Questions et Réponses

Sénat de Belgique


Bulletin 2-26

SESSION DE 2000-2001

Questions posées par les Sénateurs et réponses données par les Ministres

(Fr.): Question posée en français - (N.): Question posée en néerlandais


Ministre de la Justice

Question nº 873 de M. Verreycken du 8 novembre 2000 (N.) :
Arabie Saoudite. ­ Programme pour le développement mondial de centres islamiques. ­ Situation en Belgique.

On a pu lire récemment dans les médias des informations concernant l'ouverture, en Argentine, d'un gigantesque complexe islamique qui pourrait contenir jusqu'à 1 500 croyants. Ce complexe a été financé par l'Arabie Saoudite qui a l'intention d'enraciner l'islam dans d'autres continents.

Cette évolution est inquiétant parce que l'Arabie Saoudite est un pays fondamentaliste qui interprète, comme on le sait les lois islamiques de manière particulièrement stricte.

Il est à remarquer que l'information en question mentionne aussi que le pays a un programme de quelque 900 milliards de francs pour construire, exploiter et entretenir, au niveau mondial, centres islamiques et mosquées. On peut s'attendre à ce qu'en échange, ce pays acquière une certaine influence dans les milieux islamiques à l'étranger.

On sait par ailleurs que certains services du ministre sont chargés de suivre le fondamentalisme.

C'est pourquoi je souhaiterais que l'honorable ministre réponde aux questions suivantes :

1. Ses services sont-ils au courant de ce programme de 900 milliards de francs qui permet à l'Arabie Saoudite de développer au niveau mondial des centres islamiques ?

2. Dans le passé, l'Arabie Saoudite a-t-elle soutenu financièrement la construction, l'entretien ou l'exploitation de centres islamiques ou de mosquées dans notre pays ? Dans l'affirmative, quels centres ou quelles mosquées ?

3. L'Arabie Saoudite accorde-t-elle actuellement une aide financière à la construction, l'entretien ou l'exploitation de centres islamiques ou de mosquées dans notre pays ? Dans l'affirmative, quels centres ou quelles mosquées ?

4. Des membres du personnel diplomatique consulaire de l'Arabie Saoudite dans notre pays sont-ils actifs dans des associations concernées par la construction, l'entretien ou l'exploitation d'un centre islamique ou d'une mosquée ? Dans l'affirmative, de quels centres ou de quelles mosquées s'agit-il ?

5. Des personnes qui sont directement ou indirectement au service du pouvoir en Arabie Saoudite exercent-elles des activités dans notre pays au sein d'associations concernées par la construction, l'entretien ou l'exploitation d'un centre islamique ou d'une mosquée ? Dans l'affirmative, de quels centres ou de quelles mosquées s'agit-il ?

6. Des personnes de nationalité saoudienne exercent-elles dans notre pays des activités au sein d'associations concernées par la construction, l'entretien ou l'exploitation d'un centre islamique ou d'une mosquée ? Dans l'affirmative, de quels centres ou de quelles mosquées s'agit-il ?

Réponse : 1. Le soutien, la défense et la propagation de l'islam sunnite est un des piliers de la politique extérieure du royaume d'Arabie Saoudite. Sur le plan religieux, cette politique se traduit entre autres par la fondation et le financement de mosquées et de centres islamiques.

On pourrait supposer, considérant la richesse du royaume, que les moyens financiers disponibles pour soutenir cette politique sont considérables. Cependant, il est difficile d'en évaluer le montant total, puisque leur origine est souvent incertaine. En effet, le soutien financier des divers projets passe à la fois directement par des interventions de l'État saoudien, et indirectement par des initiatives de personnes privées et d'organisations non gouvernementales.

2. Cette politique est menée dans le monde entier, et par conséquent aussi en Europe et en Belgique. La discrétion habituelle, liée, comme mentionné dans le point 1, à l'origine et montant souvent incertains du soutien indirect, ne permet pas une estimation exacte du nombre de maisons de prière islamiques en Belgique qui jouissent ou jouiraient d'un soutien saoudien (gouvernemental ou non). Cela concernerait toutefois à l'heure actuelle ou par le passé une dizaine de mosquées et/ou de centres islamiques.

L'exemple le plus évident est le Centre islamique et culturel de Belgique à Bruxelles, lequel est soutenu et par le gouvernementale saoudien, et par la Ligue islamique mondiale. La Ligue islamique mondiale est la principale organisation non gouvernementale islamique qui s'inscrit dans la politique saoudienne comme décrite ci-dessus.

Cet organisme, fondé en 1962, a pour but officiel de répandre la doctrine islamique et de défendre les intérêts des musulmans dans le monde entier. L'Arabie Saoudite occupe une position dominante dans les structures de la Ligue. Le bureau principal de la Ligue islamique mondiale se trouve à La Mecque, et son secrétaire général est traditionnellement de nationalité saoudienne.

3. Concernant le soutien financier destiné actuellement à l'entretien et à l'exploitation des mosquées et des centres islamiques, nous vous renvoyons au point 2.

4. L'ambassadeur du royaume d'Arabie Saoudite fait traditionnellement partie du comité directeur du Centre islamique et culturel de Belgique, comme les chefs de missions de quelques autres pays islamiques. L'implication d'autres membres du personnel diplomatique et consulaire saoudien dans l'édification, l'entretien ou l'exploitation d'un centre islamique ou d'une mosquée en Belgique n'est pas démontrée.

5. Le soutien financier accordé par l'Arabie Saoudite à certains centres islamiques et mosquées implique souvent une aide financière des responsables de ces organismes. Considérant la spécificité de cette problématique, abordée sous le point 2, il n'est guère possible de déterminer avec précision si les fonds reçus par ces individus proviennent des autorités saoudiennes ou bien de personnes privées.

6. À quelques exceptions près, la fonction d'imam-directeur du Centre islamique et culturel de Belgique est remplie par un ressortissant saoudien. À l'heure actuelle, c'est M. Abdulaziz Alyahya. L'implication d'autres ressortissants saoudiens dans la fondation, l'entretien ou l'exploitation de mosquées ou de centres islamiques sur le territoire belge, n'est pas démontrée.