas surpris d'apprendre que je lui ai répondu qu'en ce qui me concerne il pouvait se sentir totalement libre.

M. le président. ­ La parole est à M. Destexhe pour une réplique.

M. Destexhe (PRL-FDF). ­ Monsieur le président, pour savoir si le jeu en vaut vraiment la chandelle, il conviendrait d'avoir une discussion avec M. Dehaene qui a peut-être une opinion sur la question.

M. le président. ­ L'incident est clos.

Het incident is gesloten.