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Question écrite n° 5-5694

de Bert Anciaux (sp.a) du 28 février 2012

au ministre des Entreprises publiques, de la Politique scientifique et de la Coopération au développement, chargé des Grandes Villes

L'annulation d'expositions importantes aux Musées royaux des Beaux-Arts et aux Musées royaux d'Art et d'Histoire à Bruxelles

manifestation culturelle
beaux-arts
musée
patrimoine architectural

Chronologie

28/2/2012 Envoi question
27/3/2012 Réponse

Requalification de : demande d'explications 5-1972

Question n° 5-5694 du 28 février 2012 : (Question posée en néerlandais)

Fin janvier 2012, les MRBA et les MRAH ont à nouveau fait l'objet de commentaires négatifs dans la presse. Les informations publiées indiquaient que les deux grandes expositions du printemps 2012, annoncées depuis longtemps, n'auraient pas lieu. Dès lors, force était de constater les deux musées fédéraux les plus importants n'organiseraient malheureusement aucune grande exposition au printemps 2012. C'est une situation sans précédent, et elle se manifeste dans deux institutions dirigées par le même directeur général ad interim. L'exposition « Klimt, Hoffmann et le Palais Stoclet » devait se dérouler du 30.03 au 01.07.2012 aux MRAH à Bruxelles et l'exposition « Dalí, Magritte, Miró. Le surréalisme à Paris » devait se dérouler du 16.03 au 15.06.2012 aux MRBA à Bruxelles. Brusselnieuws.be titrait à juste titre le 17 janvier 2012 : « La disparition surréaliste d'une exposition ». Les deux expositions étaient néanmoins des emprunts, en coproduction avec des expositions organisées ailleurs: « Klimt, Hoffmann et le Palais Stoclet » est actuellement exposée au Belvédère de Vienne (du 25.10.2011 au 04.03.2012) et le surréalisme a été une grande réussite de la fondation Beyeler en Suisse, à Bâle (du 02.10.2011 au 29.01.2012).

Les raisons qui ont été communiquées pour l'annulation de ces expositions sont pour le moins particulièrement étranges. « Klimt, Hoffmann et le Palais Stoclet » n'aurait pas lieu à cause « de la crise et d'un conflit avec les héritiers du Palais Stoclet » (Brusselnieuws.be, 18 janvier 2012). La communication concernant l'annulation du surréalisme était encore plus curieuse. Selon une analyse du journaliste Guy Duplat du 21 janvier 2012 dans La Libre Belgique, il y a une importante contradiction : le conservateur concerné a d'abord expliqué que la Fondation Beyeler ne voulait plus prêter ses œuvres à Bruxelles. Quelques jours plus tard, le directeur général ad interim a donné une tout autre raison, cette fois de nature budgétaire. Les prêts n'étaient soudainement plus un problème. Il a même précisé qu'ils s'agissait justement d'un acte de bonne gouvernance d'annuler une telle exposition en temps de crise. Une raison particulièrement étrange d'annuler une exposition, moins de trois mois avant l'ouverture prévue et annoncée depuis longtemps déjà.

Le ministre peut-il préciser le déroulement des principaux faits concernant les deux expositions, depuis le premier contact avec le Belvédère et la Fondation Beyeler à l'annulation en fin de compte de ces expositions à Bruxelles ? Le ministre peut-il, sur la base du budget, étayer les arguments budgétaires ? Le ministre peut-il me fournir des informations sur les contrats signés entre les MRAH et le Belvédère ainsi qu'entre les MRBA et la Fondation Beleyer ? À quelle date ces contrats ont-ils été signés et par qui ?

Bien que les expositions ne soient pas organisées, le personnel des institutions fédérales a néanmoins effectué un grand travail d'organisation et des dépenses ont sans aucun doute été consenties. Peut-on donner une liste détaillée et précise des projets auxquels les membres du personnel ont été associés et faire une estimation du temps qu'ils y ont consacré ? Une liste détaillée des dépenses pour les deux projets abandonnés peut-elle également être fournie ? Étant donné que la communication officielle montre des contradictions, le ministre peut-il donner les raisons réelles de l'annulation de chaque projet ? La famille Stoclet est-elle la vraie raison de l'annulation de l'exposition « Klimt, Hoffmann et le Palais Stoclet » et le ministre trouve-t-il correct d'un point de vue déontologique de rejeter la faute sur des personnes privées dans une communication officielle ? Pour quelles raisons l'exposition « Dalí, Magritte, Miró. Le surréalisme à Paris » a-t-elle réellement été annulée ?

Réponse reçue le 27 mars 2012 :

L’honorable membre trouvera ci-après la réponse à sa question.

L’exposition « Klimt, Hoffman, Knopff et le Palais Stoclet » devait être une exposition d’envergure reposant sur une approche scientifique originale. Elle devait être présentée à l’occasion du 150ème anniversaire de la naissance de Klimt. Malheureusement, selon les informations reçues de mon administration, le directeur général a.i. des Musées royaux d’Art et d’Histoire (MRAH) n’aurait pas pu bénéficier de la pleine collaboration de la famille Stoclet. Or le Palais Stoclet abrite plusieurs objets d’importance, signés Klimt et Hoffman. Ce retrait a donc fait perdre au projet son caractère exceptionnel, entraînant en même temps des réticences chez les prêteurs (Beyeler à Bâle et Belvédère à Vienne, ville qui a également mis Klimt à l’honneur cette année). Face à cette situation, le directeur général a.i. a décidé d’annuler l’exposition prévue du 30 mars au 1 juillet 2012 à Bruxelles, sans toutefois perdre l’espoir de pouvoir trouver un accord avec la famille Stoclet, à l’issue de la procédure de classement du Palais. Aucun contrat n’a été signé dans le cadre de l’exposition « Klimt, Hoffman, Knopff et le Palais Stoclet ». La participation des MRAH a été annulée faute de collaboration. Il n’y a pas eu de coût supplémentaire à charge des musées en dehors de la réalisation de la maquette de la maison Knopff qui sera présentée.

L’exposition prévue initialement sera remplacée par des œuvres sur la gastronomie dans le cadre de Brussellicious 2012. Des tables, qui évoquent les « gestes du repas » dans la culture antique et moderne, sont garnies d’objets issus des collections des MRAH.

L’exposition « Le surréalisme à Paris » qui devait se tenir aux Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique (MRBAB) du 16 mars au 15 juin 2012 n’a pas été annulée mais reportée. Il y a deux raisons à ce report. En ce qui concerne les prêts, le directeur général des MRBAB souhaitait obtenir davantage d’œuvres d’art pour pouvoir présenter les liens entre le surréalisme et les arts primitifs. Le budget lié à l’exposition posait également question : « Le surréalisme à Paris » aurait nécessité un investissement de plus de deux millions d’euros exigeant 300 000 entrées pour la rentabiliser. Mais comme l’exposition est seulement reportée en 2015, les frais qui ont été engagés jusqu’ici ne sont pas perdus et le contrat qui a été signé n’a pas été annulé. Les œuvres accordées ont été redemandées aux nouvelles dates et les MRBAB travaillent à préciser leur concept.

Le directeur général des MRBAB a jugé préférable de concentrer les moyens de mécénat et de sponsoring sur l’exposition « Jordaens et l’Antiquité » (12 octobre 2012-27 janvier 2013) et de présenter ce printemps (21 mars 2011-1 juillet 2012) une exposition de photos du réalisateur Stanley Kubrick. Il s’agit de photos qui précèdent la carrière au cinéma du réalisateur dans une scénographie mettant aussi en valeur des pièces issues des collections des MRBAB.

Le directeur général n’a pas perdu de vue, au moment de prendre la décision d’annuler la première exposition et de reporter la seconde, les mesures d’économie qu’on pourrait imposer aux établissements qu’il dirige comme aux autres ESF.