1-42

1-42

1-42

Sénat de Belgique

Belgische Senaat

Annales parlementaires

Parlementaire handelingen

SÉANCE DU JEUDI 25 AVRIL 1996

VERGADERING VAN DONDERDAG 25 APRIL 1996

(Vervolg-Suite)

QUESTION ORALE DE MME LIZIN AU MINISTRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES SUR « LES SUITES DE CHARM EL-CHEIKH

MONDELINGE VRAAG VAN MEVROUW LIZIN AAN DE MINISTER VAN BUITENLANDSE ZAKEN OVER « DE GEVOLGEN VAN DE BIJEENKOMST TE SJARM EL-SJEIKH

M. le Président. ­ L'ordre du jour appelle la question orale de Mme Lizin au ministre des Affaires étrangères sur « les suites de Charm el-Cheikh ».

La parole est à Mme Lizin.

Mme Lizin (PS). ­ Monsieur le Président, l'information qui vient d'être confirmée par le ministre des Affaires étrangères montre que le Conseil national palestinien avait été bien préparé et que son attitude s'intégrait parfaitement dans les évolutions de la politique israélienne en faveur de la paix régionale.

Cela étant, le terrorisme est important dans cette zone : il y trouve l'essentiel de son financement et de son support politique. Nous avions déjà interrogé le ministre en mars dernier sur les suites de la réunion de Charm el-Cheikh tenue après les attentats suicides en Israël. À l'époque, j'avais suggéré au ministre ­ comme l'a d'ailleurs fait l'ambassadeur des États-Unis ­ que notre pays convoque les ambassadeurs des pays considérés comme des sanctuaires du terrorisme pour leur exprimer une position de désaveu.

Le ministre avait répondu que nous attendrions les résultats de la visite de la Troïka à Téhéran.

M. le Président. ­ Madame Lizin, je vous demande de bien vous en tenir à votre question.

Mme Lizin (PS). ­ Monsieur le Président, je pensais que l'information que vient de donner le ministre était importante et valait la peine d'être soulignée. J'en reviens donc au texte de ma question.

Nous savons que la Troïka s'es rendue à Téhéran et que les résultats de cette réunion ont été particulièrement faibles. Je demande dès lors à M. le ministre quelles sont les suites diplomatiques de cette visite. Quelles conclusions en tire-t-il ? Comment les Quinze analysent-ils leur position en ce qui concerne la lutte antiterroriste, compte tenu du peu d'effets de cette visite ?

Le ministre peut-il nous confirmer les résultats de l'entrevue de follow-up qui s'est tenue à Washington et nous donner le détail des réunions techniques qui ont eu lieu sur cette matière depuis la rencontre de Charm el-Cheikh ?

En ce qui concerne la situation au Liban, considère-t-il que la réunion de Charm el-Cheikh permettra enfin de clarifier l'attitude du Hezbollah dans la région du Liban sud et à Balbek ? Peut-on la considérer comme étant un des résultats de ce Sommet ?

M. le Président. ­ La parole est à M. Derycke, ministre.

M. Derycke, ministre des Affaires étrangères. ­ Monsieur le Président, pour rappel, la réunion ministérielle de Palerme du 10 mars 1996 prévoyait entre autres une visite de la Troïka à Téhéran afin d'inciter les Iraniens à modifier leur attitude dans le sens d'une condamnation explicite du terrorisme sous toutes ses formes, y compris les attentats terroristes en Israël.

Cette réaction européenne était principalement motivée par un communiqué de l'agence officielle iranienne qui qualifiait les attentats suicides en Israël de châtiments divins.

La Troïka s'est rendue à Téhéran les 2 et 3 avril derniers. L'atmosphère des échanges peut être qualifiée de constructive.

Dans une communication écrite non officielle, l'Iran condamne le terrorisme sous toutes ses formes et réaffirme son soutien aux aspirations du peuple palestinien qui souhaite la libération de sa patrie. L'Iran s'oppose aux actes de violence perpétrés contre les personnes innocentes, quelles qu'elles soient.

Il faut également mentionner la prise de position, début avril, du président Rafsandjani. À cette occasion, il prend publiquement ses distances par rapport au communiqué de l'Irna, l'agence officielle iranienne.

Pour toutes ces raisons, la Belgique et ses partenaires européens ont unanimement décidé, lors de la réunion du Conseil qui a eu lieu lundi, de maintenir un dialogue critique avec l'Iran.

La réunion de suivi de Charm el-Cheikh, au niveau des experts, a eu lieu à Washington, les 28 et 29 mars derniers. Y participaient, au niveau de l'Union, la Troïka et les membres européens du G7, à savoir la France, l'Allemagne et la Grande-Bretagne. C'est sur insistance européenne que cette réunion aborda, outre les aspects de la lutte contre le terrorisme, les mesures à mettre en oeuvre pour tenter d'améliorer la situation économique dans les territoires palestiniens, situation gravement compromise par le bouclage israélien. Au cours de cette réunion, il fut également décidé de tenir une réunion informelle du comité de liaison ad hoc à Bruxelles le 12 avril dernier.

Ce comité, chargé de coordonner l'aide aux Palestiniens, a examiné les possibilités d'accélérer le déboursement de l'aide internationale aux Palestiniens afin d'alléger les problèmes économiques graves auxquels les territoires palestiniens sont confrontés et d'aider à la création d'emplois à court terme.

Votre dernière question porte sur le point de savoir si la réunion de Charm el-Cheikh pourrait avoir une certaine influence sur les événements qui se déroulent actuellement au Liban. Personnellement, je le pense. Les Français, par l'intermédiaire du ministre de Charette, et les Américains travaillent d'ailleurs dans ce sens et manifestent la volonté de tenir compte des résultats de Charm el-Cheikh. Apparemment, les Iraniens exercent encore en effet une certaine influence sur le Hezbollah. Il est en tout cas possible ­ bien que cela ne soit pas prouvé ­ qu'une partie des missiles Katioucha proviennent d'Iran.

Dès lors, la poursuite de l'exercice de Charm el-Cheikh constitue le meilleur moyen pour essayer d'équilibrer la situation actuellement très difficile du Moyen-Orient. J'espère que l'attitude de la Belgique et de ses partenaires européens aboutira à l'instauration d'une paix durable.

M. le Président. ­ La parole est à Mme Lizin pour une réplique.

Mme Lizin (PS). ­ Monsieur le Président, nous avons tous ressenti péniblement la rebuffade dont M. de Charette a été victime. Je pense en effet que la volonté française concernant la situation du Liban est largement partagée par une grande partie de l'opinion européenne.

Je pense que le Liban est, contre la volonté de sa population, l'hôte du Hezbollah. Dans les conditions actuelles et compte tenu de la protection syrienne, il ne peut toutefois pas l'évacuer de son territoire.

La position française me paraît donc correcte en ce qui concerne la question du soutien au Liban. Les Quinze ont-ils tenu un débat sur l'attitude de M. Christopher et sur son refus de rencontrer M. de Charette et Mme Agnelli ?

J'étais en voyage au Moyen-Orient à ce moment et je puis vous affirmer que cette rebuffade a été extrêmement mal perçue. Le silence européen à cet égard est en outre ressenti comme un manque profond de fierté. J'aimerais donc entendre votre opinion à ce sujet.

M. le Président. ­ La parole est à M. Derycke, ministre.

M. Derycke, ministre des Affaires étrangères. ­ Monsieur le Président, nous avons évoqué la position française et l'attitude de M. de Charette, lequel était dûment mandaté par le président de la République. J'ai défendu cette thèse car, dans la situation actuelle, il serait impensable que l'Europe ­ et, en particulier, un de ses membres éminents ­ esquive ses responsabilités. La solidarité entre les États membres a finalement prévalu au terme de la réunion, le Conseil validant la mission de M. de Charette et émettant le souhait que l'Europe puisse apporter sa contribution ­ aux côtés des États-Unis ­ à la recherche d'une solution durable concernant la problématique du Moyen-Orient.

M. le Président. ­ L'incident est clos.

Het incident is gesloten.